Pour limiter les risques de propagation du coronavirus, la soupe populaire de Lauberivière, qui permet à environ 200 ou 300 personnes par jour de manger, est servie sur une plus longue période, et la capacité de la salle a été réduite de moitié.

COVID-19: manque de bénévoles à Lauberivière

Lauberivière a pris des mesures pour limiter la propagation de la COVID-19 et maintenir ouverts ses services d'hébergement et de soupe populaire. Le problème, c’est qu’il lui manque des bénévoles pour servir les repas. Du côté de l’Armée du Salut et de la Maison Revivre, les dortoirs sont actuellement fermés aux nouveaux bénéficiaires.

En début de semaine, le directeur de Lauberivière, Éric Boulay, nageait en plein brouillard quant aux mesures à prendre dans le contexte de la pandémie. Mercredi, après quelques rencontres et échanges avec le CIUSSS, il était davantage fixé.

Depuis lundi, Rendez-vous Centre-Ville, le centre de jour de Lauberivière, est fermé. Le personnel a été rapatrié au refuge de la rue Saint-Paul, identifié «service essentiel» depuis mardi. 

«Parce qu’on est considéré comme un service essentiel, le CIUSSS va nous fournir tout le matériel de protection requis : masques, visières, gants, jaquettes, etc. Et les services de garde [mis en place par le gouvernement] est maintenant offert à nos employés», indique le directeur général de Lauberivière, Éric Boulay. 

Pour limiter les risques de propagation du coronavirus, la soupe populaire de Lauberivière, qui permet à environ 200 ou 300 personnes par jour de manger, est servie sur une plus longue période, et la capacité de la salle a été réduite de moitié. 

«Ce qui nous manque, ce sont des bénévoles. Avec les cégeps et les entreprises fermés [ou dont les employés sont en télétravail], on n’a plus les services des bénévoles corporatifs. Il nous manque donc sept ou huit bénévoles en bonne santé qui viendraient nous faire deux ou trois soirs par semaine», précise Éric Boulay, mentionnant au passage ne pas manquer de nourriture pour le moment. Forcés à fermer, plusieurs restaurants ont donné leurs denrées à l’organisme, explique-t-il.  

Quoi d’autre pour protéger de la COVID-19 les bénévoles, les employés et la clientèle de Lauberivière? Des stations de lavage des mains ont été installées, et la désinfection des lieux se fait minutieusement entre chaque service, précise M. Boulay. 

Les bénéficiaires qui toussent – et ils sont nombreux à le faire parmi la clientèle régulière (et fumeuse) de Lauberivière - sont invités à respecter l’étiquette respiratoire. «On est rendu des polices de la toux!» résume Éric Boulay, selon qui les bénéficiaires collaborent généralement bien. «Ils comprennent quand on leur explique.»

«À ceux qui ont un toit et qui viennent juste manger, on leur demande de quitter après. Si on a une nouvelle personne qui arrive de l’extérieur de Québec, qui a besoin d’hébergement, on le questionne, on regarde ses symptômes. Dans le doute, on a petit local à part, et on appelle le CIUSSS. On a mis nos limites, on ne peut pas jouer le rôle de quarantaine. C’est donc le CIUSSS qui va prendre en charge l’isolement et le déplacement de la personne», dit M. Boulay.

Selon nos informations, les personnes en situation d’itinérance qui auraient contracté la COVID-19 pourraient être isolées dans des locaux du Centre de réadaptation en dépendance de Québec.

La capacité d’hébergement de Lauberivière reste à 86 lits, tous occupés, comme d’habitude. Les lits sont déjà tous à un mètre de distance, donc aucune mesure particulière n’a été prise. «Dans un contexte de débordement, notre café de nuit et halte chaleur, le Réchaud, reste ouvert», mentionne également Éric Boulay.

Le directeur général de Lauberivière indique par ailleurs avoir demandé au CIUSSS de la Capitale-Nationale un «financement d’appoint» pour pouvoir embaucher l’équivalent de quatre temps plein formés en entretien ménager.

Dortoirs fermés à Revivre et à l’Armée du Salut 

À la Maison Revivre, on a fermé les dortoirs aux nouveaux résidents. La directrice générale par intérim de l’organisme, Sabica Senez, explique que parmi ses 35 résidents et bénévoles (il y a 15 bénévoles qui vivent à la Maison Revivre), la moitié est vulnérable en raison de leur âge, d’une maladie chronique ou même d’un cancer. «Je dois absolument protéger mon milieu. Donc on garde les gens qu’on a actuellement, et on barre les portes», résume Mme Senez.

Comme à Lauberivière, les résidents de la Maison Revire sont libres de sortir, mais «ce n’est pas une clientèle qui sort beaucoup, et de toute façon, presque tout est fermé», souligne Sabica Senez. 

La Maison Revivre a elle aussi resserré ses mesures d’hygiène et de distanciation sociale, notamment pendant les repas, où les gens ne peuvent pas être plus que trois à la même table. 

Quant au service d’aide alimentaire d’urgence de l’organisme, qui fournit des denrées une fois par mois à environ 135 personnes, dont 25 familles, «on prépare les sacs d’avance et on les donne à la porte pour éviter que les gens entrent dans la maison», précise Mme Senez. 

Il n’a pas été possible de parler mercredi avec la responsable des communications de l’Armée du Salut, mais selon ce qu’il a été possible d’apprendre, l’organisme du Vieux-Québec a lui aussi fermé ses dortoirs à la nouvelle clientèle. 

Le YWCA a de son côté fermé tous ses services (loisirs, magasin), sauf l’hébergement, qui comprend 60 lits, tous occupés. «Pour l’instant, on ne prend pas de nouvelles admissions. On a aussi enlevé l’hébergement court terme de 30 jours pour le remplacer par du moyen terme pour éviter de promener les femmes», indique la responsable de l’hébergement au YWCA, Stéphanie Lampron.  

«Si on a des personnes malades et qu’on a des doutes, avec la fermeture de nos autres services, on a des salles vides de disponibles où elle peuvent être isolées» en attendant d’être prises en charge par le CIUSSS, précise Mme Lampron, qui se demande par ailleurs comment le YWCA, qui s’autofinance avec ses activités de loisirs et son magasin, va pouvoir maintenir son service d’hébergement. «C’est sur que c’est un facteur de stress et un enjeu à moyen terme», dit-elle.