Un homme est testé pour la COVID-19 dans un hôpital d'Hyderabad, en Inde, le 3 juillet.
Un homme est testé pour la COVID-19 dans un hôpital d'Hyderabad, en Inde, le 3 juillet.

COVID-19: l'OMS appelle à «se réveiller» face à l'épidémie qui flambe aux Amériques 

GENÈVE — L'Organisation mondiale de la santé a exhorté vendredi à sortir du déni et réellement «engager le combat» contre la pandémie de coronavirus qui est toujours en pleine flambée, notamment aux Amériques. 

L'organisation avait déjà souligné mercredi que les sept derniers jours avaient été les pires en terme de contaminations (plus de 160 000 cas quotidiens) depuis que l'épidémie de COVID-19 est partie de Chine fin 2019, et que 60% de tous les cas recensés jusqu'à présent l'avaient été au cours du mois écoulé.

Le responsable des urgences sanitaires à l'OMS, Michael Ryan, a resonné l'alarme vendredi. «Il est vraiment temps que les pays regardent les chiffres. S'il vous plaît, n'ignorez pas ce que vous disent les chiffres», a-t-il lancé lors d'une conférence de presse.

«Les gens doivent se réveiller. Les chiffres ne mentent pas et la situation sur le terrain ne ment pas», a-t-il poursuivi. «Il n'est jamais trop tard, dans une épidémie, pour prendre le contrôle».

«L'OMS comprend parfaitement qu'il y a de bonnes raisons pour les pays qui veulent remettre leurs économies sur les rails (...) Mais vous ne pouvez pas ignorer le problème non plus, il ne va pas disparaître comme par magie», a-t-il dit, exhortant à adopter des mesures de confinement «s'il n'y a pas d'alternative», alors que le virus est plus actif que jamais outre-Atlantique.

Flambée aux Amériques

Pour la première fois depuis le début de l'épidémie, l'Amérique latine a dépassé vendredi l'Europe en nombre de cas, avec plus de 2,7 millions de malades, même si le Vieux continent reste la région du monde la plus endeuillée avec près de 200 000 morts, devant les États-Unis et le Canada (137 421) et l'Amérique latine (121 662).

Les experts soulignent toutefois que le décompte des personnes affectées par le virus est loin d'être une science exacte, les pays ayant des méthodes et des moyens de comptage très différents les uns des autres.

Première puissance mondiale et pays le plus endeuillé au monde (128 740 décès), les États-Unis, dont le président Donald Trump veut couper les ponts avec l'OMS en pleine pandémie, ont atteint vendredi 57 683 nouvelles infections dues au coronavirus en 24 heures, un nouveau record depuis le début de la pandémie. Le pays a désormais détecté près de 2,8 millions de cas en tout. 

Le docteur Anthony Fauci, qui dirige l'Institut des maladies infectieuses, a prédit que le nombre quotidien de contaminations pourrait bientôt atteindre les 100 000 et admis que la maladie était dans son pays hors de contrôle.


« Il est vraiment temps que les pays regardent les chiffres. S'il vous plaît, n'ignorez pas ce que vous disent les chiffres »
Michael Ryan, responsable des urgences sanitaires à l'OMS

Au Texas (sud), une explosion de nouveaux cas a forcé le gouverneur républicain Greg Abbott, un allié de Donald Trump, à rendre le port du masque obligatoire en public.

Rendre le port du masque obligatoire n'est pas une mince affaire aux États-Unis, où cet attribut, comme son absence, sont devenus des signes politiques.

Les plus fervents partisans de Donald Trump n'en portent que rarement. D'autres invoquent leur liberté individuelle. Un vigile a même été abattu pour avoir demandé à un client de se couvrir le visage avant d'entrer dans un magasin.

Rendre le port du masque obligatoire n'est pas une mince affaire aux États-Unis.

Les États-Unis abordent un week-end sensible, avec samedi la fête nationale du 4 juillet, traditionnellement marquée par des réunions familiales et de grands rassemblements pour assister aux feux d'artifices. 

Le Brésil a quant à lui enregistré jeudi plus de 48 000 nouvelles contaminations et 1 252 décès supplémentaires, portant le bilan de l'épidémie à 61 884 morts pour près de 1,5 million de cas.

Malgré cela, les restaurants, cafés et bars de Rio de Janeiro ont rouvert jeudi après trois mois d'inactivité, une initiative jugée prématurée par les experts.

Ralentissement en Europe 

En Europe, le ralentissement de la pandémie se confirme, avec des chiffres partout en baisse.

La Commission européenne a autorisé «la mise sur le marché conditionnelle» de l'antiviral remdesivir dans l'UE, qui a donné quelques résultats dans le traitement des patients gravement atteints du nouveau coronavirus.

La «mise en marché conditionnelle» de l'antiviral remdesivir a été autorisée. 

En France, cinquième pays le plus touché au monde (au moins 29 893 morts), la justice a ouvert une enquête sur la gestion de la crise par l'ex-Premier ministre Edouard Philippe et ses anciens ministres de la Santé, Olivier Véran et Agnès Buzyn.

Le Royaume-Uni a été le pays européen le plus touché (et le troisième au monde) avec au moins 44 131 morts, mais le nombre de cas ralentit, incitant Londres à commencer à lever un confinement qui a duré trois mois.

Les voyageurs en provenance d'Allemagne, de France, d'Espagne ou d'Italie ne seront plus, à partir du 10 juillet, soumis à une quarantaine en Angleterre, qui reste obligatoire pour toute personne arrivant en Écosse, au Pays de Galles ou en Irlande du Nord, sous peine d'amende.

Pékin déconfine 

En Chine la municipalité de Pékin, qui a connu mi-juin un rebond du nombre de cas de COVID-19, a annoncé vendredi la levée de la plupart des restrictions pour quitter la ville samedi à minuit (15H00 GMT), assurant avoir stoppé la contagion.

Après deux mois sans aucune contamination au coronavirus, la ville de 21 millions d'habitants a brusquement vu le nombre de cas se multiplier le mois dernier. Au moins 331 personnes ont ainsi été contaminées.

En Chine la municipalité de Pékin a annoncé vendredi la levée de la plupart des restrictions pour quitter la ville.

Alors que cette réapparition du virus à Pékin a été attribuée à un important marché de gros agricole de la capitale, la Chine s'est engagée à supprimer progressivement l'abattage et la vente de volailles vivantes sur les marchés alimentaires.

Un marché qui vendait des animaux vivants dans la ville de Wuhan, dans le centre du pays, est soupçonné d'être le berceau de la pandémie, qui a fait au moins 522 246 morts dans le monde pour plus de 10,9 millions de cas, selon un bilan établi par l'AFP.

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COVID-19: L'OMS A D'ABORD ÉTÉ INFORMÉE PAR SON BUREAU EN CHINE FIN DÉCEMBRE

L'Organisation mondiale de la santé a indiqué cette semaine avoir été alertée fin décembre par son propre bureau en Chine, et non par la Chine elle-même, sur les premiers cas de pneumonie à Wuhan, à l'origine de la pandémie de COVID-19.

Le 9 avril, l'OMS a publié une première chronologie de sa communication pour répondre aux critiques, notamment américaines, lui reprochant d'avoir tardé à sonner l'alarme et fait preuve de complaisance à l'égard de la Chine.

Dans cette chronologie, l'OMS s'était jusqu'à présent limitée à indiquer que la Commission sanitaire municipale de Wuhan dans la province de Hubei en Chine avait signalé le 31 décembre des cas de pneumonie. L'agence sanitaire ne précisait toutefois pas qui l'avait prévenue.

Le 20 avril, le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, accusé par les Américains d'avoir négligé des informations-clés sur une possible transmission du coronavirus entre humains venues de Taïwan dès fin décembre 2019, avait lui aussi assuré en conférence de presse que le premier rapport était «venu de Chine», sans préciser s'il avait été transmis par les autorités chinoises ou par une autre source.

Le virus, apparu dans la ville de Wuhan, est soupçonné d'être le berceau de la pandémie, qui a fait au moins 522 246 morts dans le monde.

La nouvelle chronologie, publiée cette semaine par l'institution basée à Genève, offre une version plus détaillée des faits.

Elle indique que c'est le bureau de l'OMS en Chine qui, le 31 décembre, notifie son référent régional de cas de «pneumonie virale» après avoir trouvé une déclaration pour les médias sur le site de la Commission de la santé de la municipalité de Wuhan à ce sujet.

Le même jour, le service de renseignement sur les épidémies de l'OMS récolte une autre information de presse transmise par le réseau de veille épidémiologique international ProMed - basé aux États-Unis - sur le même groupe de cas de «pneumonie de cause inconnue» à Wuhan.

Suite à quoi, l'OMS a demandé à deux reprises, les 1er et 2 janvier, des informations sur ces cas aux autorités chinoises. Ce qu'elles ont fait le 3 janvier.

«Les pays disposent d'un délai, de 24 à 48 heures, pour vérifier officiellement un événement et nous fournir des informations supplémentaires sur la nature ou la cause de l'événement», a expliqué vendredi le directeur des questions d'urgence sanitaire à l'OMS, Michael Ryan, en conférence de presse.

«Les autorités chinoises sont immédiatement entrées en contact avec notre responsable national dès que nous leur avons demandé une vérification du rapport», a-t-il dit.