Le propriétaire du restaurant Cora Déjeuners sur la route de l’Église, Régis Morneau, affirme avoir perdu 75 % de sa clientèle.
Le propriétaire du restaurant Cora Déjeuners sur la route de l’Église, Régis Morneau, affirme avoir perdu 75 % de sa clientèle.

Des restaurateurs craignent pour leur survie

De nombreux restaurateurs ont de la difficulté à joindre les deux bouts, malgré leur réouverture. Les mesures sanitaires et de distanciation exigées par la santé publique sont décrites comme nécessaires, mais difficilement rentables. Les restaurateurs réclament donc une prolongation des aides gouvernementales.

«Ce n’est pas parce qu’il y a eu la réouverture des restaurants que ça nous a rassurés. La réouverture, c’est un outil pour nous sortir la tête de l’eau, mais ça ne signifie pas une survie à long terme», entame François Meunier, vice-président aux Affaires publiques et gouvernementales de l’Association des restaurateurs du Québec (ARQ).

«La majorité des restaurants ne pourront pas survivre plus de six mois dans les mêmes conditions, poursuit-il. Penser que la clientèle locale va compenser pour les pertes, ce n’est pas le cas.»

Selon un sondage effectué par l’ARQ, sur 580 répondants, 91 % des restaurants sont rouverts depuis le 15 juin.

Comparé à l’an passé, à pareille date, Régis Morneau, propriétaire du Cora Déjeuners sur la route de l’Église, affirme avoir perdu 75 % de sa clientèle. «C’est sûr et certain que si ça reste comme ça tout l’été, on va avoir de la difficulté à survivre.» La configuration de sa salle à manger est passée de 190 à 100 places assises. De plus, comme le restaurant est situé au rez-de-chaussée d’un immeuble à bureaux, le propriétaire constate avoir perdu plusieurs clients qui travaillent désormais de la maison.


« La majorité des restaurants ne pourront pas survivre plus de six mois dans les mêmes conditions. Penser que la clientèle locale va compenser pour les pertes, ce n’est pas le cas. »
François Meunier, vice-président aux Affaires publiques et gouvernementales de l'ARQ.

Sur le plan de la productivité, «tout est plus long», ajoute-t-il. «Il me faudrait plus de main-d’œuvre pour pouvoir couvrir les procédures de désinfection, mais en même temps, je ne veux pas avoir trop de personnel sur le plancher, car il y a moins de clients.» En plus des coûts d’opération plus élevés : désinfectants, plexiglas, etc. «Tout coûte plus cher.»

Selon l’ARQ, les mesures imposées par le gouvernement représentent un défi important et complexe. M. Meunier donne pour exemple la gestion des groupes de 10 personnes maximum provenant d’au plus trois adresses différentes. «C’est facile à écrire sur papier, mais dans la réalité, c’est impossible à mettre en place.»

À la suite de l’explosion du nombre de restaurants «délinquants» et de l’éclosion de la COVID-19 dans un bar de la Rive-Sud de Montréal, M. Meunier demande à la population de faire sa part pour assurer la sécurité autant de la clientèle que des travailleurs. «Le pire qui pourrait arriver, ce serait un reconfinement de l’industrie.»

Prolongement des subventions réclamé

Deux aides financières sont présentement accordées aux restaurateurs, soit la subvention salariale d’urgence du Canada et l’aide d’urgence du Canada pour le loyer commercial. La première subventionne 75 % des salaires des employés et se termine le 29 août 2020. La deuxième soutient les petites entreprises locataires dont les revenus moyens ont diminué de 70 % pour l’allègement de leur loyer. Elle a été prolongée jusqu’à la fin juillet.

«On demande au gouvernement de prolonger ces deux programmes d’aide. C’est d’autant plus important pour une industrie comme la nôtre, qui ne retrouvera pas une situation normale à long terme», estime M. Meunier de l’ARQ.

Le copropriétaire de la brasserie artisanale Griendel, Martin Parrot, ne croit pas que son établissement survivra sans ces aides gouvernementales. La reconfiguration de sa salle à manger est d’ailleurs passée de 120 à 45 places assises. «D’ici la fin de l’été, toutes les aides tombent. Dès que ça se termine, ça va être l’enfer. J’ai hâte de voir comment les gouvernements vont pallier à cela.»