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En date du 5 janvier, plus de 3400 étudiants étrangers étaient inscrits à la session d’hiver à l’Université Laval, ce qui représente une hausse de 13,1 % par rapport à la même date l’an dernier.
En date du 5 janvier, plus de 3400 étudiants étrangers étaient inscrits à la session d’hiver à l’Université Laval, ce qui représente une hausse de 13,1 % par rapport à la même date l’an dernier.

Étudiants étrangers: étudier à distance... à distance!

Myriam Boulianne
Myriam Boulianne
Le Soleil
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Décalage horaire, déconnexion de la société québécoise, démotivation. Plusieurs étudiants étrangers ont vu leurs plans chamboulés par la pandémie, hélas contraints de devoir commencer leurs études à l’Université Laval... outre-mer.

«C’est assez dur de se mettre dans un mood québécois quand on est sur un autre continent», admet Yonn Calvez, étudiant français à la maîtrise en science politique à l’Université Laval.

Pour le Breton, la session automnale avait bien débuté, sans trop de problèmes : une bonne connexion Internet, un bureau individuel et une possibilité de s’isoler. C’est au courant de l’automne que ça s’est corsé. 

«À partir de novembre et du confinement en France, c’est devenu très compliqué. On ne pouvait littéralement plus voir d’autres personnes, et je me sentais très déconnecté de la vie québécoise. Ça devenait ardu de suivre les cours. En plus, on avait vraiment beaucoup de travaux, et c’était difficile de se concentrer et d’être efficace. Par exemple, je me suis mis à faire énormément de fautes d’orthographe, ce que je ne faisais pas avant», témoigne-t-il.

Décalage horaire

L'étudiante française Océane Kouassi a eu de la difficulté à suivre ses cours en raison du décalage horaire : «J’étais très fatiguée, parce que je vivais au rythme du Québec", confie-t-elle.

Pour Océane Kouassi, condamnée à suivre ses cours en France, c’est plutôt le décalage horaire qui a affecté sa première session de maîtrise en communication publique. «J’étais très fatiguée, parce que je vivais au rythme du Québec, lance-t-elle. Aussi, je ressentais beaucoup la distance. Je ne me sentais pas intégré au groupe, parce que j’étais loin.»

Celle qui a passé une session en échange étudiant à l’Université Laval à l’hiver 2020 pensait pouvoir revenir en août pour la session d’automne. Or, en raison de la pandémie, elle n’a pu obtenir les papiers à temps. «J’ai enfin reçu tous mes documents au début décembre, mais comme les fêtes approchaient, j’ai décidé de rester avec ma famille.» 


« C’est frustrant de devoir vivre mes années de maîtrise comme ça, c’est-à-dire de rester tout le temps dans ma chambre et de ne pas être dans le pays où je suis étudiante »
La Française Margaux Larquier, étudiante à la maîtrise en études internationales

Pareil pour la Bordelaise Margaux Larquier, étudiante à la maîtrise en études internationales. Composer avec le décalage horaire s’avérait périlleux. Deux de ses cours à la session d’automne avaient lieu de 15h30 à 18h30.

«Chez moi, c’était de 21h30 à minuit et demi. La première heure et demie, ça allait, mais après la pause, je lâchais. C’était pareil pour les examens à ces heures-là. C’est pour ça que je viens au Québec pour la session d’hiver. Surtout que mes cours seraient encore tous en soirée si je demeurais en France!»

Selon la vice-rectrice adjointe aux études et aux affaires étudiantes de l’Université Laval, Caroline Senécal, on observe une hausse de 10 % du nombre d’étudiants étrangers qui ont abandonné au moins un cours durant la session d’automne 2020 comparativement à l’automne 2019.

En date du 5 janvier, plus de 3400 étudiants étrangers étaient inscrits à la session d’hiver à l’Université Laval, ce qui représente une hausse de 13,1 % par rapport à la même date l’an dernier.

Plus de conditions à remplir

Traverser la frontière s’annonce ardu : les papiers à soumettre aux douaniers augmentent au fur et à mesure de l’accélération de la pandémie. Les trois étudiants ont aussi vu leur demande de documents ralentie par la COVID-19.

En plus du Certificat d’acceptation du Québec et du Permis d’études, les étudiants internationaux devront soumettre un plan de quatorzaine crédible, un résultat négatif au test de dépistage de la COVID-19 et un reçu ArriveCAN, une application dans laquelle ils devront fournir leurs coordonnées et leurs renseignements de voyage, leur plan de quarantaine et une auto-évaluation de leurs symptômes de COVID-19. Une exigence pour les voyageurs entrant au Canada par voie aérienne.

«Avec la crise sanitaire, on doit remplir davantage de formulaires et conditions», souligne Océane, dont l’arrivée au Canada est prévue le 12 janvier. 

À l’Université Laval, on observe une hausse de 10 % du nombre d’étudiants étrangers qui ont abandonné au moins un cours durant la session d’automne 2020 comparativement à l’automne 2019.

Malgré ces efforts additionnels, Océane est convaincue que cela en vaudra la peine. «Je vais rentabiliser mon Certificat d’acceptation du Québec et mon Permis d’études. Je préfère aussi être proche de mes camarades et des professeurs, pour ne plus subir la mini-dépression vécue durant la première session ainsi que le décalage horaire.»

Quant à Margaux, après sa quatorzaine dans un Airbnb, elle a déjà loué une chambre dans un appartement de Sainte-Foy, près de l’Université.

«Mon plan, c’est d’être au Canada, même s’il y a la pandémie. Mais il faut être bien organisé, hyper rigoureux, avoir un plan de quatorzaine, planifier sa livraison de nourriture une fois au pays, avoir réservé un hôtel ou un Airbnb. Comme la décision d’entrer au pays est entre les mains des douaniers, c’est sûr que j’ai un peu peur», poursuit-elle.

Malgré la pandémie, les cours à distance, la réforme du PEQ et la hausse des frais de scolarité, il ne semble pas y avoir d’essoufflement par rapport au recrutement international.

Cette dernière arrivera en février à Québec, son billet d’avion étant déjà acheté. «Je pourrai accéder au campus et à la bibliothèque, me sentir étudiante. C’est frustrant de devoir vivre mes années de maîtrise comme ça, c’est-à-dire de rester tout le temps dans ma chambre et de ne pas être dans le pays où je suis étudiante», explique la Française.

Quant au Breton Yonn, même s’il a tous les documents en poche, il a préféré retarder son arrivée jusqu’à là mi-mars pour éviter l’hiver québécois. «Ça serait difficile de passer d’un hiver à 10°C à un hiver à -20°C», blague-t-il.

Malgré la pandémie, les cours à distance, la réforme du PEQ et la hausse des frais de scolarité, il ne semble pas y avoir d’essoufflement par rapport au recrutement international. En date du 5 janvier, plus de 3400 étudiants étrangers étaient inscrits à la session d’hiver, ce qui représente une hausse de 13,1 % par rapport à la même date l’an dernier.

«La croissance observée du nombre d’inscriptions à l’hiver 2021 est un bon indicateur de notre attractivité», souligne la vice-rectrice adjointe aux études et aux affaires étudiantes.

«L’expertise reconnue en formation à distance, la qualité de nos cours en ligne et la flexibilité dans les modalités (synchrone, asynchrone, hybride…) contribuent à cette attractivité, notamment auprès des étudiants internationaux qui entrevoient une arrivée au pays retardée par la pandémie et qui doivent choisir une université qui leur permette d’entamer leurs études à partir de leur pays de résidence. Ce sont des critères de choix très importants», poursuit-elle.

L’Université Laval n’était cependant pas en mesure d’estimer combien d’étudiants étrangers suivront les cours à distance et combien le feront en présentiel à l’hiver 2021.