Laurence Champagne, Marie-Josée Bastien et Christian Michaud dans la nouvelle version de Roméo et Juliette présentée au Trident. Comme la majorité des spectacles prévus à Québec, la pièce a été annulée dans la foulée de l’épidémie de COVID-19.

COVID-19: casse-tête dans les salles de spectacles à Québec

Au lendemain de l’annonce gouvernementale annulant les rassemblements de plus de 250 personnes, les gestionnaires des salles de spectacles de Québec s’arrachaient les cheveux afin de résoudre le casse-tête découlant de cette décision. La journée s’est toutefois terminée sur une bonne nouvelle pour les créateurs : l’Union des artistes (UDA) a annoncé à ses membres que le ministère de la Culture et des Communications allait dédommager ceux qui sont affectés par les annulations.

«Tous les contrats signés par les artistes affectés par les mesures d’urgence seront honorés», a avancé la présidente de l’UDA, Sophie Prégent, dans une lettre publiée après la tenue d’une conférence téléphonique convoquée par la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy. Des représentants de la SODEC et du CALQ, ainsi que plusieurs syndicats, associations, organismes et regroupements du secteur culturel étaient également de la partie, selon le document.

«Il est clair que la rémunération des artistes est devenue un enjeu gouvernemental et le ministère a indiqué vouloir s’assurer que les travailleurs autonomes de notre secteur ne soient pas pénalisés par cette situation hors norme», peut-on aussi lire dans le communiqué.

Plut tôt dans la journée, les salles de spectacles de la capitale s’affairaient à retrouver l’équilibre après la commotion engendrée par la nouvelle directive gouvernementale proscrivant les rassemblements de plus de 250 personnes. Au Grand Théâtre, qui a annoncé l’annulation de tous ses spectacles jusqu’au 12 avril, «on n’a jamais eu à gérer ce genre de situation», a indiqué Sophie Vaillancourt-Léonard, coordonnatrice des communications au Trident. L’annulation de la pièce Roméo et Juliette, après une semaine de représentations, a provoqué une onde de choc. Dix-sept comédiens, sans compter l’équipe technique, se sont retrouvés du jour au lendemain en congé forcé.

Le Grand Théâtre a indiqué dans un communiqué faire «tout en [son] pouvoir» pour tenter de reporter les événements prévus au calendrier, en collaboration avec ses producteurs et organismes résidents : Le Trident, l’Orchestre symphonique de Québec et l’Opéra de Québec.

Directeur général et délégué artistique du théâtre jeunesse Les Gros Becs, Jean-Philippe Joubert a dit comprendre la nécessité d’«aplatir la courbe de propagation du virus» en éliminant les rassemblements. Mais il a évoqué d’autre part les employés, parfois occasionnels, qui n’ont pas nécessairement accès à l’assurance-emploi et dont le salaire est directement lié à la billetterie.

Gestion de crise

Au Capitole, l’heure était également à la gestion de crise, vendredi. «Le but est de replacer tous les spectacles prévus à l’horaire», a indiqué la directrice des communications et du marketing, Dominique Thomas. Déjà, la direction a réussi à trouver de nouvelles dates pour le spectacle Révolution en tournée, qui devait présenter cinq représentations ces jours-ci.

«Tout va dépendre de combien de temps (le décret gouvernemental) va durer. Pour un spectacle prévu pour un soir ou deux, ce n’est pas une situation dramatique, mais pour un autre avec une dizaine de dates à l’horaire, ce serait plus compliqué. Si ça devait se prolonger au-delà d’un mois, un mois et demi, jusqu’à l’été par exemple, on aurait un sérieux problème.»

De l’autre côté de Place d’Youville, au Palais Montcalm, où les activités sont suspendues jusqu’à la fin mars, même séance de remue-méninges.

«On n’annule pas les spectacles, on fait tout pour les déplacer à une autre date», a mentionné Claudie Lapointe, directrice des communications et du marketing. Au total, une vingtaine de représentations font l’objet de discussions avec les artistes, agents et producteurs.

«Tout le monde veut venir jouer, personne ne veut annuler. Pour les artistes, c’est quand même leur gagne-pain», a souligné le directeur de la programmation, Nicolas Houle, chargé avec son collègue Simon Gagnon de revoir le calendrier afin de réussir à dénicher des dates qui accommodent tout le monde.

Impossible pour le moment de dire si tous les spectacles touchés par la crise sanitaire réussiront à trouver une nouvelle case horaire. «On ne le sait pas encore. Pour un artiste québécois, c’est plus simple, mais quand il s’agit d’un artiste international, ça devient plus compliqué», a précisé Nicolas Houle.

À la salle Albert-Rousseau, fermée jusqu’au 12 avril, la direction est aussi à pied d’œuvre pour un réaménagement de la programmation. Une vingtaine de spectacles sont à l’étude. Vendredi après-midi, cinq représentations prévues en mars avaient été déplacées à l’automne. «Les gens sont invités sur notre site où les dates sont mises à jour régulièrement», a mentionné Sabrina Ing, directrice des communications et du marketing.

Même si sa capacité n’atteint pas la limite permise par le décret gouvernemental (250 places), le Théâtre Petit Champlain met aussi ses opérations sur la glace, a-t-elle ajouté. «On n’y était pas tenu, mais avec les bénévoles et les techniciens, on frôle les 250 personnes. C’est la santé publique qui reste primordiale.»

Assurance-emploi

À l’Impérial, tout est figé pour le prochain mois. «En ce qui concerne le personnel de plancher, on en est à écouler les vacances. Ensuite, c’est l’assurance-emploi qui va embarquer», a détaillé Samantha McKinley, directrice des communications du Festival d’été de Québec (FEQ) et de 3E, qui opère la salle de la rue Saint-Joseph. «Pour ce qui est du personnel régulier [du FEQ et de 3E], tout le monde reste en poste pour gérer la situation et replacer les dates de spectacles», a-t-elle ajouté.

En cas d’annulation, la majorité des contrats avec les artistes comprennent une clause «de force majeure», a précisé Mme McKinley. «Quand il arrive une situation hors du contrôle de l’un ou de l’autre, nous sommes relevés de notre engagement», indique celle qui est loin de sous-estimer les conséquences de la pandémie dans une industrie «qui ne fait pas fortune».

Pertes financières

Avec une capacité d’accueil moins grande que les 250 personnes ciblées par les directives gouvernementales, L’Anti espérait poursuivre ses activités dans la crise. Mais venues des artistes eux-mêmes, les annulations s’accumulent pour la salle de spectacles de la rue Dorchester, qui reçoit aussi des demandes de remboursement de spectateurs inquiets. Pour le copropriétaire Karl-Emmanuel Picard, les conséquences financières s’annoncent grandes.

«C’est majeur. J’espère sortir de ça sain et sauf», tranche le promoteur, qui pilote également les productions District 7, dont les affaires sont aussi freinées par la COVID-19. Employés au chômage, incertitudes quant à une grille de programmation qui change d’heure en heure, Picard dit avancer dans le brouillard.

«On en vient à se demander si on fait bien d’essayer de maintenir les spectacles, note-t-il. Pour le faire devant des salles vides? La vie culturelle de Québec s’est arrêtée.»

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Musées toujours ouverts

Au Musée national des beaux-arts du Québec, les salles d’exposition demeurent ouvertes, mis à part la galerie famille et l’espace de médiation familiale à l’intérieur de l’exposition Frida Kahlo, Diego Rivera et le modernisme mexicain. L’accès est toutefois limité afin de se conformer à la limite de 250 personnes fixée par le gouvernement. Les activités culturelles prévues à l’auditorium Sandra et Alain Bouchard sont par ailleurs annulées. Le Musée de la civilisation ajuste aussi sa programmation dans la foulée de la pandémie de COVID-19. Les expositions demeurent ouvertes à un maximum de 250 personnes à la fois, mais l’atelier de costumes Il était une fois et le MLab Creaform seront fermés. D’autres événements tenus en marge de la programmation régulière sont également annulés. Geneviève Bouchard

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Le concert de Mika annulé

Après Pearl Jam, le Centre Vidéotron perd une autre tête d’affiche avec le désistement Mika, dont le concert était prévu pour le 16 mai. En pleine crise du coronavirus, l’auteur-compositeur-interprète a choisi d’annuler son passage de notre côté du monde.

«C’est avec le cœur gros, suivant le développement de la situation concernant le COVID-19, que nous sommes dans l’obligation d’annuler la tournée en Amérique. Notre priorité est de nous assurer que tout le monde soit en sécurité, et dû à l’évolution rapide de la situation concernant le COVID-19, nous n’avions pas d’autres choix», a-t-il laissé savoir. Geneviève Bouchard

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Le Diamant suspend ses activités

Ayant d’abord avancé jeudi poursuivre ses activités dans une jauge restreinte pour se conformer aux directives gouvernementales, l’équipe du théâtre Diamant s’est ravisée vendredi en annonçant la suspension de ses activités jusqu’à nouvel ordre. Programmée du 24 mars au 3 avril, la pièce Quills, mettant en vedette Robert Lepage dans le rôle du Marquis de Sade, est donc reportée à une date ultérieure. Idem pour le spectacle d’arts numériques Inferno, qui était prévu du 8 au 10 avril. Les spectateurs sont invités à conserver leur billet et seront informés des nouvelles dates proposées pour ces deux productions. Geneviève Bouchard