Le syndicat des employés de la Société des alcools du Québec (SAQ) réclame la fermeture immédiate des succursales aux clients.
Le syndicat des employés de la Société des alcools du Québec (SAQ) réclame la fermeture immédiate des succursales aux clients.

COVID-19: les employés de la SAQ sur le qui-vive 

Le syndicat des employés de la Société des alcools du Québec (SAQ) réclame la fermeture immédiate des succursales aux clients, estimant que le gouvernement met en péril la santé des travailleurs et contribue à la propagation du virus. 

Ces derniers jours, Katia Lelièvre, présidente du Syndicat des employés de magasin et de bureau de la SAQ, a entendu de nombreux témoignages d’employés de plusieurs succursales au Québec qui ont côtoyé des clients négligents et qui craignent de contracter la COVID-19.

«Les employés paniquent, dit Mme Lelièvre. On a plein de clients qui nous disent candidement qu’ils viennent de rentrer au pays et qui, là, s’en vont en quarantaine, et c’est pour ça qu’ils achètent des caisses de vin.»

«Il y en a d’autres qui nous disent : “Mon employeur m’a dit de m’en aller chez nous, alors je viens acheter du vin, parce qu’avec mon isolement, je ne pourrai pas sortir”», ajoute-t-elle.

Alors que de nombreux commerces ferment volontairement leurs portes, la Société des alcools du Québec (SAQ) maintient pour le moment l’ouverture de ses centaines de succursales dans la province — mais avec des heures d’ouverture restreintes, un nombre limité de clients et des mesures d’hygiène préventives. 

«Nous, on suit les recommandations de la Santé publique, dit Linda Bouchard, porte-parole de la SAQ. On est en lien constant avec les instances du gouvernement. Donc, on met les mesures en place pour s’assurer de la protection de tout le monde, mais on reste ouvert.»

Mme Bouchard appelle «la population à être vraiment vigilante» et à respecter les mesures de la Santé publique. «De notre côté, on applique des mesures et on en applique de nouvelles chaque jour», dit-elle, citant l’interdiction, depuis jeudi, de retourner des bouteilles ouvertes, pour les vins bouchonnés par exemple. 

La présidente du syndicat des employés de la SAQ estime que ces mesures sont loin de suffire face au laxisme de nombreux clients à risque d’être porteurs de la COVID-19 qui se rendent quand même dans les succursales. 

Mme Lelièvre cite l’exemple de la succursale de la SAQ à Bromont qui a été fermée mercredi après la visite, vendredi, d’un client testé positif à la COVID-19 venu pour faire le plein de bouteilles de vin. L’homme a été reconnu par des employés lors d’une entrevue à TVA. 

Pas essentiel

Selon la présidente du syndicat, l’alcool n’est pas un produit essentiel comme la nourriture dans les épiceries. «Si c’est le cas, on a besoin d’une thérapie de sevrage collectif», dit-elle. 

En refusant de fermer les succursales de la SAQ, le gouvernement contribue à propager le virus et risque de contaminer à la fois les employés et les clients, fait valoir Katia Lelièvre. «C’est irresponsable», dit-elle. 

Mélanie*, une employée d’une succursale de la SAQ, affirme qu’elle a croisé au quotidien des clients qui n’auraient pas dû s’y rendre s’ils avaient suivi les consignes de la Santé publique. 

«Si vous saviez combien les personnes âgées, les parents avec des enfants vu qu’ils n’ont pas d’école, nos vacanciers et nos Snow Birds qui reviennent, viennent en succursale faire le plein pour la quarantaine, c’est pire qu’un aéroport», décrit Mélanie. 

Depuis la semaine dernière, de nombreuses succursales constatent une hausse impressionnante de l’achalandage. «On fait des chiffres de Noël», illustre Mélanie.

Audrey*, une employée d’une autre succursale de la SAQ, affirme qu’elle n’hésite pas à exiger que les clients se lavent les mains avec du Purell. «Ceux qui ne veulent pas, je ne les laisse pas rentrer», dit-elle. 

L’employée de la SAQ ne comprend pas pourquoi le gouvernement tient à maintenir les services en succursale malgré la pandémie. «C’est un peu décourageant. Tous les employés, on veut s’en aller», dit Audrey, qui souhaiterait que la SAQ ferme ses portes aux clients et se contente de faire livrer. 

Pour l’instant, la SAQ encourage les clients «à privilégier la livraison à domicile» afin de réduire l’achalandage dans ses succursales. 

*Les vrais noms de Mélanie et Audrey ont été modifiés à leur demande pour éviter des représailles de leur employeur.