Si beaucoup de cours théoriques sont offerts en ligne, selon les directives de la santé publique, une partie des classes peuvent avoir lieu en présence physique cet automne, autant au Collège Dawson qu’à l'Université de Montréal.
Si beaucoup de cours théoriques sont offerts en ligne, selon les directives de la santé publique, une partie des classes peuvent avoir lieu en présence physique cet automne, autant au Collège Dawson qu’à l'Université de Montréal.

En pleine pandémie, une cohorte unique d’étudiantes-infirmières est formée

La Presse Canadienne
MONTRÉAL — La rentrée scolaire des étudiantes en soins infirmiers s’est faite sous le signe du masque et de la visière. Les protocoles sanitaires déployés dans les écoles et l’enseignement adapté aux restrictions de la crise de la COVID-19 ont peut-être été un casse-tête, mais ils offrent une formation inédite: une cohorte unique d’infirmières est en train d’être formée en temps de pandémie, prêtes à affronter la prochaine.

On imagine aisément le besoin des élèves-infirmières d’être en classe afin de pratiquer avec leurs propres mains des procédures médicales comme des prises de sang et des points de suture.

Pourtant, lorsque la COVID-19 a forcé au printemps la fermeture des écoles, les enseignants en soins infirmiers du niveau collégial et universitaire ont rapidement trouvé des solutions de rechange.

Plan D au printemps

Le 13 mars, quand les salles de cours ont fermé leurs portes, les étudiants étaient vraiment déçus, rapporte Fiona Hanley, qui enseigne notamment l’obstétrique aux futures infirmières au Collège Dawson de Montréal.

Pas moyen non plus de faire de stage en milieu hospitalier. Celui en obstétrique, l’un des préférés des étudiants, commençait à peine.

Les enseignants sont immédiatement passés en mode solution, a raconté l’enseignante aux yeux souriants, qui dit avoir été impressionnée par leur créativité et leur originalité.

Comme ils n’ont même pas pu aller récupérer leurs matériaux d’enseignement, les enseignants ont fouillé dans tous les recoins de leurs résidences, cherchant ce qui pouvait être utile: des poupées et des oursons en peluche ont servi à mimer les accouchements, les mouvements du poupon à la naissance et les techniques d’allaitement.

«Normalement, ça aurait été fait en milieu hospitalier, avec un bébé vivant.»

Une panoplie de solutions a été déployée: «une chance que c’est arrivé à un moment où on avait un certain niveau de technologie», a-t-elle commenté.

Résultat? Des démonstrations de procédures médicales par Zoom, des cours en ligne, des étudiants qui se filment en train de panser la plaie d’un patient et des jeux vidéo «de situation de soins» pour développer le jugement clinique et la prise de décision.

À l’Université de Montréal, les cours sont passés en mode virtuel et quelque 65 capsules vidéo ont été rapidement filmées pour l’apprentissage.

Beaucoup de ces façons d’enseigner seront au rendez-vous aussi cet automne, désormais bien rodées.

Mme Hanley est confiante: les étudiants ont appris. «Il n’y a pas eu de compromis sur les compétences», souligne-t-elle, «Ils ont travaillé très fort et j’ai beaucoup d’admiration pour eux», a-t-elle ajouté dans l’atrium d’un hôpital montréalais où elle venait d’accompagner des étudiants en stage, à la mi-septembre.

Mais «même avec toutes les technologies du monde, on ne peut imiter pleinement l’expérience humaine, la relation avec les familles. Tous les sens qu’on utilise, les odeurs».

Par contre, pour les étudiants, apprendre dans de telles circonstances, c’est un très bon apprentissage: «comme infirmières, elles devront savoir s’adapter continuellement».

La vice-doyenne aux études de premier cycle de la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal (UdeM), Marjolaine Héon, est du même avis. Elles devront savoir s’adapter aux besoins des différents milieux où elles vont travailler, explique-t-elle. Et ces infirmières formées en temps de pandémie vont avoir été exposées à ce contexte de crise sanitaire dès le début de leurs études.

Mais cela va même plus loin, estime Geneviève Dottini, conseillère de formation au Centre de simulation de la Faculté des sciences infirmières de l’UdeM.

«Les étudiants ont dit qu’ils sont allés plus loin dans leurs réflexions sur les différentes procédures et que leur raisonnement clinique est plus poussé.»

L’apprentissage en ligne a des limites, explique-t-elle, mais il comporte aussi des avantages: ne pouvoir se lancer tout de suite dans l’action avec les instruments dans les mains, cela a amené les étudiants à décortiquer chaque procédure, à se visualiser en train de la réaliser, à poser plus de questions, à prévoir les embûches et leur trouver des solutions. Par exemple: que fait-on si le cathéter se brise?

«Au final, ça fait des étudiants très sécuritaires», a-t-elle lancé jeudi devant les multiples écrans de la régie qui surveille les chambres des «mannequins-patients», à l’un des deux centres de simulation de l’Université de Montréal (UdeM), celui, ultra-moderne, situé à Laval.

Une rentrée unique

Si beaucoup de cours théoriques sont offerts en ligne, selon les directives de la santé publique, une partie des classes peuvent avoir lieu en présence physique cet automne, autant au Collège Dawson qu’à l’UdeM.

Un changement est toutefois bien présent, soit les nombreuses mesures sanitaires mises en place: corridors à sens unique, casiers désinfectés à chaque usage, cours décalés pour limiter le nombre d’étudiants présents en même temps dans les laboratoires, stations de lavage des mains portatives un peu partout. La liste est longue.

D’aussi bien maîtriser les équipements de protection qui évitent la propagation des virus, «cela les prépare au travail dans le réseau de la santé», souligne le directeur du centre de simulation de la facultés des sciences infirmières de l’UdeM, Haj Mohammed Abbad. Avant, cela aurait été un atelier de formation, dit-il, mais maintenant c’est tous les jours!

Pendant qu’il parlait, une étudiante enfilait morceau par morceau son équipement de protection, désinfectant à chaque étape ses mains, avant d’aller rejoindre ses collègues près d’un lit d’hôpital.

Les mesures sanitaires ont aussi rassuré les étudiants, ajoute Mme Héon. «Ils voient le souci pour leur propre sécurité. Aussi, on ne veut pas qu’ils soient des vecteurs. La sécurité était un point d’honneur pour nous.»

Dans les salles, on ne met que le strict essentiel, a montré M. Abbad en ouvrant la porte d’une pièce du centre de simulation de Laval, qui est le portrait tout craché d’une salle d’hôpital moderne. Si le mannequin de pratique qui subira un prélèvement de sang n’est pas entièrement essentiel, on ne met qu’une partie: le bras, par exemple.

Ces «faux patients» n’auront jamais autant été lavés au désinfectant - tout comme les salles.

Mais l’UdeM a d’autres outils d’enseignement à la fine pointe de la technologie. Ils existaient avant la pandémie, mais ont évidemment été mis à contribution. Il y a, entre autres, des environnements de formation par réalité virtuelle: l’étudiant met un casque et se trouve transporté dans la chambre d’un patient, par exemple. Avec ses mains virtuelles, il peut ausculter le patient en trois dimensions, qui tousse, a un battement cardiaque et réagit au toucher selon les commandes données.

Le centre de simulation offre aussi un nouveau système immersif: sans lunettes, l’étudiant rentre dans une salle et peut toucher objets et patients, et interagir avec eux.

Quant à l’étape essentielle des stages en centres hospitaliers, aucun n’a été éliminé par la pandémie, se réjouissent les deux établissements d’enseignement. «Les hôpitaux ont besoin de la relève!», a lancé Mme Hanley.

Des plans sont évidemment en place si les écoles devaient être forcées de fermer à nouveau.

Parmi la batterie de mesures prévues, Mme Héon explique qu’une surveillance des procédures médicales qui n’auront pas été faites en personne sera instaurée, pour qu’un rattrapage soit fait dès la reprise des classes. Au Collège Dawson, des stages en hôpital ont été devancés, pour que les étudiants aient le temps d’en faire un maximum, au cas où il y ait un autre confinement.