De nombreux obstacles se trouvent ainsi sur le chemin de la rentrée en classe virtuelle, selon les acteurs du réseau.
De nombreux obstacles se trouvent ainsi sur le chemin de la rentrée en classe virtuelle, selon les acteurs du réseau.

Des cours en ligne dès lundi dans tous les cégeps : un scénario peu probable

Stéphanie Marin
La Presse Canadienne
MONTRÉAL — Si le premier ministre François Legault souhaite que les cégeps soient prêts à enseigner en ligne dès lundi, ce scénario est peu probable pour tous les collèges du Québec.

Certains cégeps seront prêts lundi, mais pas tous, reconnaît la Fédération des cégeps qui regroupe les 48 collèges publics du Québec.

La vaste majorité ne le sera pas, estime même Yves de Repentigny, le représentant syndical de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (Fneeq), affiliée à la CSN, qui représente les professeurs de 45 établissements du réseau collégial.

Certains sont pressés de recommencer l'enseignement, mais d'autres admettent que le «retour en classe» sera plus réaliste le 6 avril ou même le 14 avril, ajoute-t-il.

Le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Philippe Clément, abonde dans le même sens : «il va y avoir une reprise graduelle des activités de formation». Tout ne va pas commencer la semaine prochaine, dit-il.

Les établissements d'enseignement du Québec ont été fermés le 13 mars en raison de la pandémie de la COVID-19.

Québec mise toutefois sur l'enseignement à distance pour que les cégeps et les universités puissent finir la session. Interrogé jeudi au sujet de la reprise attendue des cégeps pour lundi prochain, le premier ministre avait répliqué : «on le souhaite».

Mais peu importe la date de la reprise, des étudiants s'opposent : certains militent pour que la session soit suspendue et que les cours soient considérés comme réussis, sans note finale. Une pétition en ligne avait été signée par plus de 110 000 étudiants de cégeps et d'universités du Québec samedi matin.

Bref, ils souhaitent que le gouvernement «ferme ses livres».

D'autres étudiants se plaignent, notamment au Cégep de l'Outaouais, que des professeurs réclament des travaux depuis deux semaines, comme si de rien n'était. Ces cégépiens s'opposent à ce que le même horaire de remise de travaux scolaires soit maintenu — et la même quantité.

Et puis, que sont censés faire les étudiants les plus démunis, qui ne possèdent pas d'ordinateur, pour suivre leurs cours en ligne? demandent-ils.

Les difficultés

De nombreux obstacles se trouvent ainsi sur le chemin de la rentrée en classe virtuelle, selon les acteurs du réseau.

La Fédération des cégeps souligne qu'il est plus difficile de trouver des solutions pour les programmes techniques — il y en a plus de 100 —, car l'enseignement implique des laboratoires et du matériel spécialisé.

Des professeurs n'ont pas encore pu récupérer leurs ordinateurs et leur matériel d'enseignement qui se trouvent dans les cégeps désormais fermés à clé. C'est le cas aussi pour les étudiants qui ont besoin de leurs livres pour étudier.

Certains professeurs sont des pros de l'informatique, mais d'autres partent de zéro. Transférer tous leurs cours en ligne, avec des systèmes de vidéoconférence qu'ils ne maîtrisent pas, est ardu, souligne M. de Repentigny.

Et aussi, autant des professeurs que des étudiants sont des parents : difficile d'étudier ou d'enseigner lorsqu'il faut s'occuper d'un poupon, signale M. Clément.

Dans la note ministérielle transmise aux directions des cégeps jeudi, il est demandé aux établissements de prévoir un protocole afin de permettre aux enseignants de se rendre sur les campus pour récupérer ce dont ils ont besoin.

La façon de procéder

Bien que l'enseignement en ligne ait été évoqué le plus souvent publiquement par le gouvernement — à l'aide de plateformes interactives, telles que zoom — d'autres solutions de rechange seront utilisées.

Certains travaux pourront être envoyés par la poste aux étudiants, donne en exemple Judith Laurier, directrice des communications de la Fédération des cégeps.

Et des stages pourront être convertis en étude de cas, a ajouté de son côté M. Clément.

Mettre fin à la session ?

«La solution peut sembler alléchante, mais les compétences ne seront pas toutes atteintes», a commenté M. de Repentigny, donnant en exemple les formations techniques en santé. Accorder un diplôme à des infirmières, par exemple, qui n'ont pas eu certaines formations pratiques, peut en rendre frileux plus d'un.

Le syndicat demande au gouvernement de la flexibilité et de ne pas imposer une solution mur à mur aux cégeps.

«Les professeurs veulent faire leur effort de guerre», mais le gouvernement ne peut pas écarter tous les obstacles qu'ils rencontrent, juge-t-il.

La Fédération des cégeps ne veut pas non plus mettre fin à la session. Il y a 50 000 étudiants dans le réseau, souligne Mme Laurier, et beaucoup attendent leur diplôme pour travailler ou être admis à l'université. Ils veulent terminer la session, même si cela va être plus dur.

Elle assure que tout le monde travaille très fort pour aider les cégépiens à poursuivre leur parcours.

Le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec demande de son côté aux étudiants de rester calmes. Il comprend que certains sont réellement inquiets, voire anxieux, mais souligne que toute la situation évolue rapidement et que certaines solutions sont mises de l'avant.

Il se déclare d'ailleurs satisfait de certaines mesures proposées par le ministère de l'Éducation, dont la possibilité pour les étudiants d'abandonner un cours, sans échec ni pénalité. La mention «incomplet» sera indiquée au bulletin et non «échec».

«Cela ne nuira pas à la cote R, a souligné Mme Laurier qui accueille aussi cette proposition d'un oeil favorable.

Si cette mesure peut être un soulagement pour certains étudiants, elle «ne doit pas être la seule solution» offerte, juge M. Clément.

Et puis, la fameuse «cote R», celle qui sert aux admissions à l'université, bénéficiera aussi d'un assouplissement.

Le ministère a proposé deux formules de calcul, dont l'une ne tient pas du tout compte de la session d'hiver en cours. Il retiendra le calcul le plus avantageux pour chaque étudiant, a expliqué M. Clément.

La FECQ ne croit pas que de mettre à terme immédiatement à la session est la bonne solution. Elle s'inquiète que cela ne crée plus d'iniquités entre les étudiants du collégial.

«Et personne ne doit être laissé derrière», insiste M. Clément.

Il demande aussi au gouvernement de prévoir de l'aide financière supplémentaire pour les cégépiens, ainsi que de l'aide psychologique.

Le ministère semble avoir entendu cette demande. Dans sa récente note envoyée aux directions des cégeps, il leur est demandé «de mobiliser tous les membres de leur personnel afin qu'ils puissent participer au nécessaire soutien psychologique et pédagogique des étudiants».