Le directeur de la santé publique du Bas-Saint-Laurent, le Dr Sylvain Leduc, confirme qu’il se prépare à ce que la région passe au palier de préalerte (jaune).
Le directeur de la santé publique du Bas-Saint-Laurent, le Dr Sylvain Leduc, confirme qu’il se prépare à ce que la région passe au palier de préalerte (jaune).

COVID-19: le Bas-Saint-Laurent se prépare à passer au jaune

Johanne Fournier
Johanne Fournier
Collaboration spéciale
MATANE – Le bilan des cas de COVID-19 a fait un bond spectaculaire de 26% en 24h au Bas-Saint-Laurent. Alors qu’elle avait été relativement épargnée depuis le début de la pandémie, la région atteint le cap des 100 personnes contaminées. Cette hausse est principalement attribuable à des partys privés d’étudiants de La Pocatière, dont l’un qui a rassemblé une centaine de personnes. Avant même de passer au palier de préalerte (jaune) du système d’alertes régionales, la direction régionale de la santé publique renforce d’ores et déjà les mesures.

«On a rehaussé nos heures d’ouverture pour les tests de dépistage, confirme le directeur de la santé publique du Bas-Saint-Laurent, le Dr Sylvain Leduc, dont le ton trahissait son inquiétude. On se prépare à passer à un autre palier. Mais, ça ne nous empêche pas de prendre un ensemble de mesures.» De plus, il n’exclut pas la possibilité de limiter les visites dans les installations du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) du Bas-Saint-Laurent, y compris les CHSLD.

Vigilance et prudence requises

Même si le directeur régional de la santé publique admet que certains goulots d’étranglement aient pu être observés dans les cliniques de dépistage actuelles et qu’il assure qu’elles répondent à la demande, cela ne l’empêche pas de demeurer vigilant. «Les centres de dépistage fixes qu’on a mis en place ont une infrastructure qui est capable de recevoir cette demande-là, soutient le Dr Leduc. Si jamais on avait besoin d’une clinique d’appoint, on est à en étudier la possibilité.»

Les membres de la direction régionale de la santé publique demeurent à l’affût parce qu’ils savent que de nouveaux cas liés aux rassemblements d’étudiants du Cégep de La Pocatière et du campus de La Pocatière de l’Institut de technologie agroalimentaire (ITA) seront recensés au cours des prochaines semaines. «Il y a des symptômes qui peuvent se développer sur une période de sept à dix jours, précise Sylvain Leduc. Les cas que l’on isole aujourd’hui ont pu faire du tort à du monde qui n’est pas malade aujourd’hui, mais qui va le devenir dans sept jours.» Par conséquent, il lance un appel à la prudence auprès des populations du Kamouraska et de la MRC de Rivière-du-Loup qui auront à se déplacer dans des endroits publics du territoire. «Le virus va circuler. Tout le monde est appelé à limiter ses expositions.»

Enquête difficile

L’équipe du CISSS du Bas-Saint-Laurent est à pied d’oeuvre depuis mercredi et l’a même été pendant toute la nuit de mercredi à jeudi pour tenter de retracer le plus possible de gens qui auraient pu être en contact avec ceux qui sont infectés. Mais, le Dr Leduc avoue que la tâche est ardue. «C’est difficile. Personne n’a fait le décompte, personne n’a pris les noms à l’entrée. On a une succession d’anecdotes des différents partys qui se sont tenus le 30 août. Mais ensuite, il y en a eu les 2, 3 et 6 septembre. Il y en a aussi qui ont eu «l’excellente» idée, après le party, d’aller dans des bars qui, en principe, sont supposés fermer plus tôt. Mais, s’ils réussissent à servir de la nourriture plus tard, il semble qu’ils aient pu avoir la visite de ces fêtards-là. La fin de semaine de trois jours ne nous donne pas de chance. On va faire tout ce qu’on peut.»

La radio CHNC de New Carlisle, en Gaspésie, rapporte le cas d’une employée du Camping municipal de Carleton-sur-Mer qui a reçu un résultat positif à la COVID-19. L’employée est une étudiante du Cégep de La Pocatière. Deux autres employés du Camping ont été placés en isolement, mais ils ne ressentent pas de symptômes.

Le directeur de la santé publique croit que son équipe va réussir à contenir cette éclosion à la condition d’obtenir la collaboration de toutes les personnes qui ont pris part à ces événements. «Toute personne qui a participé aux partys et qui aurait ou non des symptômes est invitée à se faire dépister.» Idéalement, il demande à celles qui ne présentent pas de symptômes de prendre un rendez-vous.

Pour l’instant, aucun bar n’a été ciblé. «On a, dans le cadre de notre enquête, des gens qui nous disent que lorsqu’ils sont sortis dans les bars, avoir observé dans certains le respect des consignes et dans certains cas, le non-respect des consignes. On doit valider ces informations-là et revenir plus tard pour plus de précision. On en est au début de notre enquête. On ne voudrait pas identifier des endroits qui auraient pu être faussement désignés comme étant négligents. Par contre, si on a des témoignages qui se multiplient et qui viennent corroborer ceux qu’on a, on va très certainement intervenir. Si jamais on devait nommer certains bars pour un appel à la collaboration et à la vigilance, on va le faire.»

Toutes les troupes mobilisées

En dépit de l’ampleur de l’enquête épidémiologique, le directeur régional de la santé publique estime que ses ressources ont actuellement la capacité d’accomplir le travail. «En ce moment, on mobilise toutes nos troupes et même plus largement. On a une capacité, avec l’aide d’autres directions du CISSS, de mobiliser d’autres ressources. Là, on arrive à faire les choses.» Il promet toutefois une évaluation puisque si les employés du CISSS avaient à maintenir le rythme actuel pendant quelques semaines, il devient évident qu’ils auront besoin de renfort. «Le succès d’une enquête, c’est de rejoindre rapidement les gens une fois que le résultat est sorti, souligne le Dr Leduc. On a la chance d’avoir des résultats qui sortent très rapidement.»

L’une des difficultés soulevées par les employés qui appellent certaines personnes concernées, c’est de les convaincre de s’isoler. «Ça demande du monde qui est convaincant, qui a une certaine expertise, explique le médecin. À date, on a toujours réussi à le faire. Dans la majorité des cas, les gens comprennent qu’ils sont dangereux pour d’autres et ils acceptent de se confiner. Dans certains cas, il y a des gens avec qui il faut être pas mal plus persuasifs. Si on avait besoin de faire équipe avec la Sûreté du Québec pour en persuader encore plus, on n’hésitera pas.»

Comme le Bas-Saint-Laurent était la région qui affichait le moins de cas de malades du coronavirus per capita, cette recrudescence pourrait-elle être le résultat d’une baisse des mesures visant à freiner sa propagation? «Je ne peux pas parler pour tout le monde, indique avec prudence le Dr Leduc. Mais, il y a très certainement une partie de la population qui a baissé la garde. Quand il n’y a pas de cas, les gens baissent la garde et se disent qu’il ne se passe rien. C’est quand il en arrive un et qu’on a baissé la garde que le feu prend!»

Par mesure préventive, l’ITA et le Cégep de La Pocatière ont suspendu tous leurs cours et activités en présentiel jusqu’au 24 septembre. Les deux établissements dispenseront la formation entièrement en ligne.

La majorité des nouveaux cas de COVID-19 sont reliés à des partys privés d’étudiants du Cégep de La Pocatière (photo) et de l’ITA de La Pocatière.

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DEUX PREMIERS CAS AU CÉGEP DE RIVIÈRE-DU-LOUP

Le Cégep de Rivière-du-Loup a recensé, jeudi, ses deux premiers cas d’étudiants atteints de la COVID-19. La direction des études a donc décidé de suspendre toutes les activités parascolaires de l’établissement jusqu’au 24 septembre. Cependant, les cours continueront d’être offerts en présentiel. Selon le service des communications, cette décision se veut préventive parce que «des étudiants ont été en contact avec des cas potentiels à la suite de fêtes étudiantes dans le Kamouraska», peut-on lire dans un communiqué.

Par ailleurs, le bar La P’tite Grenouille de Rivière-du-Loup a fermé ses portes jeudi soir. «Compte tenu que les jeudis, notre clientèle est majoritairement composée d’étudiants du Cégep et du Centre de formation professionnelle, nous leur offrons notre appui, le tout dans le but de réduire les risques de propagation, est-il mentionné sur la page Facebook de l’établissement. Nous allons réévaluer la situation au jour le jour.»