Les enseignantes interrogées par <em>La Voix de l’Est</em> s’attendent à affronter des défis supplémentaires lorsque les cours reprendront, que ce soit dès ce printemps ou à l’automne.
Les enseignantes interrogées par <em>La Voix de l’Est</em> s’attendent à affronter des défis supplémentaires lorsque les cours reprendront, que ce soit dès ce printemps ou à l’automne.

Des enseignants anticipent difficilement la reprise des cours

Même si les plans du gouvernement du Québec concernant un éventuel retour en classe demeuraient flous en milieu de semaine, de nombreux enseignants tentent de prévoir divers scénarios. Les professeures sondées par La Voix de l’Est s’attendent à affronter des défis supplémentaires lorsque les cours reprendront, que ce soit dès ce printemps ou à l’automne.

À ce stade-ci, elles peinent à imaginer concrètement un milieu scolaire « post-COVID-19 ». Marie-Lydia Houle redoute une reprise en mai, ou même avant, tel qu’évoqué récemment par le premier ministre François Legault.

« Le gouvernement dit que les règles de distanciation sociale devront encore être appliquées pendant deux mois. Mais là, je devrais retourner dans un petit local avec mes 25 élèves. Voyons, ça n’a pas de sens ! » affirme celle qui enseigne en quatrième année à école primaire Joseph-Poitevin, à Granby, depuis plus de deux ans.

« Je vois mal comment je pourrais enseigner à deux mètres de mes élèves. Selon moi, ma principale force est justement mon humanité... »

Reprise graduelle ?

Advenant l’annulation du reste de l’année scolaire, les deux étapes complétées prévaudraient probablement pour évaluer la réussite ou non d’un élève.

L’enseignante de 27 ans reconnaît toutefois que toutes les avenues potentielles comportent des inconvénients.

« J’ai au moins deux jeunes qui flirtent avec la barre du 50 %. Je voulais mettre tous les efforts possibles à la troisième étape pour qu’ils rattrapent leur retard. En même temps, s’ils passent de justesse, ils commenceront la prochaine année avec des faiblesses importantes », souligne la résidente de Saint-Alphonse-de-Granby.

Si les cours doivent absolument reprendre au cours des prochains mois, Mme Houle entrevoit néanmoins certaines pistes de solution.

L’enseignante en adaptation scolaire Marie-Claude Gaudreau-Pollender estime que la plupart des élèves gagneraient à retourner en classe ce printemps, ne serait-ce que pour quelques semaines.

« Il faudrait vraiment recommencer de façon graduelle. Je pourrais former cinq groupes de cinq élèves, un pour chaque jour de la semaine. Ça me permettrait de me concentrer sur les cours les plus importants, comme le français et les mathématiques. »

Adaptation scolaire

Également mère de quatre enfants, Marie-Claude Gaudreau-Pollender enseigne en adaptation scolaire à l’école secondaire Wilfrid-Léger de Waterloo. Avant le début de la crise, elle côtoyait quotidiennement des ados de 14 à 16 ans.

« Je crois que la reprise sera très difficile », prévient la Granbyenne.

« Aucun de mes élèves n’est exactement au même niveau. On doit absolument être en classe parce que je fabrique tout mon matériel. De toute façon, plusieurs n’ont pas l’autonomie pour se débrouiller à la maison. »

Après une pause de plus d’un mois, Mme Gaudreau-Pollender estime que la plupart des élèves gagneraient à retourner en classe ce printemps, ne serait-ce que pour quelques semaines. Si le tout est reporté à l’automne, une remise à niveau majeure sera sans doute nécessaire.

« Même en adaptation scolaire, le niveau de motivation reste haut dans mon groupe. Certains ont de grandes difficultés, mais ils veulent au moins compléter ce qu’ils ont commencé pour ne pas augmenter leur retard. »

Enjeu des enseignants plus âgés

Présidente du Syndicat de l’enseignement de la Haute-Yamaska, Sophie Veilleux juge que le premier ministre Legault a tempéré les inquiétudes en précisant qu’aucune date de retour n’est fixée à l’heure actuelle. Elle souligne toutefois que l’enjeu des enseignants âgés de 60 ans et plus, de même que les retraités revenus donner un précieux coup de pouce, devra absolument être considéré.

« Si les membres tombent malades les uns après les autres, je ne sais pas qui va nous remplacer, car on vit déjà une pénurie », fait valoir celle qui représente les professeurs de la commission scolaire du Val-des-Cerfs.

« Mais je fais totalement confiance à la direction [nationale] de la santé publique. Je suis convaincue qu’ils ne feront aucune annonce sans s’assurer que les conditions sont sécuritaires pour le monde. »

« Je vois mal comment je pourrais enseigner à deux mètres de mes élèves. Selon moi, ma principale force est justement mon humanité... », estime Marie-Lydia Houle, qui enseigne en quatrième année à école Joseph-Poitevin.

+

FORMATION À DISTANCE: UNE MESURE D'URGENCE AVANT TOUT

Un premier pas vers « l’après COVID-19 » a été effectué au Cégep de Granby, la majorité de ses étudiants ayant repris leurs cours à distance depuis le 6 avril.
« Selon les échos que j’ai obtenus, les résultats diffèrent autant que le nombre de professeurs impliqués », explique Camille Dubuc, président du Syndicat des enseignantes et enseignants du Cégep de Granby.

S’il est possible de transmettre adéquatement les connaissances, l’évaluation (notamment pour des enjeux d’intégrité et d’équité) et les stages en milieu de travail semblent plus problématiques. Certains étudiants ne peuvent intégrer des entreprises comme prévu, tandis que les finissants en soins infirmiers sont sollicités dès maintenant pour affronter la pandémie de la COVID-19.

M. Dubuc affirme qu’un bilan devra être fait au terme de la crise pour évaluer l’expérience des cours à distance, dont on peut sans doute tirer du positif. Le représentant syndical estime toutefois qu’elle constitue davantage une mesure d’urgence qu’une véritable option à long terme.

« En ce moment, on essaie d’offrir la meilleure solution possible pour répondre à la pire des situations. »