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De fausses informations selon lesquelles la vaccination contre le Covid-19 peut rendre stérile dissuadent certains Américains de recevoir leur injection, et obligent les professionnels de la santé à démontrer à leurs patients que ce qu’ils ont lu en ligne n’a aucun fondement scientifique.
De fausses informations selon lesquelles la vaccination contre le Covid-19 peut rendre stérile dissuadent certains Américains de recevoir leur injection, et obligent les professionnels de la santé à démontrer à leurs patients que ce qu’ils ont lu en ligne n’a aucun fondement scientifique.

Des craintes infondées sur la fertilité nuisent à la campagne de vaccination américaine

AFP
Agence France-Presse
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De fausses informations selon lesquelles la vaccination contre la COVID-19 peut rendre stérile dissuadent certains Américains de recevoir leur injection, et obligent les professionnels de la santé à démontrer à leurs patients que ce qu’ils ont lu en ligne n’a aucun fondement scientifique.

Elles se propagent notamment sur les réseaux sociaux comme Facebook, où l’on peut lire que 97 % des vaccinés deviennent stériles, que même une relation sexuelle avec un homme immunisé suffit à nuire à la fertilité d’une femme, et que tout cela pourrait « stériliser une génération entière ».

Au moment où le rythme des injections ralentit aux États-Unis, ces affirmations erronées compliquent la tâche de l’administration Biden, qui s’est fixé pour objectif d’atteindre l’immunité collective.

Près des deux tiers des personnes disant être sûres qu’elles ne se feront pas vacciner s’inquiètent des conséquences sur leur fertilité, selon une étude américaine publiée début mai.

Et environ la moitié des personnes n’ayant pas encore reçu de dose disent craindre que « le vaccin contre le Covid-19 puisse avoir un effet négatif sur leur fertilité à l’avenir », affirme à l’AFP Ashley Kirzinger, de la Kaiser Family Foundation, une ONG visant à informer le public sur les questions de santé.

Chez les 18 à 49 ans, 50 % des femmes et 47 % des hommes expriment de telles inquiétudes.

« Aucune preuve » 

L’exclusion des femmes enceintes des premiers essais cliniques a contribué à créer ces peurs, et la nouvelle salve de désinformation venue de groupes anti-vaccins coïncide avec le ralentissement de la campagne américaine.

« Ils se contentent en grande partie de recycler les éléments qui, pour les vaccins existants, étaient déjà source de craintes et les appliquent à ces nouveaux vaccins, même si cela ne repose sur aucun fondement scientifique », souligne Devon Greyson, professeur à l’université du Massachusetts Amherst.

Ces messages ciblent les femmes, car « la fertilité est un sujet qui provoque une si forte réaction, qui est tellement intime », ajoute Devon Greyson. « Donc si vous cherchez un épouvantail pour effrayer les gens, dire que "cela va vous rendre stérile" fonctionne très bien. »

Les « inquiétudes autour de la fertilité et des vaccins touchent le cœur de ce qui, pour beaucoup de femmes, représente la féminité », acquiesce Katharine O’Connell White, professeure de gynécologie à l’école de médecine de l’université de Boston.

« Il n’y a aucune preuve suggérant que le vaccin puisse causer l’infertilité », ont rappelé dans un communiqué conjoint trois institutions médicales, l’American College of Obstetricians and Gynecologists, l’American Society for Reproductive Medicine et la Society for Maternal-Fetal Medicine.

Même si plus de 585 000 Américains sont morts du Covid-19, beaucoup hésitent encore à recevoir une injection, laissant aux professionnels de la santé la charge de les convaincre que la peur de ne plus pouvoir avoir d’enfants est infondée.

Problème de confiance

« Je dis toujours à mes patients d’imprimer les choses qu’ils voient et qu’ils trouvent effrayantes ou angoissantes. Et ensuite, on en parle », explique Katharine O’Connell White.

Mais les plus sceptiques n’ont pas assez confiance en leur médecin pour se tourner vers lui.

Les personnes fermement opposées à la vaccination ne demandent pas conseil à leur docteur, ou ne vont pas le voir du tout, selon Abinash Virk, une spécialiste des maladies infectieuses.

Le fait que les inquiétudes des femmes sur leur santé aient été parfois ignorées par les professionnels du soin joue un rôle dans ce problème.

« Historiquement, les besoins des femmes ont souvent été laissés de côté dans les recherches scientifiques. Souvent, c’est parce que la personne qui conduit l’étude n’est pas une femme », déclare Mme White.

Les choix en matière de santé dans les familles incombant souvent aux femmes, réfuter ces fausses informations est primordial, d’autant que la vaccination avec Pfizer-BioNTech vient d’être ouverte aux enfants américains dès 12 ans.

Atteindre l’immunité collective nécessite qu’une grande part de la population du pays, dont les enfants, soit vaccinée, car plus les personnes immunisées sont nombreuses, moins le virus peut se propager.

Et la désinformation sur les vaccins représente un obstacle.

« Il est difficile de se débarrasser des fausses informations », ajoute Mme White. « Elles prennent beaucoup plus facilement que la simple et ennuyeuse vérité. »