Des enseignantes déguisés en ZOOMbies ont manifesté devant le ministère de l"Éducation.
Des enseignantes déguisés en ZOOMbies ont manifesté devant le ministère de l"Éducation.

Des enseignants de cégep déguisés en «ZOOMbies» manifestent leur désarroi [VIDÉO]

Normand Provencher
Normand Provencher
Le Soleil
À la veille de l’Halloween, une vingtaine de professeurs de cégep de la région, plusieurs déguisés, sont venus dénoncer vendredi matin, devant l’édifice Marie-Guyart (Complexe G), leur surcharge de travail provoquée par la pandémie. Ces «ZOOMbies», comme ils se sont baptisés dans un clin d’oeil aux films d’horreur, estiment que leur tâche a doublé à cause de l’enseignement à distance et que le manque de ressources risque de pousser plusieurs étudiants au décrochage.

«Yeux cernés, dos courbaturé, peau terne et envie de grogner», c’est avec ces comparaisons propres aux personnages de morts-vivants, qu’une représentante syndicale a illustré l’état physique et mental de ses collègues face à une crise qui a radicalement transformé leur façon de travailler. «Notre métier n’est plus le même et il semble difficile pour nos dirigeants de le reconnaître», lance Marie-Pierre Gagné, professeure de littérature au cégep Lévis-Lauzon.

Un sondage réalisé entre la mi-septembre et à la mi-octobre, auprès de 2429 membres de la Fédération nationale des enseignants et enseignantes du Québec (FNEEQ-CSN) démontre que la tâche de la moitié d’entre eux avait doublé en raison de la crise. Un professeur sur cinq vivrait une détresse psychologique allant jusqu’à mettre en péril sa santé mentale.

«La tâche s’est fortement alourdie par l’adaptation importante des cours à distance et hybride, ainsi que par les besoins extraordinaires des étudiants en termes d’encadrement», mentionne Mme Gagné. Les professeurs ont dû non seulement adapter leurs cours, mais ils ont vu s’ajouter la tâche de répondre à une augmentation du nombre de courriels des étudiants. Faute de pouvoir faire ces «rétroactions» en face à face, avant ou après les cours, comme c’était le cas avant la crise, ils doivent consacrer beaucoup de temps à le faire par écrit, souvent en dehors de leur horaire normal.

«Tous les professeurs qui ont répondu au sondage disent clairement que leur tâche a explosé. C’est 50 % de plus que la charge de travail habituel», explique Hélène Nazon, professeure de littérature au cégep Garneau. 

«Je vois des collègues d’expérience tomber au combat, prendre des retraites anticipées ou réfléchir à des changements de carrière devant la lourdeur de leur tâche», renchérit Carole-Anne Gauthier, professeure de psychologie au cégep St. Lawrence.

Solitude et isolement

Les professeurs craignent aussi que le décrochage chez les étudiants augmente en raison de l’anxiété découlant de l’imposition des nouvelles approches pédagogiques. «C’est super dur pour eux. Ils sont un peu perdus. Ils sont dans leur chambre, à passer d’un cours Zoom à un autre» confie Hélène Nazon. «Il ne faut pas oublier que les étudiants de secondaire 5 sont arrivés au cégep après avoir fini leurs cours à distance. Ils sont arrivés au cégep et c’était encore à distance.»

«Beaucoup ont du mal à gérer la solitude et l’isolement, avance Éric Kirouac, professeur de psychologie au cégep Garneau, déplorant du même souffle de voir les nouveaux collégiens privés d’une vie sociale et parascolaire qu’ils attendaient avec impatience. «Ils se retrouvent seuls chez eux, dans un nouveau système qu’ils ne connaissent pas.»

Le Devoir rapportait jeudi qu’un «comité de travail exploratoire» mis sur pied par le gouvernement, et auquel participent des syndicats d’enseignement collégial, étudie un possible allégement de la tâche des professeurs sans perte financière. L’assouplissement serait en vigueur pour la prochaine session d’hiver contrainte d’être vécue principalement à distance encore une fois.