Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
En zone orange, un propriétaire de bar peut-il rouvrir son établissement après s’être procuré un permis du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) et un four pour y réchauffer des pizzas ou des ailes de poulet?
En zone orange, un propriétaire de bar peut-il rouvrir son établissement après s’être procuré un permis du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) et un four pour y réchauffer des pizzas ou des ailes de poulet?

Des bars ouvrent avec un permis du MAPAQ... en offrant des repas-minute

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
Article réservé aux abonnés
En zone orange, un propriétaire de bar peut-il rouvrir son établissement après s’être procuré un permis du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) et un four pour y réchauffer des pizzas ou des ailes de poulet? Le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) dit que oui. Le MAPAQ dit que non. Et la Direction de santé publique de la Capitale-Nationale y voit des «réouvertures malavisées» et des «stratégies de contournement» des règles sanitaires.

Dans un courriel transmis au Soleil, mercredi, Mathieu Boivin, porte-parole du CIUSSS de la Capitale-Nationale, indique que «des intentions de réouverture malavisées» ont été portées à l’attention de la Direction de santé publique et que celle-ci sentait le besoin «de mettre en garde les exploitants contre toute désinvolture».

«Il a été porté à notre attention que des commerces du secteur de la restauration et des bars ne respectent pas adéquatement les mesures sanitaires comme la distanciation physique appropriée entre les clients et le port du masque ou du couvre-visage. Certains usent par ailleurs de stratégies de contournement, en réchauffant par exemple de petits casse-croûtes de type «minute» pour pouvoir servir de l’alcool», précise Mathieu Boivin, rappelant que le service d’alcool est actuellement interdit s’il n’accompagne pas un repas.

«Dans le contexte actuel d’émergence de variants hautement contagieux du SARS-CoV-2, il est raisonnable d’anticiper que ces comportements pourraient avoir des conséquences désastreuses», souligne le porte-parole du CIUSSS.

Mathieu Boivin ajoute que la Santé publique privilégie la collaboration avec les commerçants qui souhaitent reprendre leurs activités. «La très vaste majorité s’acquitte d’ailleurs de ses responsabilités de façon impeccable, par respect de la clientèle et de la population», note le porte-parole du CIUSSS.

Mais «lorsque nous prenons connaissance de preuves et de témoignages crédibles de mauvaise conduite, nous nous sentons l’obligation de rappeler qu’au-delà de ses pouvoirs d’ordonnance à portée individuelle, la Direction de santé publique dispose de moyens d’action pour mettre un terme aux activités commerciales pouvant mettre à risque la clientèle et les travailleurs, en conformité avec la Loi sur la santé publique», signale M. Boivin.

Un permis en deux semaines

Le président de la Corporation des propriétaires de bars, brasseries et tavernes du Québec (CPBBTQ), Renaud Poulin, confirme que des tenanciers de la capitale titulaires d’un permis de restauration du MAPAQ «s’achètent un four turbo pour réchauffer des ailes de poulet ou de la pizza, par exemple, et ils rouvrent». 

Selon lui, il est possible pour les propriétaires de bars de Québec de demander et d’obtenir en deux semaines un permis de restauration en se rendant directement aux bureaux du MAPAQ.

Dans une communication transmise le 12 mars à la CPBBTQ, le cabinet du ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation rappelle qu’en zone orange, trois critères permettent à un établissement de reprendre ses activités. L’établissement doit ainsi posséder un permis de restauration valide du MAPAQ, avoir une cuisine en opération pour l’ensemble de ses heures d’ouverture et se conformer, pour l’accueil des clients, à l’ensemble des mesures prévues dans les arrêtés et décrets adoptés en vertu de l’urgence sanitaire. 

À noter qu’une cuisine en opération signifie que l’aire utilisée à cet effet doit être exclusive à la préparation d’aliments, et qu’au moins un employé doit être dédié exclusivement à cette tâche et présent pour l’ensemble des heures d’ouverture, précise le cabinet du MAPAQ dans son courriel à la CPBBTQ.

Selon Renaud Poulin, les policiers de Québec auraient fait fermer la semaine dernière au moins deux établissements parce qu’ils n’étaient «pas conformes», une information que le SPVQ n’était pas en mesure de nous confirmer mercredi après-midi. «Mais ils ont rouvert depuis. On a demandé aux policiers s’ils avaient changé d’idée [sur la conformité des établissements], ils nous ont dit que oui, que juste le permis du MAPAQ était suffisant» pour être conforme, rapporte M. Poulin.

Le président de la CPBBTQ affirme que toutes les communications que son organisation a eues avec le MAPAQ ont été transmises à ses membres ainsi qu’à la police de Québec «parce que je ne veux pas que nos tenanciers aient des problèmes». 

«C’est difficile financièrement pour eux, il ne faut pas se le cacher, et c’est un peu normal que les gens veuillent rouvrir. Mais s’il y a des règles, il y a des règles, on ne peut pas les appliquer à l’un mais pas à l’autre.[…] Hier [mardi], ils [les policiers de Québec] m’ont dit que tant qu’il y a un permis du MAPAQ, tant qu’il y a un four et de la pizza, ils vont le tolérer. Nous, on ne veut pas faire fermer les établissements, mais il faut que les règles soient les mêmes pour tout le monde. Là, le MAPAQ dit le contraire de ce que disent les policiers de Québec», expose Renaud Poulin, qui demande au gouvernement de clarifier la situation le plus rapidement possible.

Au SPVQ, on juge que «du moment où le propriétaire d’un bar a un permis du MAPAQ, il n’est pas en infraction». «Quand on fait nos contrôles auprès des différents tenanciers, que ce soit des restaurants, des bars ou des resto-bars […], si on constate des infractions en rapport avec le décret et les mesures sanitaires, on va émettre des constats d’infraction, mais si l’endroit a un permis du MAPAQ pour servir de la nourriture, il peut être ouvert», dit la porte-parole Sandra Dion.