COVID-19: un mouvement de solidarité des Augustines [VIDÉO]

Léa Martin
Léa Martin
Le Soleil
Les soeurs Augustines lancent dès le 15 juin un mouvement de compassion pour les malades et les soignants victimes de la pandémie de COVID-19. Rencontre lumineuse dans le jardin feutré du 77 rue des Remparts.

Dès que l’on pénètre les fortifications, les sons de la ville s’estompent pour laisser place à la douce musique du vent qui file entre les feuilles d’arbres. Dans le jardin à l’ambiance mystique, les soeurs Augustines attendent que tout le monde soit réuni pour amorcer leur marche de compassion envers tous les proches aidants et le personnel soignant au Québec. 

Du 15 juin au 4 juillet, les neuf soeurs vont réaliser, chaque jour, une heure de marche en pleine conscience dans l’enceinte du Monastère pour montrer leur soutien à ceux qui sont au front durant cette crise. «C’est un geste de solidarité et de grand respect pour ce qu’ils font. Ils sont comme nos bras aujourd’hui», déclare Soeur Lise Tanguay, Supérieure Générale de la Fédération des Monastères des Augustines.

En ces temps difficiles, les religieuses ont même créé une prière à cet effet. «Évidemment, il y en a qui ne pourront pas faire l’heure au complet, mais c’est comme une marche à relais», explique Soeur Lise. Ce qu’elle peut nous confirmer, c’est que «beau temps, mauvais temps, on va être dehors». 

Si la moyenne d’âge des Soeurs Augustines au Québec est de 84 ans, elles étaient toutes dehors lundi pour relever le défi, parfois avec un peu d’aide. «J’ai une marchette parce que nos chemins sont raboteux, mais d’habitude je n’en ai pas besoin», jure Soeur Micheline Roy, 88 ans. «Ce qui se passe, je trouve ça raboteux comme nos routes. Ça nous questionne beaucoup sur le point religieux et social», avoue-t-elle. 

Donner la chance de se recueillir

Les Soeurs auraient aimé inviter les citoyens à se joindre à leur marche, mais la pandémie ne permet pas de recevoir le même nombre de visiteurs. Elles encouragent plutôt les citoyens à les soutenir par le biais d'une levée de fond qui permettra au Monastère d’accueillir des soignants pour de courts séjours de ressourcement. 

Selon Soeur Lise, c’est important d’offrir un espace d’expression et de recueillement à ces travailleurs pour surmonter ces épreuves. «Comme une [aide soignante] me disait, on arrive chez nous et c’est le souper, les enfants, les devoirs. Tout ce que l’on a vécu dans la journée, on l’enfouit et on recommence le lendemain matin». Dans ce lieu spirituel et apaisant, ces femmes souhaitent donner la chance à ces héros de la crise de «se recueillir pour mieux repartir». 

Un effort de mémoire

Ce mouvement sert aussi à se remémorer l’histoire des fondatrices de notre système de santé au Québec. Chaque jour de marche représente une phase des 380 ans d’histoire des Augustines. «De l’arrivée des trois fondatrices en 1639, en passant par la fondation de l’Hôpital général de Québec en 1692 et l’ouverture d’une première École d’infirmières à l’Hôtel-Dieu de Québec en 1904, des faits historiques seront présentés sur les réseaux sociaux et sur la plateforme Mouvement de compassion sous différentes thématiques significatives», peut-on lire dans le communiqué de l’organisation.  

Ces courtes capsules réalisées à l’aide des Soeurs présentent des témoignages historiques pour se rappeler de la résilience et la force de ces femmes fondatrices à travers les feux, les pandémies et les guerres. Malgré l’âge, elles n’ont pas peur d’utiliser les technologies pour s’organiser et faire passer leur message. «Elles ont des téléphones cellulaires et organisent des rencontres Zoom», fait remarquer avec un sourire Isabelle Houde, responsable communications, innovation et engagement social du Monastère. 

Même si la plupart d’entre elles ont quitté les hôpitaux, les religieuses restent attachées à ce milieu. «Se dédier pour prendre soin de leurs confrères, de leurs consoeurs, c’est extraordinaire. Je ne peux que les féliciter et les remercier. On l’a fait pendant longtemps et on a une belle relève chez les jeunes», conclut Soeur Lise, la voix remplie d’émoi.