Des affichettes ont été installées partout dans la maison pour rappeler aux occupants qu’ils ne doivent pas sortir de chez eux.

Elle prend les grands moyens pour mettre ses parents en quarantaine

Mélanie Grégoire a pris les grands moyens pour que ses parents, des snowbirds qui revenaient de Floride, comprennent l’importance de se placer en quarantaine. En plus de planter des pancartes devant la maison de ses parents, elle a dessiné une zone de dépôt de nourriture dans la cour et a accolé des affichettes partout dans la maison pour leur rappeler qu’ils ne doivent pas sortir de chez eux. L’initiative est devenue virale sur les médias sociaux.

La propriétaire des Serres et pépinière Saint-Élie rapporte que ses parents étaient en Floride jusqu’à la semaine dernière. « Ils ne mesuraient pas l’ampleur de ce qui se passait ici. Là bas, mon père continuait de jouer au golf. Il prenait un peu les recommandations à la légère. J’entendais dans son discours qu’il avait l’intention de sortir quand même. »

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Avec sa sœur, Mélanie Grégoire a plusieurs fois mis son père en garde. « Le sentiment d’urgence n’était pas rendu. Je le connais : s’il ne comprenait pas pourquoi il devait se mettre en quarantaine au retour, il ne le ferait pas. »

Mme Grégoire a pris les grands moyens. Elle a imprimé un magazine expliquant « la vérité sur la COVID-19 » en l’accompagnant de photos des petits-enfants de la famille et de suggestions de lecture, comme La Peste de Camus.

« J’ai décidé de procéder avec l’humour », ajoute-t-elle.

Mélanie Grégoire a décidé de laisser les pancartes sur le  terrain de ses parents.

Elle a donc accroché les clés de la maison au plafond, graissé la poignée de porte à la Vaseline et incité ses parents à l’appeler pour qu’elle les aide dans leur épicerie.

« Je ne pensais pas que ça deviendrait viral parce que j’ai publié des photos sur ma page personnelle. J’ai eu des centaines de demandes pour rendre mes affiches disponibles. Ça se voulait ludique, mais c’est le genre de blague qui fonctionne avec mon père. Le message a passé, et à plus de monde que juste mes parents. Je n’ai jamais pensé avoir un impact aussi grand. »

La consigne a été tellement claire que Jean Grégoire, le père de Mélanie, a décidé de laisser les pancartes sur son terrain. Ils sont désormais plusieurs à se prendre en photo devant sa maison.

M. Grégoire confirme que la stratégie de ses filles était la seule qui pouvait le convaincre de la nécessité d’une quarantaine. « Les États-Unis n’avaient pas encore sonné l’alarme », raconte celui qui est rentré à la maison vendredi matin. « Mes deux filles me parlaient fort, mais j’avais envie de leur dire qu’à l’âge que je suis rendu, je suis assez grand pour prendre mes décisions. Mais plus je me rapprochais du Canada, plus les lieux étaient déserts. Je réalisais que c’était plus grave que je pensais. Quand je suis arrivé chez moi et que j’ai vu tout ce que mes filles avaient fait, je me suis dit que je devais les écouter. »

Connaissant bien leur père, les filles de Jean Grégoire avaient désactivé son code pour le système d’alarme de leur entreprise... ainsi que celui de leur mère. « Elles m’ont dit que si je me présentais aux serres, je serais comme un bandit. De toute façon, les photos de ma maison ont tellement circulé que si je sors de chez moi, les gens savent que je devrais être en quarantaine. Je m’occupe donc à faire mes impôts. Sinon, je prends des marches en gardant mes distances avec les autres. Je m’étais fait des plans pour mon retour. Des plans pour partout, sauf à la maison... »

Jean Grégoire dit avoir reconnu sa fille dans la transformation temporaire de sa maison. Mais... « Elle avait mis mes clés de la maison au plafond, mais j’en avais un double dans mes poches... »

Enfin, Mélanie Grégoire a reçu des critiques pour avoir utilisé le mot Boomers sur ses affiches. « Je m’adressais à mes parents. Je ne pensais pas que ça deviendrait viral. Je ne m’en prenais pas aux baby-boomers. »

Jean Grégoire ne s’en formalise pas. « Nous, les baby-boomers, rien ne nous empêche d’avancer. Nous n’avons pas l’habitude de nous faire dire quoi faire. »

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Jean et Mélanie Grégoire

Une main tendue aux producteurs maraîchers

Aux Serres et pépinière Saint-Élie, la production ne ralentit pas malgré la crise de la COVID-19. Au contraire, des serres inutilisées sont mises à la disposition des producteurs maraîchers pour les aider à lancer leur production 2020.

« Nous avons mis des mesures en place pour changer nos façons de faire », confie la propriétaire Mélanie Grégoire. « Depuis toujours, nous invitons les gens à flâner dans les serres. Maintenant, nous offrons le service à l’auto. Nous nous sommes demandé s’il était essentiel que nous demeurions ouverts, mais nous voulons sauver nos productions. Il faut préparer les semis. Les gens voudront peut-être plus que jamais prendre en charge leur potager. »

L’horaire de production des serres a été complètement refait. « Nous avons appelé des maraîchers pour savoir s’ils avaient besoin d’espace. Nous allons partir leurs semis en serre. Nos sept serres de production avaient été lancées en janvier, mais les huit autres ne servaient pas. Nous avons donc offert cet espace. Il nous en reste d’ailleurs, mais nous avons commencé le travail en présumant que les gens voudraient ces légumes. »

Enfin, Mélanie Grégoire s’inquiète de l’absence possible de ses employés étrangers. « Le Guatemala a fermé ses frontières. Il y a beaucoup d’incertitude de ce côté. »  Jonathan Custeau