Pour se conformer aux consignes, des entreprises touristiques, dont les parcs aquatiques, devront diminuer de beaucoup leur capacité d’accueil.
Pour se conformer aux consignes, des entreprises touristiques, dont les parcs aquatiques, devront diminuer de beaucoup leur capacité d’accueil.

Déconfinement: l’industrie touristique lance un ultimatum à Québec

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Alors que la saison estivale est sur le point de commencer, plusieurs acteurs de l’industrie touristique ignorent toujours s’ils pourront accueillir des visiteurs. Mercredi, ils ont lancé un ultimatum à Québec pour obtenir un échéancier de réouverture ainsi qu’un soutien financier pour les aider à traverser la crise provoquée par la pandémie du coronavirus.

«Ce qu’on veut, c’est une date. On veut savoir quand on pourra rouvrir. C’est le plus important pour nous parce que la date d’ouverture fera foi de tout», lâche Charles Désourdy, propriétaire et président de Bromont, montagne d’expériences.

Celui-ci se donnait jusqu’au début du mois pour statuer sur l’ouverture prochaine du parc aquatique, prévue le 3 juillet. 

«Mais si on n’a pas de nouvelles dans les prochains jours, ça va être difficile d’être prêts à temps, soutient M. Désourdy. Plus on retarde, moins ça vaut la peine de l’ouvrir, économiquement parlant. Et si on n’ouvre pas le parc, ce sont des centaines d’emplois en moins dans la région, ce sont des retombées économiques en moins.»

«Cette année, on a dû s’endetter plus que d’habitude. Depuis la fermeture des lieux publics, on essuyait des pertes uniquement les fins de semaine. Mais depuis la fête des Patriotes, ce sont tous les jours qui sont une perte, car on n’a pas pu rouvrir comme prévu. On a annulé nos camps de jour, nos visites scolaires, nos événements corporatifs et les mariages qui devaient avoir lieu au Zoo, ce qui représente d’importants revenus en moins, mentionne Paul Gosselin, directeur général du Zoo de Granby. Mais nos frais fixes demeurent élevés. On doit nourrir et fournir des soins vétérinaires à nos animaux chaque jour. On ne peut pas arrêter ou en faire moins parce qu’on est fermés aux visiteurs.»


« «Sans aide aucune du gouvernement du Québec, il est réaliste de penser qu’environ 25 % des emplois régionaux du secteur touristique pourraient disparaitre au cours des prochaines semaines. Cela représente plus de 5 000 pertes d’emplois pour notre région.» »
Jean-Michel Ryan, président de Tourisme Cantons-de-l’Est

L’incertitude entourant les dates possibles de réouverture n’a rien de rassurant pour le Regroupement des parcs aquatiques du Québec (RPAQ), Tourisme Cantons-de-l’Est (TCE) et Événements Attractions Québec (AEQ). Outre les frais fixes pour l’entretien et la maintenance de leurs installations, les assurances, taxes et autres, qui continuent de s’accumuler en l’absence de revenus, ses membres devront composer avec d’autres dépenses pour assurer la sécurité des visiteurs, dont ils ignorent la date de retour.

Dans ce contexte, s’organiser ne se fait pas en criant lapin. Des délais seront nécessaires et les entreprises touristiques souhaitent être prêtes plus tôt que tard afin d’amputer le moins possible leur saison et d’éviter d’importantes pertes financières. 

« Dans les Cantons-de-l’Est, le tourisme c’est plus de 2 000 entreprises, 20 000 emplois, plus de 9 millions de visiteurs par année et plus de 900 M$ en dépenses touristiques annuellement. Le tourisme est le 4e secteur économique d’importance dans la région. Notre industrie a été l’une des premières à ressentir les contrecoups de la crise et elle sera l’une des dernières à s’en remettre. Avec la situation actuelle, c’est un pan complet de notre économie régionale qui est menacé. Sans aide aucune du gouvernement du Québec, il est réaliste de penser qu’environ 25 % des emplois régionaux du secteur touristique pourraient disparaitre au cours des prochaines semaines. Cela représente plus de 5 000 pertes d’emplois pour notre région », calcule le président de TCE, Jean-Michel Ryan, qui est également copropriétaire de Mont Sutton.

Événements Attractions Québec rappelle pour sa part qu’en 2018, ses quelque 160 membres employaient plus de 21 000 personnes en haute saison et ont généré un chiffre d’affaires collectif d’environ 375 millions de dollars.

Le président de Bromont, montagne d’expériences se donnait jusqu’au début du mois pour statuer sur l’ouverture prochaine du parc aquatique, prévue le 3 juillet. «Mais si on n’a pas de nouvelles dans les prochains jours, ça va être difficile d’être prêt à temps, soutient Charles Désourdy. Plus on retarde, moins ça vaut la peine de l’ouvrir, économiquement parlant. Et si on n’ouvre pas le parc, ce sont des centaines d’emplois en moins dans la région, ce sont des retombées économiques en moins.»

Bon au public, bon au privé

L’annonce, la fin de semaine dernière, de la réouverture des piscines publiques laisse pantois les exploitants de parcs aquatiques privés, qui ne s’expliquent pas pourquoi ils ont été exclus, eux qui affirment bénéficier d’infrastructures «leur permettant un cadre d’exploitation plus sécuritaire que les lieux publics, notamment par la présence de surveillants et de sauveteurs certifiés». 

«Cette incompréhension est d’autant plus choquante puisque rien n’indique que les risques de contagion de la COVID-19 soient variables en fonction d’une exploitation privée ou publique d’un lieu de baignade», fait valoir le RPAQ dans un communiqué.

«Ce qui est bon pour les piscines publiques est bon pour les piscines privées, croit M. Gosselin, ajoutant que certaines personnes se procurent un laissez-passer de l’Amazoo pour venir s’y baigner plutôt que de fréquenter les piscines municipales. On espère que la réouverture des bassins publics signifie qu’on pourra rouvrir les nôtres.»

Événements Attractions Québec rappelle pour sa part que les musées et les parcs municipaux ont eu l’autorisation d’ouvrir, alors que ses membres offrent des services similaires. «Les zoos, aquariums et jardins sont équivalents à des musées mettant en valeur des collections vivantes et peuvent appliquer des mesures sanitaires similaires aux institutions muséales et permettre la découverte des animaux et plantes de façon sécuritaire pour les visiteurs, plaide l’organisation. Les parcs thématiques et les centres récréatifs qui proposent des modules de jeux, des jeux d’eau peuvent également offrir un cadre d’exploitation sécuritaire.»

Pour la relance, l’industrie touristique est séparée en huit secteurs, explique M. Gosselin. «Notre établissement fait partie de trois de ces secteurs, soient les zoos et aquariums, les parcs aquatiques et les parcs d’attraction. 

Comme chaque secteur sera déconfiné selon ses propres critères, il est possible qu’on ne puisse pas ouvrir tous nos services en même temps. On va devoir gérer ça, surtout parce que normalement, nos billets d’entrée sont valides pour tout le site.»

Le Zoo de Granby ne vendra pas d’abonnement annuel cet été et un nombre limité de billets journaliers seront mis en vente sur son site Internet. «Il faudra réserver sa place en achetant ses billets à l’avance, indique Paul Gosselin. On acceptera les gens qui se présenteront uniquement si la capacité du site n’est pas atteinte.»

Capacité d’accueil réduite

Tant l’EAQ que le RPAQ rappellent que des plans d’action comprenant de strictes mesures sanitaires pour permettre la reprise des activités de leurs membres sont en train d’être élaborés et que les entreprises collaborent avec la santé publique dans l’espoir d’obtenir son feu vert le plus rapidement possible.

Pour se conformer aux consignes, des entreprises touristiques diminueront de beaucoup leur capacité d’accueil. 

« Chez nous, on prévoit accueillir 2500 personnes par jour au lieu des 5000 ou 6000 en temps normal, précise M. Désourdy. On ne vendra pas de laissez-passer de saison pour cet été, les billetteries permettront la vente de 2500 entrées par jour, chaque jour.»

La diminution de l’offre n’entraînera toutefois pas de hausse des tarifs, a indiqué le président de Bromont, montagne d’expériences, qui se réjouit néanmoins du résultat inespéré de la prévente des laissez-passer de la prochaine saison hivernale, seulement en retard de 15% sur l’année dernière. 

« L’idée, c’est de minimiser les pertes, dit-il. La profitabilité, personne n’y pense en ce moment. Tout le monde est conscient que chacun doit faire sa part. Si on peut opérer à 2500 personnes par jour, en prenant compte des mauvaises journées, je serais content.»

L’idée de bonifier l’offre de services à la montagne avec le projet Altitude pourrait permettre de sauver les meubles. «Avec les mesures sanitaires, on ne pourra pas ouvrir 100% des infrastructures du parc aquatique. Mais on a commandé un trampoline, un mur d’escalade et d’autres modules en prévision de notre ouverture le 3 juillet, qui avec notre télécabine et nos sentiers de marche et de vélo viendront bonifier notre offre nature et aventure.»

Comme son voisin bromontois, le Zoo de Granby ne vendra pas d’abonnement annuel cet été et un nombre limité de billets journaliers seront mis en vente sur son site Internet. «Il faudra réserver sa place en achetant ses billets à l’avance, indique Paul Gosselin. On acceptera les gens qui se présenteront uniquement si la capacité du site n’est pas atteinte.»

Cette capacité sera désormais de 5000 à 6000 visiteurs, loin de l’achalandage record de 12 000 à 15 000 personnes qu’enregistre le jardin zoologique lors de ses meilleures journées estivales.

Des mesures pour assurer une distanciation physique raisonnable seront mises en place, notamment pour éviter des attroupements devant certains habitats au Zoo. La circulation dans les différents continents se fera en sens unique. La formule des animations, des rendez-vous ponctuels prisés des visiteurs, sera aussi revue. 

«On regarde pour faire de l’animation en continu, avec nos gardiens et nos biologistes qui vont parler sur une plus longue période de temps et qui vont se relayer, pour éviter que les gens se réunissent tous en même temps au même endroit, illustre M. Gosselin.

Sous peu, le Zoo de Granby inaugurera une boutique en ligne où y seront vendus les nombreux produits dérivés de l’institution et peluches d’animaux. On y retrouvera aussi des masques lavables aux allures de museaux et de becs, que les visiteurs pourront également se procurer sur place s’ils n’ont pas leur propre masque pour leur passage au Zoo.