Selon des chiffres publiés par le Bureau du surintendant des faillites Canada, 4167 particuliers ont déclaré faillite entre le premier mars et le 31 juillet 2020.
Selon des chiffres publiés par le Bureau du surintendant des faillites Canada, 4167 particuliers ont déclaré faillite entre le premier mars et le 31 juillet 2020.

Faillites à la suite de la COVID : la catastrophe n’a pas (encore) eu lieu

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
La catastrophe anticipée au Québec à la suite de la première vague de la COVID et de la longue période de confinement n’aura finalement pas eu lieu. Non seulement le nombre de faillites chez les particuliers et les entreprises n’a pas augmenté entre mars et juillet, mais il a même régressé de presque 50 % par rapport au nombre de faillites enregistrées au même moment en 2019.

Selon des chiffres publiés par le Bureau du surintendant des faillites Canada, 4167 particuliers ont déclaré faillite entre le premier mars et le 31 juillet 2020. En comparaison, ce nombre avait été de 8428 en 2019. Du côté des entreprises, 463 avaient fermé les livres pendant la même période en 2020 comparativement à 731 en 2019. Dans la région de la Capitale-Nationale, 17 particuliers et 15 entreprises ont déclaré faillite lors du second trimestre (avril-mai-juin) de l’année 2020 contre 32 particuliers et 19 entreprises un an auparavant.

«Oui, il y a une baisse importante de faillite personnelle et de commerces», a expliqué Éric Lebel, CPA, SAI, associé chez Raymond Chabot Grant Thornton. «Et on s’attendait plutôt à une hausse. La journée où le gouvernement a annoncé le confinement autour du 15 mars, on s’est dit : “Oh boy, on va être occupé”». 

«Le confinement a provoqué beaucoup, beaucoup de chômage chez les particuliers. Et il a occasionné des baisses de revenus pour les entreprises qui se sont retrouvées avec problèmes de liquidités. Elles n’ont pas eu choix que de gérer de façon pointue les liquidités qu’elles avaient de même que leur marge de crédit.»

Selon M. Lebel, la catastrophe anticipée ne s’est finalement pas produite parce que les gouvernements, les villes et les institutions financières ont décidé de «sortir le respirateur artificiel». Les premiers ont notamment lancé le programme de la PCU, ils ont donné des subventions salariales et des subventions de loyers commerciaux en plus d’accorder des prêts de 40 000 $ aux entreprises. Les villes ont reporté notamment le paiement des taxes municipales. De leur côté, les institutions financières sont devenues très tolérantes sur les dépôts de paiement, elles ont fait des moratoires sur le capital, elles ont permis de reporter des paiements sur les maisons, les autos, et les assurances, elles ont réduit les intérêts sur les cartes de crédit, et elles ont quasiment cessé toutes les mesures de recouvrement de leurs clients qui ne payaient pas.


« La journée où le gouvernement a annoncé le confinement autour du 15 mars, on s’est dit : “Oh boy, on va être occupé”. »
Éric Lebel, CPA, SAI, associé chez Raymond Chabot Grant Thornton

«Tout ça a créé un sentiment de sécurité. Les gens se sont sentis en sécurité financièrement parce que le gouvernement prenait soin d’eux. Ils ont arrêté de penser à la faillite. Ils se sont concentrés sur leur santé et ils ont essayé de se protéger de la COVID. Et grâce à tout l’argent qui a été injecté par les trois groupes, les gens ont été capables de passer au travers de la crise pendant un certain temps.»

Malgré des chiffres encourageants au niveau des faillites, la crise des derniers mois a quand même fait des victimes. Au pays, plusieurs grandes entreprises ont dû se placer à l’abri de leurs créanciers. Ce fut le cas de David’s Tea, Sail, Sportium, La Cordée, Aldo, le Cirque du Soleil et Louis Garneau Sports dont le plan de restructuration a récemment été accepté. D’autres pourraient les imiter dans les prochaines semaines.

Une nouvelle crise

L’économie québécoise n’ayant pas repris sa vitesse de croisière à la suite de la première vague de la COVID que déjà, le début d’une seconde a été confirmé la semaine dernière par la Santé publique. Tout ça alors que le programme de la Prestation canadienne d’urgence s’est terminé dimanche et que les subventions salariales d’urgence pour les entreprises prendront fin en décembre. Et alors que le spectre de la fermeture des bars, des restaurants et des commerces commence à planer sur certaines régions du Québec, plusieurs se demandent si particuliers et entreprises pourront de nouveau être sauvés du pire. M. Lebel avoue qu’il ne peut répondre à la question parce qu’il ne sait pas comment le gouvernement gérera cette seconde crise.

«Honnêtement, je n’ai aucune espèce d’idée de ce que les gouvernements vont faire avec ça. Qui aurait pu penser que M. Trudeau aurait sorti un respirateur artificiel aussi important que celui qui est en place depuis six mois? Et qui aurait pu imaginer les milliards de dollars d’endettement qui seraient créés? Personne n’aurait pu penser que l’on serait allé aussi loin que ça. Mais le gouvernement l’a fait par bienveillance pour la population et pour que la crise soit moins souffrante pour un paquet de monde. Tout ce dont on est certain c’est que la PCU est terminée et que les subventions salariales prendront fin en décembre. Mais si des décisions majeures sont prises et que tout le monde est de nouveau confiné, je n’ai aucune idée de ce qui arrivera.»

M. Lebel a cependant tenu à donner un conseil aux gens. En plus d’être prudents et de respecter les règles sanitaires, ils devraient aussi être prudents au niveau financier. Et il les incite à faire leur bilan financier et leur budget et à prendre les mesures nécessaires afin d’assainir les finances pour faire face à la deuxième vague.

«Il faut se demander si on peut mettre un peu d’argent de côté, en fonction de son budget, en prévision d’un confinement qui pourrait arriver. Il y a des choses que l’on peut faire pour essayer d’alléger notre budget et d’économiser présentement un peu d’argent. Comme réduire, par exemple, son forfait de télé.»

M. Lebel a rappelé que la firme Raymond Chabot avait un excellent outil sur son site Web pour aider les gens à faire leur budget.