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La pandémie de COVID-19 a incité bon nombre d'entreprises québécoises à s'engager en terrain inconnu pour fabriquer certains produits difficiles à obtenir.
La pandémie de COVID-19 a incité bon nombre d'entreprises québécoises à s'engager en terrain inconnu pour fabriquer certains produits difficiles à obtenir.

Désinfectant pour les mains, équipement médical et cie... presqu'un an plus tard

Julien Arsenault
La Presse canadienne
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MONTRÉAL — Du désinfectant à main jusqu'à l'équipement médical : la pandémie de COVID-19 a incité bon nombre d'entreprises québécoises à s'engager en terrain inconnu pour fabriquer certains produits difficiles à obtenir. Si l'aventure est terminée pour certaines, d'autres poursuivent leur route, environ un an après le début de la crise sanitaire.

«Jamais, jamais, jamais je n'aurais imaginé faire cela de toute ma vie, lance sans détour le président-directeur général de Pur Vodka, Nicolas Duvernois, au bout du fil. Mais j'ai appris à ne jamais dire jamais.»

Connue des consommateurs parce qu'elle a été primée à l'international, la compagnie a fait partie de ces distilleries qui ont voulu mettre l'épaule à la roue en produisant du désinfectant à main, destiné notamment à des hôpitaux, en raison des ruptures de stock provoquées par le nouveau coronavirus.

L'incursion devait être temporaire. Pourtant les produits sont maintenant offerts sur le site web de Pur Vodka.

«On a essayé trois ou quatre fois de tirer la plogue, a expliqué l'entrepreneur. Mais on sentait une inquiétude chez nos clients de voir des joueurs québécois se retirer. On a décidé de continuer.»

Pur Vodka «ne perd pas d'argent» avec cette production, mais elle ne permet pas de «payer les employés» non plus, a expliqué M. Duvernois, en précisant que son attention était retournée vers les spiritueux au fil du temps.

Si le désinfectant est toujours offert, c'est grâce à un partenariat avec Kliin, spécialisée entre autres dans la fabrication d'essuie-tout réutilisables.

«Kliin s'occupe du quotidien, nous fournissons la machine en arrière, a expliqué M. Duvernois. Mais on a vu des trous dans le marché et on travaille sur des innovations.»

Scénario différent

La tournure des événements a été différente chez Vêtements S.P. et 3B Hockey, qui fabrique notamment les uniformes des équipes de la Ligue nationale de hockey (LNH). La crise sanitaire avait incité, en mars dernier, la compagnie à déplacer sa production vers les blouses destinées au personnel des hôpitaux québécois.

Toutefois, les discours des gouvernements visant à accroître la proportion d'approvisionnement local en matière d'équipement médical ne se sont pas matérialisés au goût du président de l'entreprise, Steve Bérard.

«J'avais monté un plan d'affaires pour bâtir une usine automatisée, a-t-il expliqué. Rapidement ma bulle a éclaté. Rien ne se concrétisait avec les gouvernements et entre temps, les gros producteurs de l'Asie se sont réorganisés. On a donc vu de belles commandes retourner là-bas.»

De façon intermittente, la compagnie qui exploite des usines à Granby et Saint-Hyacinthe a néanmoins décroché des commandes.

Mais la reprise des activités dans le circuit Bettman, combinée à un projet entourant les Jeux olympiques d'hiver de 2022 et une éventuelle reprise des sports récréatifs d'ici l'automne, ont forcé la main à M. Bérard.

«J'ai décidé de mettre mes billes à la bonne place, a-t-il relaté. Ce ne sont pas les blouses qui vont me faire vivre à long terme. On a mis cela de côté. On pourrait y revenir si la pandémie ne va pas dans le bon sens.»

Puisque le réflexe d'un entrepreneur est généralement de tenter de répondre à un besoin, cela explique pourquoi plusieurs compagnies ont décidé de convertir leur production, même temporairement, a estimé le professeur Karl Moore, du Département de gestion de l'Université McGill.

À son avis, il n'est pas surprenant d'avoir vu certaines entreprises retourner à leurs racines après quelques semaines.

«Une crise offre de nouvelles occasions, a expliqué M. Moore. Chaque compagnie regarde ce qu'elle peut faire dans un contexte différent. On pivote et on observe. Après on ajuste au besoin.»

Une étape à la fois

Surtout connue dans le secteur des simulateurs de vols et de formation des pilotes, CAE est également présente dans le secteur de la santé. Cette division n'a toutefois généré qu'environ 3,4 % de ses revenus de 3,6 milliards $ l'an dernier.

Après avoir développé à toute vitesse un prototype de respirateur mécanique, la multinationale québécoise a décroché un contrat, sur le point d'être achevé, auprès d'Ottawa pour la production de 10 000 unités.

Cela a pavé la voie à une autre entente, celle-ci pour 55 000 assainisseurs d'air destinés au marché américain.

«À travers le respirateur, nous avons réalisé tout le potentiel technologique de CAE, qui était, d'une certaine façon, concentré sur la fabrication d'outils de formation», a souligné le vice-président, exploitation de technologie et innovation de l'entreprise, Pascal Grenier.

Pour le professeur Moore, les effets de cette diversification ne s'observeront peut-être pas immédiatement, mais à plus long terme.

«C'est une façon d'élargir ses connaissances et approfondir les relations avec la clientèle, a-t-il analysé. La division santé (de CAE) proposait par exemple des mannequins pour la formation du personnel médical. Les respirateurs mécaniques lui ont permis de développer de nouvelles compétences dans ce secteur.»