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Le ministère de la Santé et des Services sociaux annonçait en effet jeudi cesser l’administration du vaccin d’AstraZeneca comme première dose dans la province, suivant ainsi de nouvelles recommandations du Comité sur l’immunisation du Québec (CIQ). 
Le ministère de la Santé et des Services sociaux annonçait en effet jeudi cesser l’administration du vaccin d’AstraZeneca comme première dose dans la province, suivant ainsi de nouvelles recommandations du Comité sur l’immunisation du Québec (CIQ). 

Dilemme et frustration chez des gens vaccinés avec AstraZeneca

Émilie Pelletier
Émilie Pelletier
Le Soleil
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La décision de ne plus administrer l’AstraZeneca comme première dose «choque» des Québécois qui l’ont déjà reçu. Les questions restent vives chez certains quant au vaccin qu’ils choisiront pour leur deuxième piqûre. Pour d’autres, l’hésitation n’y est pas et ils l'accepteront pour être «enfin» immunisés.

Le message «confus» entourant AstraZeneca commence à affecter la confiance de certains: «floués», «choqués», «cobayes», voilà comment se sentaient jeudi des citoyens vaccinés avec AstraZeneca après l’annonce du gouvernement de ne plus l’administrer comme première dose. 

«Je me sens flouée. Avoir su, j’aurais attendu pour un autre vaccin», déplore Nicole Laniel, 65 ans, de Montréal.  

«Quand mon groupe d’âge s’est ouvert, on nous disait de nous dépêcher à se faire vacciner, car plus les gens de 65 ans et plus seraient vaccinés, plus on pourrait permettre d’assouplir les mesures. Ça ne me tentait pas de l’avoir ce vaccin-là, mais on se sentait aussi égoïste de ne pas le prendre mon mari et moi», témoigne-t-elle. 

Si elle confie alors avoir «jugé» des gens qui tournaient les talons devant l’AstraZeneca, les plus récentes annonces l’ont fait changer d’avis. Elle les comprend mieux. 

Le ministère de la Santé et des Services sociaux annonçait en effet jeudi cesser l’administration du vaccin d’AstraZeneca comme première dose dans la province, suivant ainsi de nouvelles recommandations du Comité sur l’immunisation du Québec (CIQ). 

«La situation épidémiologique de la COVID-19 au Québec et, surtout, les perspectives d’approvisionnement en vaccin» ayant récemment changé», explique l’organisme, les autres types de vaccin seront désormais priorisés dans la campagne de vaccination. 

Puisque les vaccins à ARN messager comme Pfizer et Moderna ne présentent pas de risque de thrombose avec thrombocytopénie, contrairement à l’AstraZeneca, «ils devraient être offerts de manière préférentielle à tous les individus qui appartiennent aux groupes pour lesquels ils sont autorisés, qui n’ont pas de contre-indication et qui débutent leur vaccination pour un calendrier à deux doses» lorsqu’ils sont disponibles, écrit le CIQ, conformément à la recommandation émise par le Comité consultatif national sur l’immunisation. 

«Mauvais signal» 

Au cours des derniers jours, d’autres provinces, dont l’Alberta et l’Ontario, ont elles aussi suspendu l’administration des premières doses du vaccin d’AstraZeneca, cette dernière ayant vu son taux de signalements de caillots sanguins augmenter au-dessus du taux attendu d’un pour 100 000, atteignant même  jusqu’à 1,7 dans la dernière semaine. 

Malgré une «efficacité élevée et durable» vantée sur les réseaux sociaux par le ministre Christian Dubé, la plus récente annonce du gouvernement du Québec et la mauvaise presse entourant AstraZeneca envoient un «mauvais signal», commentent des individus contactés par Le Soleil

«Il y a de la confusion avec le message sur AstraZeneca», estime par exemple Julie Viens. La femme de 48 ans a été vaccinée avec ce vaccin il y a 21 jours. Elle attend donc impatiemment la fin de la période considérée comme «à risque» pour le développement d’un caillot, ne se fiant pas aux 20 jours de surveillance effectués au Québec, mais plutôt à la période de 28 jours observée dans d’autres pays. 

«Quand j’ai pris le vaccin, la situation était différente, mais en rétrospective, aujourd’hui j’en prendrais peut-être un autre, quand j’ai vu que les données ailleurs comme en Norvège montraient plus de cas de thromboses que ce qu’on estime ici.» 


« J’espère que le message va être plus clair pour le protocole d’administration de la deuxième dose. Il faudrait qu’il soit mieux transmis pour les personnes de 45 ans et plus. »
Julie Viens

«C’est choquant. On va par nous-mêmes chercher ce vaccin, car le gouvernement dit que le premier vaccin disponible est le meilleur, mais que le discours change maintenant, je trouve ça un peu étrange», soulève Cyrille Roy, un homme de 52 ans de Hull. 

Comme la plupart des gens, il n’a pas eu d’effets secondaires majeurs après avoir reçu sa dose d’AstraZeneca. En «pleine forme», il se réjouit d’avoir fait un «devoir de citoyen». 

Et la deuxième dose? 

Quelques heures après l’annonce d’un changement de cap, le dilemme est toutefois plus grand pour quelques-uns en vue de l’administration de la deuxième dose. Certains ne se disent pas prêts à revivre le «stress» de l’attente de développer ou non des complications à la suite d’une dose d’AstraZeneca, bien que le risque estimé de thrombose passe à un sur 1 million à la deuxième dose, selon le ministère de la Santé. 

«Je ne suis pas de ceux qui sont outrés qu’on ne l’offre plus comme première dose, mais je ne sais pas encore ce que je vais faire, si je vais prendre AstraZeneca ou un autre pour ma deuxième dose», s’interroge M. Roy. 

Le résident de Hull a jusqu’à la fin d’août pour y penser et compte «prendre le temps» pour réfléchir, sachant que «beaucoup de choses arrivent en cours de route», de la part du gouvernement. 

Pour l’instant, il est recommandé aux personnes de 45 ans et plus qui ont reçu AstraZeneca comme première dose de le recevoir aussi pour la seconde dose, bien qu’il sera également possible, si désiré, d’opter pour les vaccins Pfizer ou Moderna. 

«Soulignons que les personnes qui recevront deux vaccins différents ressentiront probablement des effets secondaires plus importants dans les jours suivant la seconde dose, tels que de la fièvre, des maux de tête et de la fatigue», précise toutefois le ministère de la Santé. 

En dépit de ces symptômes possibles en cas d’interchangeabilité des vaccins, Nicole Laniel de Montréal compte dire oui à un vaccin Pfizer, maintenant qu’elle sait que le Québec en attend une «quantité industrielle». «C’est clair pour moi que je n’aurai pas une deuxième dose [d’AstraZeneca]. Même si les risques de thromboses sont minimes, je ne suis pas capable de me faire à l’idée que je veux l’avoir», envisage-t-elle en vue de la date prévue de son deuxième rendez-vous, le 4 juillet. 

Josée Desmeules doit pour sa part recevoir sa deuxième dose du vaccin contre la COVID-19 le 12 août. «J’envisageais déjà que ma prochaine dose serait autre chose que l’AstraZeneca», raconte-t-elle.  

Par contre, si le fait de choisir l’AstraZeneca comme deuxième dose lui permet de l’avoir plus rapidement, la femme de 52 ans l’acceptera «sans hésitation». D’autres abondent aussi dans le même sens. 

Mais une chose est sûre, tous s’entendent pour dire qu’ils «rêvent d’en avoir fini». 

«Si on m’offre d’avoir l’AstraZeneca plus tôt, je vais le considérer pour être immunisé plus rapidement : régler ça une fois pour toutes et revenir à la normale», termine Cyrille Roy.