Jonathan Maheu,  Samuel Proulx et Serge Tanguay, en compagnie de l’intervenant Marc Charest (au second rang) du Centre résidentiel communautaire Le Pavillon, dans le secteur Beauport.
Jonathan Maheu,  Samuel Proulx et Serge Tanguay, en compagnie de l’intervenant Marc Charest (au second rang) du Centre résidentiel communautaire Le Pavillon, dans le secteur Beauport.

De la prison au… confinement

Normand Provencher
Normand Provencher
Le Soleil
Recouvrer un semblant de liberté pour devoir vivre un confinement en maison de transition, aucun des ex-détenus du Centre résidentiel communautaire Le Pavillon de Beauport ne croyait avoir à vivre cette situation après leur sortie de prison. Si quelques-uns ont «rué dans les brancards», selon un intervenant, la plupart ont respecté à la lettre les consignes sanitaires.

Jonathan Maheu, Samuel Proulx et Serge Tanguay sont parmi ceux-là. Réunis dans la petite cour arrière de l’établissement du boulevard Sainte-Anne, les trois hommes expliquent au Soleil, dans le respect de la distanciation sociale, que le confinement ici est beaucoup plus supportable que la vie au Centre de détention de Québec, où ils se sont connus.

«Déjà, on a ça...», lance Samuel, 21 ans, en sortant de sa poche son cellulaire. «C’est plate, on arrive ici, on veut que les choses avancent. Mais il faut l’accepter, on vit avec.»

Ouvert en 1982, le Pavillon accueille à l’heure actuelle 23 ex-détenus qui cherchent à se réinsérer dans la société, à devenir de meilleurs citoyens. Épaulés par une équipe d’intervenants, ils participent à des rencontres individuelles et de groupes. La recherche d’un travail occupe aussi une partie de leur temps.

La pandémie est venue bouleverser leur quotidien, comme tout le monde, mais a permis de souder l’esprit d’équipe, explique Jonathan, 42 ans.


« Franchement, je dois dire que ça se passe plutôt bien. On est bien encadrés par le personnel, on a accès aux intervenants. La chimie est bonne entre les gars. »
Jonathan Maheu

Serge Tanguay, sorti de prison au début décembre, avait déniché un boulot, mais la crise est venue changer ses plans. «J’espère recommencer le 11 mai», lance le quinquagénaire à la crinière blanche.

Réorganisation

Marc Charest est intervenant au Pavillon depuis une vingtaine d’années. Il avoue que la pandémie a chamboulé le fonctionnement du centre. Certains pensionnaires ont plutôt mal accepté le confinement. De la frustration s’est faite sentir. «Il faut leur faire comprendre que (le confinement) s’applique à tout le monde, que ce n’est pas une mesure dirigée contre eux. En même temps, ils ont déjà vécu l’expérience de l’incarcération. C’est un peu dans leur ADN d’être confinés.»

Projetés «dans une autre dimension» à la mi-mars, Marc Charest et ses collègues ont été forcés de revoir le quotidien de l’établissement, en fonction des mesures sanitaires essentielles pour éviter la propagation du virus.

«Il n’y a eu aucune sortie pour éviter d’importer le virus, précise-t-il. Les gars ont été coupés du travail, de la famille et de la plupart de leurs démarches de réinsertion sociale. Nous avons dû annuler toutes les rencontres de suivis externes et poursuivre en rencontres téléphoniques.»

Des programmes de thérapie ont aussi été interrompus; d’autres se sont déroulés avec un nombre réduit de participants pour respecter la distanciation. Toujours dans cette optique préventive, les repas sont maintenant pris en deux groupes séparés. Les consignes sanitaires sont rappelées régulièrement, chaque jour, à tous les résidents. «C’est une réorganisation constante», précise Marc Charest.

Moins pire qu’en prison

Jonathan, Samuel et Serge se sont retrouvés à l’ombre pour des motifs différents. Conduite avec facultés affaiblies ayant causé des lésions corporelles à une conductrice, vols à main armée, fraude bancaire. Chacun parle de son passé, sans faux-fuyant, en prenant la responsabilité de ses crimes. La thérapie leur a permis de travailler sur eux-mêmes. Ils ont appris à mieux se connaître pour éviter de renouer, souhaitent-ils de tout coeur, avec leurs vieux démons.

Aucun d’eux ne veut revivre l’expérience carcérale. Dans les circonstances, le confinement en maison de transition est un moindre mal en comparaison avec ce qui se passe en prison. «On est conscient que ce n’est pas la même chose en détention. D’après les échos qu’on reçoit, les conditions sont assez difficiles, mentionne Jonathan. Dès que tu rentres en détention, tu es isolé pendant deux semaines. Il n’y a pas de visites, pas de douches.»

Marc Charest convient que vivre la crise en maison de transition est «moins pire» que derrière les barreaux. «Le cadre de vie est plus agréable. Chaque gars a sa chambre. Chacun aide à faire à manger, à faire l’entretien de la bâtisse. 

Samuel s’estime chanceux de pouvoir habiter le Pavillon, le temps de reprendre sa vie en main. «Ce serait bien pire si j’avais été en appartement et que j’avais perdu ma job. Ici, on la chance d’être hébergé, d’avoir de l’aide. Au lieu d’être chez-soi, sans personne, on peut parler à quelqu’un quand ça file pas. Ça fait du bien.»