Si la famille de Jacques Fournier, cet homme décédé récemment lors d’un tragique accident de voiture, a voulu recevoir ce mardi des sympathies publiques, plusieurs autres continuent cependant à reporter les funérailles de leurs proches, dans l’espoir de pouvoir notamment organiser une célébration à l’église.
Si la famille de Jacques Fournier, cet homme décédé récemment lors d’un tragique accident de voiture, a voulu recevoir ce mardi des sympathies publiques, plusieurs autres continuent cependant à reporter les funérailles de leurs proches, dans l’espoir de pouvoir notamment organiser une célébration à l’église.

Des funérailles ouvertes au public au compte-gouttes

Jérôme Savary
Jérôme Savary
La Voix de l'Est
Des funérailles ouvertes au public ont eu lieu mardi après-midi au Complexe funéraire LeSieur, à Granby. Un petit événement en soi, à une période où dire un dernier au revoir à l’être cher n’est plus aussi intime et rassembleur qu’auparavant.

Si différentes maisons funéraires proposent depuis deux semaines aux familles qui le souhaitent de recevoir des «sympathies publiques» de la part d’amis et de connaissances, l’engouement ne semble pas encore là.

Si la famille de Jacques Fournier, cet homme décédé récemment lors d’un tragique accident de voiture, a voulu recevoir ce mardi des sympathies publiques, plusieurs autres continuent cependant à reporter les funérailles de leurs proches, dans l’espoir de pouvoir prochainement organiser une célébration à l’église, indique Julie Girardot du Complexe funéraire Girardot & Ménard de Granby.

«On offre le service de pouvoir recevoir des sympathies publiques, mais les familles ne sont généralement pas chaudes à l’idée de recevoir des visites de l’extérieur», de dire Mme Girardot.

Sur la vingtaine de familles rencontrées début mai par le Complexe funéraire Girardot & Ménard, personne n’en voulait. Les gens sont méfiants, d’après elle. «Ils se disent: s’il y a des personnes asymptomatiques, est-ce que cela pourrait contaminer des gens?»

Résultat, une trentaine de funérailles ont déjà été repoussées du côté du Complexe funéraire Girardot & Ménard. Au Complexe LeSieur, 13 funérailles sont en attente, mais trois autres funérailles ouvertes au public sont tout de même prévues d’ici début juin.

En fin de compte, la décision reste celle de la famille. Cérémonie publique ou privée, inhumation, crémation ou aquamation — qui est permise par le gouvernement, insiste Éric LeSieur —, tout est à la discrétion des familles.

«On est là pour conseiller, et non pour imposer», insiste Mme Girardot.

«On n’oblige pas, mais on suggère d’aller de l’avant», ajoute M. LeSieur.

Celui-ci semblait soulagé de constater une certaine reprise. «À un moment donné, il faut recommencer, on ne peut pas accumuler les funérailles ad vitam aeternam», dit-il, alors qu’il en organise environ 250 par année.

Éric LeSieur, du Complexe funéraire LeSieur, pose devant des pastilles de couleur indiquant aux invités le chemin à suivre pour adresser leurs condoléances à la famille du défunt.

Nouvelles façons de faire

Dans les maisons funéraires, désignées comme un service essentiel, on s’est adapté. Distanciation sociale oblige, le nombre de personnes est limité dans les salons et les célébrations en chapelle privée. «Anciennement, on pouvait accueillir de 150 à 200 personnes en chapelle, alors que maintenant, le maximum est de 60 personnes d’une même famille», compare Mme Girardot.

Plus question non plus de jaser dans le salon, en se remémorant des anecdotes à n’en plus finir avec la parenté. On entre présenter ses condoléances à la famille du défunt en suivant un parcours marqué au sol par des pastilles de couleur, à une distance de deux mètres des autres personnes, sans revenir sur ses pas, puis on sort en suivant toujours le trajet indiqué.

«Les gens ne se croisent jamais», résume Mme Girardot. Le port du masque est aussi demandé.

Mardi, au Complexe funéraire LeSieur, des employés étaient présents au salon afin de rappeler à l’ordre les personnes faisant fi des consignes de sécurité sanitaire.

«Les gens ont de la misère avec la distanciation, a pu constater mardi Éric LeSieur. Ça prend plus de personnel pour dire notamment aux gens d’avancer. On est obligés de faire la police.»

Les fameuses distances, il faudra s’y faire, selon lui. «Ça n’arrêtera pas, c’est une nouvelle façon de faire.»

Ces mesures proviennent notamment d’une directive du ministère de la Santé et des Services sociaux émise le 5 mai dernier par le sous-ministre.

En substance, ce courrier indique, selon Mme Girardot, que le nombre de personnes participant à de tels rassemblements doit être limité afin de permettre la distanciation de deux mètres.

Avant le 5 mai, les funérailles privées étaient particulièrement surveillées. «Il y avait trois à quatre personnes maximum d’une même famille dans le salon avec le défunt», précise Mme Girardot.

Webdiffusion des cérémonies

Les différentes maisons funéraires proposent le service de webdiffusion des cérémonies, ce qui permet aux proches et aux connaissances d’y assister malgré la distance physique.

Le Complexe LeSieur est le premier en Amérique du Nord à avoir offert ce service-là, c’était en 2005, tient à rappeler M. LeSieur. «On peut voir le service en direct et ensuite ça reste sur YouTube», détaille-t-il.

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DES DEUILS «ENCORE PLUS PÉNIBLES»

«Vivre un deuil n’est déjà pas évident, mais en période de COVID-19, c’est encore plus pénible», assure Julie Girardot du Complexe funéraire Girardot & Ménard de Granby.

«On vit leurs émotions, on voit leur détresse.»

La distanciation rend les célébrations moins fraternelles, reconnaît M. LeSieur. «Comme ambiance, c’est plus froid, dit-il. Pour vivre un deuil, c’est pas l’idéal.»

Cependant les gens s’habituent peu à peu à ces nouveaux codes sociaux.

«On essaie de réinstaurer les rituels», de dire Mme Girardot.

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MOINS DE DÉCÈS À GRANBY?

Selon Éric LeSieur, il y aurait eu moins de décès à Granby en avril qu’à pareille date en 2019. Une vingtaine de moins, selon lui, en se basant sur des données partagées par toutes les maisons funéraires granbyennes.

En mars, c’était similaire, et pour mai, cette tendance à la baisse tendrait à se confirmer. «Les gens font particulièrement attention aux mesures d’hygiène, alors ils attrapent moins la grippe et les autres virus habituels», avance comme explication M. LeSieur.