Malgré les nombreux défis que pose la crise du coronavirus et une baisse dramatique de leur quota, les pêcheurs de crabe rapporteront le fameux crustacé dans les assiettes des consommateurs dès jeudi.

Du crabe dans nos assiettes dès jeudi

MATANE — Mercredi, aux petites heures du matin, il y a avait beaucoup de fébrilité sur les quais, alors que s’ouvrait la pêche au crabe des neiges dans la zone 17. Un total de 23 bateaux ont pris la mer vers 5h avec chacun à leur bord 85 casiers. Le populaire crustacé pourra ainsi se retrouver dans nos assiettes pour le souper de jeudi.

«Ça a très bien été, raconte le président de l’Association des pêcheurs de crabe de la zone 17, René Landry, en parlant de la première journée de pêche. La mer était calme comme de l’huile! C’était merveilleux!» La zone 17, qui s’étend de Trois-Pistoles au Bas-Saint-Laurent à Rivière-à-Claude en Gaspésie et des Escoumins à Pointe-des-Monts sur la Côte-Nord, est la première à être ouverte à la pêche au crabe. 

Restera à savoir si les prises seront bonnes lorsque les pêcheurs relèveront leurs casiers jeudi, d’autant plus qu’ils doivent composer avec une baisse de leur quota de 43 % par rapport à l’année passée qui, déjà, avait accusé une diminution de 25 %. De 2230 tonnes l’an dernier, le total des captures autorisées passe à 1277 tonnes cette saison. «J’ai hâte de voir les débarquements, lance M. Landry. L’an passé, ça a été vraiment difficile. Il y a 520 tonnes qui n’ont pas été prises. C’est du jamais-vu!»

La pêche au temps du coronavirus

Selon René Landry, les pêcheurs de crabe sont soucieux du respect des recommandations visant à réduire la propagation de la COVID-19, d’autant plus que l’espace sur les navires est restreint. «C’est le capitaine-propriétaire qui a toute la responsabilité de ça, explique-t-il. Les pêcheurs se lavent les mains et quand ils travaillent sur le pont, ils ont des gants. Si le capitaine voit qu’il y en a un qui tousse ou qui fait de la fièvre, il reste sur le quai. Il ne faut pas qu’il contamine les autres!» Pour le président de l’Association, c’est d’autant plus important que la pêche n’est autorisée que pour une période de temps limitée, sans compter que des restrictions peuvent s’appliquer à la mi-juin pour protéger les baleines noires. La fermeture de la saison est fixée au 24 juin.

Justement pour endiguer la propagation du virus, l’Association des pêcheurs a exceptionnellement interdit aux gens de se rassembler sur les quais pour observer le départ des navires. «On a mis une pancarte et il y a des blocs de ciment, décrit René Landry. Ce sont juste les personnes autorisées.» Mais mercredi matin, quelques récalcitrants ont défié les règles. «On a eu des problèmes un petit peu, mais il y a eu une barrière d’installée et les polices sont apparues, raconte René Landry. On est à la veille de mettre une personne à plein temps pour contrôler la circulation. Si ce n’était pas de la COVID-19, moi, personnellement, comme président, j’aime ça que le monde vienne voir les pêcheurs!»


« Les pêcheurs se lavent les mains et quand ils travaillent sur le pont, ils ont des gants. Si le capitaine voit qu’il y en a un qui tousse ou qui fait de la fièvre, il reste sur le quai. Il ne faut pas qu’il contamine les autres! »
René Landry, président de l’Association des pêcheurs de crabe de la zone 17

Impact de la COVID-19 sur les marchés

Le président de l’Association des pêcheurs de crabe de la zone 17 n’appréhende aucun impact du coronavirus sur les marchés et les exportations. «Les produits alimentaires n’ont pas été touchés parce que le monde n’arrêtera pas de manger et, à ce que je sache, les produits marins, c’est bon pour la santé», soutient René Landry. 

Seulement 10 à 12 % des captures de crabe des neiges sont destinées au marché local. La balance des stocks est exportée au Japon, en Chine et principalement aux États-Unis.

PÊCHES ET OCÉANS MAINTIENT LE CAP

CARLETON – Pour le moment, le ministère fédéral des Pêches et des Océans maintient le cap quant à l’ouverture des captures prévues au programme avant l’éclatement de la crise de la COVID-19.

«Pour certaines pêches, il a été convenu avec l’industrie et le ministère d’ouvrir à la date prévue, notamment la chasse au phoque et la pêche au crabe dans la zone 17. Aucune autre décision n’a été prise pour le moment quant à l’annulation ou le report d’une pêche commerciale au Québec. La ministre [Bernadette] Jordan est en contact avec les ministres provinciaux des pêches», précise Pascale Fortin, directrice régionale des communications à Pêches et Océans Canada.

Elle souligne que le contexte particulier caractérisant la pandémie incite son ministère et les intervenants des pêches commerciales au Québec à communiquer régulièrement. «Les préoccupations et inquiétudes des intervenants de l’industrie des pêches sont transmises à la ministre Jordan. Parmi les principales préoccupations des pêcheurs, notons l’affaiblissement du marché, la rentabilité des entreprises et la contamination lors des opérations de pêche et de transformation», ajoute-t-elle.

Pendant que Pêches et Océans Canada s’occupent de la gestion des captures, le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) supervise l’industrie de la transformation. Simon Bachand, de la direction des communications du MAPAQ, souligne que «les activités entourant la pêche sont incluses dans la liste des services essentiels. La saison peut donc commencer tel que convenu […]. Toute la chaîne agroalimentaire est considérée comme service essentiel».

Gilles Gagné (collaboration spéciale)