La vice-première ministre Chrystia Freeland refuse de dire quelles sont ses intentions quant à la possibilité de fermer les frontières canadiennes, pour mettre à l’abri du coronavirus le Canada et son voisin américain.
La vice-première ministre Chrystia Freeland refuse de dire quelles sont ses intentions quant à la possibilité de fermer les frontières canadiennes, pour mettre à l’abri du coronavirus le Canada et son voisin américain.

Coronavirus et fermeture des frontières: Ottawa cache encore son jeu

OTTAWA — La vice-première ministre Chrystia Freeland refuse de dire quelles sont ses intentions quant à la possibilité de fermer les frontières canadiennes, pour mettre à l’abri du coronavirus le Canada et son voisin américain.

Elle dit avoir discuté avec le secrétaire d’État américain Mike Pompeo, jeudi. Mercredi soir, le président Donald Trump a annoncé la fermeture des frontières américaines à tous les voyageurs en provenance de 26 pays européens, à compter de 23h59 vendredi, et ce, pour une période de 30 jours.

Mme Freeland dit avoir expliqué à M. Pompeo les mesures prises par le Canada pour lutter contre la pandémie. Elle a insisté sur le dépistage des voyageurs arrivant aux aéroports canadiens.

Impossible de savoir si Washington a été rassuré par les mesures canadiennes ou si le gouvernement américain demande à son voisin au nord de fermer à son tour ses frontières aux voyageurs venant d’Europe.

Au cours d’un point de presse à sa sortie des Communes jeudi après-midi, Mme Freeland a contourné la plupart des questions directes qui lui ont été posées, se contentant de répéter que la situation change rapidement et que le gouvernement s’ajuste d’heure en heure.

«La décision des États-Unis, évidemment, est une décision qui est significative pour le Canada», a-t-elle d’abord offert.

«Vous savez la situation, jusqu’à ce moment, c’est qu’on a un contrôle élevé sur tous les voyageurs des pays où le coronavirus a déjà eu un impact plus élevé. Concernant l’avenir, ce que je peux dire c’est qu’on est en train à chaque heure de regarder la situation», a-t-elle dit.

«Suite à l’annonce d’hier soir, c’est sûr qu’on a cette préoccupation de préserver les relations avec le gouvernement américain et de s’assurer de l’intégrité, non seulement de ces relations, mais aussi des frontières», a renchéri, debout à ses côtés, le président du Conseil du Trésor, Jean-Yves Duclos.

Le ministre Duclos a confirmé que son gouvernement a appris, en même temps que tout le monde, mercredi soir, la décision du président américain de fermer son pays aux voyageurs en provenance d’Europe.

À l’intérieur de la Chambre, l’opposition conservatrice et bloquiste a continué de réclamer des mesures plus strictes aux portes d’entrée du pays.

«Encore hier, des voyageurs arrivant d’Italie à l’aéroport Trudeau étaient stupéfiés de constater qu’on ne leur posait aucune question. On s’est contenté de leur remettre un dépliant, alors qu’ils arrivaient d’un des plus grands foyers de contamination au monde», s’est insurgée la députée bloquiste Claude DeBellefeuille.

«Encore ce midi, le gouvernement donnait à l’Europe le niveau de risque le plus bas possible comme conseils aux voyageurs, en pleine pandémie. M. le président, il y a un juste milieu entre paniquer et rien faire», a-t-elle encore protesté.

«Nous avons mis en place des mesures de dépistage renforcées», lui a assuré le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair.

Après vérification, les mesures sont les mêmes depuis le début de l’épidémie.

Seul changement: depuis jeudi matin, les voyageurs qui arrivent d’Italie se font dire de s’isoler pour 14 jours et d’avertir la santé publique s’ils développent des symptômes pendant cette quarantaine volontaire. Pareilles instructions étaient déjà données aux voyageurs arrivant d’Iran et de la province chinoise de Hubei.

Chez les conservateurs, comme chez les bloquistes, on ne dit pas si on croit préférable ou non de fermer les frontières canadiennes aux voyageurs venant d’Europe.

«Le fait que les Américains l’ont fait n’est pas en soi une raison pour que le Canada se sente obligé de le faire. Le Canada (...) prend ses propres décisions», a déclaré, prudent, le chef bloquiste Yves-François Blanchet.

Les conservateurs, eux, s’en tiennent à leur critique des vérifications aux frontières.

«Le minimum auquel on s’attend, de la part du gouvernement, c’est qu’un contrôle soit fait à la frontière pour les gens qui veulent rentrer dans le pays, qu’ils soient Canadiens ou visiteurs, pour s’assurer d’éviter toute aggravation de la situation au pays», a critiqué le député Alain Rayes, aux portes des Communes.