Le président russe Vladimir Poutine a conservé une bonne distance alors qu'il regardait le défilé du régiment présidentiel pour souligner le 75e anniversaire de la victoire sur l'Allemagne nazie, en 1945.
Le président russe Vladimir Poutine a conservé une bonne distance alors qu'il regardait le défilé du régiment présidentiel pour souligner le 75e anniversaire de la victoire sur l'Allemagne nazie, en 1945.

Coronavirus: déconfinement dans l’incertitude, sobres festivités en Russie

Thibaut Marchand
Agence France-Presse
Philippe Schwab
Agence France-Presse
MOSCOU — Le coronavirus a contraint samedi la Russie à célébrer sans faste les 75 ans de la défaite nazie, au moment où un nombre croissant de pays tentent de sortir du confinement et de relancer des économies mises à l’arrêt par la pandémie qui a fait plus de 270 000 morts.

Après les Champs-Élysées vendredi, la place Rouge est à son tour restée vide de défilé militaire samedi. Et c’est un président Vladimir Poutine esseulé qui a déposé une gerbe devant la tombe du Soldat inconnu. Seules des démonstrations aériennes ont été organisées.

Longtemps épargnée, la Russie enregistre quelque 10 000 nouveaux malades du Covid-19 par jour et a dû à son tour renforcer ses mesures pour empêcher la propagation de la pandémie planétaire partie de Chine fin 2019.

Asphyxiés économiquement, de plus en plus de pays s’efforcent de relancer l’activité après des semaines de confinement.

Bien que la pandémie n’y soit pas endiguée, le Pakistan, cinquième pays le plus peuplé du monde, a allégé samedi ses restrictions en rouvrant marchés et petits commerces.

Le premier ministre, Imran Khan, l’a reconnu lui-même: cette initiative répond d’abord à une urgence sociale. «Nous faisons cela parce que les gens de notre pays sont dans une situation très difficile», a-t-il souligné.

«Il n’y aura pas grand-chose à confiner, après tout, si l’économie se retrouve complètement à terre», a abondé samedi le quotidien pakistanais Daily Times.

«La peur au ventre»

En Chine, une directive a autorisé la réouverture sous conditions de tous les lieux publics: centres commerciaux, restaurants, cinémas, installations sportives, sites touristiques, bibliothèques.
Continent le plus touché avec plus de 153 000 morts, l’Europe accélère également son déconfinement. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) appelle toutefois à la plus grande prudence, pointant le risque d’une deuxième vague épidémique.

En Allemagne, où le confinement est déjà bien engagé, la Bundesliga s’apprête à reprendre et les restaurants rouvrent leurs portes dès ce samedi dans le Mecklembourg-Poméranie, au bord de la Baltique.

L’Italie, la France, la Belgique, l’Espagne ou encore la Grèce s’apprêtent également à vivre leur dernier week-end confiné.

En Espagne, à part à Madrid et à Barcelone, villes encore très touchées, les terrasses des bars et des restaurants pourront rouvrir et accueillir des tablées de jusqu’à dix personnes.

À Vilnius, où une telle mesure est déjà en vigueur, «c’est Noël et Nouvel An en même temps», s’amuse Elena Cerniauskiene, attablée dans le centre de la capitale lituanienne.

En France, «la vie à partir du 11 mai ne sera pas la vie d’avant», a prévenu le premier ministre Edouard Philippe.

Dans ce pays où plus de 26 000 morts ont été dénombrés, la réouverture prévue des écoles vire au casse-tête et suscite l’angoisse de certains parents. La reprise d’activité de certains commerces charrie aussi son lot d’interrogations.

«Depuis l’annonce de notre probable réouverture, j’ai la peur au ventre. Sacrée responsabilité de devoir protéger mon équipe et mes clients», confie Maya Flandin, directrice d’une librairie à Lyon (est).

Las Vegas à l’arrêt

Au Royaume-Uni, le premier ministre Boris Johnson, lui-même rescapé de la COVID-19, doit s’exprimer dimanche sur un éventuel assouplissement du confinement. Le pays est le deuxième plus endeuillé au monde (plus de 31 000 morts).

«Nous ne sommes pas tirés d’affaire», a prévenu le ministre de l’Environnement George Eustice. 

Évoquant la fin de la Seconde Guerre mondiale il y a 75 ans, la reine Elisabeth II a exhorté ses sujets à rester combatifs. «Ne baissez jamais les bras, ne perdez jamais espoir», a-t-elle lancé.

Pays le plus affecté avec plus de 76 000 décès, les États-Unis ont vu leur taux de chômage frôler les 15% en avril, du jamais vu depuis les années 1930.

Plusieurs États fédérés ont commencé à y alléger les restrictions. Le géant technologique Apple compte ainsi rouvrir ses magasins en Idaho, en Caroline du Sud, en Alabama et en Alaska. Mais en Californie, ses ingénieurs et ses dirigeants californiens continueront de travailler depuis chez eux.

Dans le Nevada, les habitants de Las Vegas s’habituent à vivre dans une ville totalement à l’arrêt. Beaucoup ont perdu leur emploi. Mais certains réinvestissent le Strip, l’artère d’ordinaire la plus animée.

D’ordinaire, «je ne viens jamais sur le Strip», explique Mike Evans, un concessionnaire automobile âgé 47 ans qui s’y promène désormais à vélo. Luis Rosales, un patineur à roulette de 30 ans, n’en revient pas non plus: «Jamais de la vie je n’aurais cru voir Las Vegas fermée».

Frontières fermées

Malgré la crise sanitaire et économique planétaire, les puissances restent divisées.

Après des semaines de tractations, les États-Unis se sont opposés jeudi à un projet de résolution des Nations unies réclamant une «cessation des hostilités» à travers le monde pour faciliter notamment l’aide aux populations les plus éprouvées.

Washington accuse régulièrement Pékin d’avoir dissimulé la dangerosité du coronavirus et affirme que celui-ci provient d’un laboratoire sensible de Wuhan, ville d’où est partie la pandémie.

La Chine assure pour sa part avoir été entièrement transparente avec l’OMS. Vendredi, elle a dit soutenir la création, «après la fin de l’épidémie», d’une commission sous l’égide de l’OMS pour évaluer «la réponse mondiale», et pas seulement chinoise, à la maladie.

Au sein de l’Union européenne, les 27 chefs d’État et de gouvernement ont prôné samedi la solidarité pour sortir «plus fort» de l’épreuve, dans une vidéo publiée sur Twitter. Mais ils peinent toujours à s’entendre sur une réponse commune à la crise.

Malgré les assouplissements mis en place par plusieurs pays, l’heure reste à la fermeture des frontières. La Commission européenne a ainsi appelé vendredi les 27 membres de l’UE à refuser les entrées sur leur territoire jusqu’au 15 juin.

Ces restrictions compliquent la tâche des migrants d’Afrique subsaharienne, que la pandémie ne dissuade pas d’entreprendre une périlleuse traversée du désert dans l’espoir d’atteindre les rives de la Méditerranée.

«Avant on pouvait passer ''un peu un peu'', mais à cause des mesures anti-coronavirus, la route est carrément bloquée. Les militaires ratissent le long de la frontière de jour comme de nuit. De l’autre côté également, les Libyens sont devenus très vigilants», explique l’ex-passeur Idrissa Salifou, au Niger.