Sharon Ehrlich et Annette Demeny (photo) ont lavé les fenêtres de Titina pour mieux communiquer avec elle, mais aussi d'autres vitres pour des familles qui pourront faire de même.
Sharon Ehrlich et Annette Demeny (photo) ont lavé les fenêtres de Titina pour mieux communiquer avec elle, mais aussi d'autres vitres pour des familles qui pourront faire de même.

Des femmes lavent des fenêtres pour rester près d'une amie âgée en CHSLD

Elles ont lavé des fenêtres du rez-de-chaussée d'un CHSLD frappé par la COVID-19 pour mieux voir leur amie de 87 ans, «Titina», qu'elles viennent visiter chaque jour de l'autre côté de la vitre.

Les deux femmes se démènent pour lui offrir un peu de douceur en espérant pouvoir y entrer bientôt comme bénévoles.

Sharon Ehrlich et Annette Demeny se trouvaient vendredi matin sous une pluie fine devant une fenêtre du CHSLD Vigi Mont-Royal, en plein coeur de l'Île de Montréal.

Selon les plus récents chiffres publiés, ce CHSLD comptait 186 résidants infectés par la COVID-19. Il s'agit du plus lourd bilan de contamination de la province.

Dehors, tout semblait calme.

Sharon et Annette ont lavé les fenêtres de Titina pour mieux communiquer avec elle, mais aussi d'autres vitres pour des familles qui pourront faire de même. Tout le personnel est débordé à l'intérieur de la résidence, et les employés travaillent vraiment fort, disent les deux femmes. «Ils font de leur mieux».

Une employée s'est endormie contre le cadre d'une fenêtre dans une salle de repos. D'une autre, on pouvait voir une employée nourrir avec délicatesse une dame âgée.

Comme beaucoup d'autres personnes qui ont un être aimé à l'intérieur d'une résidence pour aînés, Annette et Sharon font preuve d'imagination pour garder le contact - et soulager leur solitude et leur peur.

Dans la fenêtre de Titina, elles ont collé des fleurs et des morceaux de pâte à modeler colorée qui épellent «I love you» (je t'aime).

Langage des signes

Et elles ont développé tout un langage des signes pour dire à leur amie de 87 ans qu'elle n'est pas oubliée.

«Elle est terrifiée», disent-elles. «Elle déteste être seule». Son test de COVID-19 est revenu positif. «Sa santé se dégrade», constate Annette.

La dame est frêle, allongée dans son lit, mais elle tente de répondre de sa main fragile aux deux femmes, et envoie des baisers.

Cette dame âgée est Concetta Laberto, la mère de leur amie Pina qui a été brutalement assassinée il y a 10 ans. Son autre fille, Mary, vient aussi la visiter de l'autre côté de la vitre tant qu'elle peut, ont-elles souligné, mais elle habite loin.

Elles sont restées proches et puisqu'elles ne peuvent plus entrer dans le CHSLD, elles la visitent de l'autre côté de la fenêtre.

Elles ont peur pour elle.

Mais elles ragent aussi.

Elles voient bien aux nouvelles comment la situation s'est détériorée dans beaucoup de CHSLD. Elles veulent aider, mais se frappent à un mur depuis des semaines, disent-elles.

Elles veulent y aller pour leur amie, mais aussi pour les autres résidents, isolés et seuls depuis trop longtemps.

«Pour leur donner des verres d'eau, aller faire le clown, mettre un peu de soleil dans leur journée», explique Annette.

Juste pour les faire rire, leur tenir la main, ajoute-t-elle. Car ils ont besoin de chaleur humaine aussi, pas juste de soins médicaux.

Mais elles sont incapables d'entrer, malgré leurs nombreuses démarches, affirment les deux femmes. Les visites ont été suspendues dans toutes les résidences pour aînés, afin d'éviter, ou d'empirer, la contamination.

Vendredi, Annette et Sharon espéraient que cela allait enfin fonctionner.

Grâce au bureau du député libéral Pierre Arcand, qui représente la circonscription de Mont-Royal—Outremont, et de sa directrice de bureau, Charlotte Thierry - une de ces femmes qui peuvent faire bouger des montagnes, dit Annette - qui ont réussi à faire débloquer des choses.

Les deux femmes ont obtenu de pouvoir se faire dépister pour la COVID-19, une étape qui les rapproche de pouvoir franchir les portes du CHSLD.

Mais l'établissement risque d'être bien différent.

En lavant les fenêtres, elles n'ont pu que le constater. «Il y a des chambres vides», qui ne l'étaient pas avant, dit Sharon.

Et ce bruit des sirènes, trop fréquent, des ambulances qui arrivent et partent de la résidence, ajoute-t-elle.