Depuis environ deux semaines, l'IUSMQ est aux prises avec une éclosion de COVID-19.
Depuis environ deux semaines, l'IUSMQ est aux prises avec une éclosion de COVID-19.

Éclosion à l’IUSMQ: des patients privés de soins de base

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
Des usagers de l’Institut universitaire de santé mentale de Québec (IUSMQ), aux prises depuis deux semaines avec une éclosion de COVID-19 qui n’a jamais été rendue publique par le CIUSSS de la Capitale-Nationale, auraient été privés de soins de base, faute de personnel, a appris Le Soleil.

Dans un courriel envoyé le 13 octobre à des membres de la direction du CIUSSS de la Capitale-Nationale, et dont Le Soleil a obtenu copie, le chef du Service de médecine générale de l’IUSMQ, le DJérôme Charest, tire la sonnette d’alarme «en ce qui concerne la situation des 11 patients COVID positifs du K-5 à l’IUSMQ». 

Le DCharest explique avoir discuté avec une collègue, la Dre Séverine Savignat, après que celle-ci ait fait la tournée de l’unité le 13 octobre et dressé un constat «extrêmement inquiétant».

Il rapporte que «tous les préposés habituels sont absents car tous positifs», que certains patients n’ont pas été alimentés et hydratés dans la journée, que des infirmières peu expérimentées et du personnel qui ne connaît pas les patients ont été dépêchés dans la soirée, que des patients reçoivent une polymédication complexe, dont de la clozapine (un antipsychotique), et que le département de pharmacie n’a pas été avisé de l’éclosion au K-5. 

Le DCharest mentionne également que les mesures entourant les équipements de protection individuelles (EPI) ne sont pas respectées ou appliquées, qu’il n’y a pas de SAS (pour enfiler et retirer l’EPI) et qu’il n’y a pas de «matériel adéquat» ni «d’affiche». 

«La situation qu’elle m’a décrite me fait tristement penser à la situation qui a mené à un haut taux de mortalité dans les CHSLD ce printemps», écrit le DCharest, qui demande à la direction du CIUSSS de «mettre en priorité la gestion de cette éclosion de COVID au K-5». «Je ne peux pas croire qu’une telle situation survienne au coeur même du CIUSSS», termine-t-il.

La correspondance consultée par Le Soleil inclut également un courriel de la Dre Savignat envoyé le 15 octobre et dans lequel elle indique qu’il y a encore deux soignants manquants «ce jour» et qu’il n’y a que du personnel remplaçant. 

«Je vous propose de venir aider à passer les cabarets, les verres d’eau et laver les patients qui n’ont pas été lavés depuis au moins trois jours», écrit-elle dans ce courriel transmis notamment à des membres de la direction du CIUSSS.

Depuis environ deux semaines, l'IUSMQ est aux prises avec une éclosion de COVID-19.

Dans une réponse envoyée ce soir-là, la directrice des services professionnels au CIUSSS de la Capitale-Nationale, la Dre Isabelle Samson, convient que «la situation des ressources humaines, qui avait été stabilisée hier [le 14 octobre], semble beaucoup plus problématique ce jour» et qu’«un PAB de plus a été envoyé ce midi pour rectifier la situation».

Au CIUSSS de la Capitale-Nationale, on confirme que depuis environ deux semaines, «des personnes positives ont été regroupées dans une zone rouge au 5e étage à l’IUSMQ» afin de limiter la transmission du virus.

«Cette zone chaude respecte les plus hauts standards de prévention et contrôle des infections», assure la porte-parole Annie Ouellet, précisant qu’une équipe «dédiée» y travaille. 

«Actuellement, huit usagers positifs y sont hébergés. À l’IUSMQ, 11 employés positifs sont présentement retirés du travail, et mis en isolement. La situation est considérée comme stable actuellement», mentionne Annie Ouellet.

Selon nos informations, au moins un usager de l’IUSMQ aurait succombé au virus dans cette éclosion. 

Pas de voie de dépistage rapide pour les médecins

Le Soleil a par ailleurs appris que les médecins généralistes et psychiatres qui pratiquent à l’IUSMQ n’avaient pas accès à la voie rapide de dépistage (test et résultat) réservée aux employés du CIUSSS de la Capitale-Nationale.

Les médecins, qui sont déjà peu nombreux pour prendre en charge la clientèle de l’établissement, ont pourtant besoin d’une réponse rapide pour éviter de se contaminer entre eux (et entraîner un bris de services), et de contaminer leurs patients, nous a-t-on exposé. 

Selon ce qu’on leur aurait expliqué, l’équipe mobile de dépistage serait surchargée, et les médecins seraient «en moyen» de se déplacer dans les centres de dépistage.