Le directeur de la santé publique par intérim au CIUSSS de la Capitale-Nationale, le Dr Jacques Girard
Le directeur de la santé publique par intérim au CIUSSS de la Capitale-Nationale, le Dr Jacques Girard

Bar Kirouac: 50 personnes contaminées, dont trois élèves [VIDÉO]

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
Trois des cas de COVID-19 recensés dans les écoles depuis le début de la rentrée sont liés à l'éclosion au bar Kirouac, a révélé mercredi le directeur de santé publique de la Capitale-Nationale par intérim, le Dr Jacques Girard. Cette éclosion a jusqu’à maintenant mené à la contamination d’une cinquantaine de personnes et à la mise sous surveillance de six bars de Québec. 

Selon le Dr Jacques Girard, une quarantaine de personnes auraient contracté la COVID-19 à l’établissement du quartier Saint-Sauveur, vraisemblablement à la suite d’une soirée de karaoké qui s’y est déroulée le 23 août.

Ces 40 cas auraient généré une dizaine de cas secondaires dans leurs milieux familiaux respectifs, dont trois se sont retrouvés dans les écoles, a indiqué le Dr Girard.

Depuis le début de la rentrée scolaire, la santé publique a dû mettre en isolement plusieurs dizaines d’étudiants de six écoles, soit la Polyvalente de Charlesbourg, l’école secondaire Jean-de-Brébeuf, l’école secondaire de Neufchâtel ainsi que les écoles primaires Les Prés-Verts, Jules-Émond et du Cap-Soleil, après que des élèves eurent reçu un résultat de test positif à la COVID-19.

La Direction de santé publique de la Capitale-Nationale surveille par ailleurs activement six bars de Québec, plus particulièrement des secteurs Saint-Sauveur, Vanier et Saint-Roch, qui auraient été fréquentés par une ou des personne(s) atteintes de la COVID-19. 

Chacun de ces bars «de proximité», où les clients se connaissent, ont été contactés par la santé publique, a précisé le Dr Girard, qui invite les citoyens, particulièrement ceux du quartier Saint-Sauveur, qui ressentent des symptômes et qui ont fréquenté depuis le 24 août un ou des bar(s) «qui leur semblai(en)t peu sécuritaire(s)» à se faire dépister.

Le Dr Girard a expliqué qu’à la fermeture du bar Kirouac, des clients - il ne pouvait pas dire combien -  se sont «retrouvés ailleurs», dans d’autres établissements. «Il y en a un en particulier pour qui c’était la grande tournée, la tournée des grands ducs. Il est allé partout!» a-t-il mentionné.

«Normalement, quand on attend le résultat d’un test, on ne devrait pas sortir. On pense qu’il y a eu un certain relâchement de certaines personnes. On va se croiser les doigts en espérant qu’ils ont fait attention s’ils ont fréquenté d’autres bars», a ajouté le Dr Jacques Girard.

Selon lui, aucun cas positif dans ces six bars n’aurait encore été signalé. «On n’a pas besoin de les fermer ces bars-là parce qu’on n’a pas d’évidence de transmission», a-t-il expliqué.

Le Dr Girard a dit mercredi être «en mode collaboration avec ces milieux-là pour nous assurer que c’est très sécuritaire pour la clientèle». «On va faire aussi le nécessaire avec la CNESST […] et avec le Service de police de la Ville de Québec», qui a le mandat de faire respecter les règles, notamment en ce qui a trait aux heures de fermeture et au nombre de clients, a-t-il souligné.

Ordonnances

Lorsqu’une personne qui a été mise en isolement ne respecte pas sa quarantaine, le directeur de santé publique peut émettre une ordonnance afin de l’y obliger, sans avoir à recourir à un juge, a rappelé le Dr Jacques Girard.

«C’est ce qu’on a fait ce matin [mercredi] face à un cas, mais on l’a fait aussi face à une autre personne qui refusait de collaborer à l’enquête. Parce que les pouvoirs du directeur de santé publique vont aussi jusqu’à exiger que les gens collaborent à l’enquête», a indiqué le médecin.

Comme Le Soleil le rapportait mardi, le bar La Gamelle, dans le secteur Vanier, est un des six établissements qui auraient été visités par des clients atteints de la COVID-19. Par mesure préventive, la propriétaire, Geneviève Tremblay, a pris la décision de fermer son établissement, le temps de le désinfecter de fond en comble et jusqu’à ce qu’elle reçoive les résultats des tests de dépistage de tous ses employés.

«Mais même une fois que j’aurai eu tous les résultats, je pense que je ne prendrai pas de risques et que je vais laisser passer la longue fin de semaine, maintenant qu’on sait que des clients du Kirouac se sont promenés dans les bars du secteur», a indiqué Mme Tremblay au Soleil, mercredi après-midi.

Selon elle, trois clients porteurs du virus se seraient présentés à son établissement la fin de semaine dernière, et non deux, comme elle le croyait au départ.

Bistro Vanier

Le Bistro Vanier a également décidé de fermer préventivement ses portes jusqu’au 10 septembre parce qu’il y a eu «plusieurs événements entourant la COVID-19 dans d’autres établissements du même secteur», explique-t-il sur sa page Facebook.

L’établissement mentionne que «certains clients se sont présentés», mais que l'accès leur a été refusé. «Mais nous ne connaissons pas tous les clients. C’est pour ça que nous avons décidé de fermer nos portes temporairement […]. Sachant très bien que certains [seraient entrés] en ne nous disant pas la vérité», expose-t-il.

Le point commun de certains des six établissements surveillés par la santé publique est le karaoké, une activité «particulièrement risquée» en période de pandémie, bien que permise, a souligné le Dr Jacques Girard.

«On a eu une discussion à ce sujet [cette semaine] avec tous les directeurs de santé publique et le Dr [Horacio] Arruda. C’est sûr qu’on est en train de regarder les possibilités. Le karaoké, la raison pour laquelle ça peut être dangereux, c’est que lorsqu’on chante, on postillonne beaucoup plus loin que deux mètres. Il est absolument indispensable d’avoir une barrière comme un plexiglass», a dit le Dr Girard.

Déjà, dans les bars, la musique est forte et oblige les gens à parler plus fort pour se faire entendre, a rappelé le médecin. «Alors quand on chante en plus, on se ramasse avec un cumul de risques extrêmement périlleux. Si on ne l’interdit pas [le karaoké dans les bars], il va falloir être extrêmement strict sur les aménagements physiques.»

Fin des éclosions dans les CHSLD

Le Dr Jacques Girard a par ailleurs annoncé mercredi la levée de l’éclosion à l’Auberge aux Trois Pignons, de sorte qu’il n’y a plus aucun milieu d’hébergement pour aînés aux prises avec la COVID-19 actuellement dans la Capitale-Nationale. Au total, 22 établissements publics ou privés pour aînés ont dû conjuguer avec la COVID-19 à Québec.

«C’est une bonne nouvelle. Ça ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de nouveau cas ni qu’on n’aura pas à faire face à d’autres événements du genre, mais on est particulièrement heureux de cette nouvelle», a commenté le Dr Girard.

Dans son bilan de mercredi, le CIUSSS de la Capitale-Nationale rapportait 23 nouveaux cas de COVID-19, portant à 2116 le nombre de personnes infectées dans la région depuis le début de la crise sanitaire. De ce nombre, 1772 sont rétablies, 197 sont décédées et cinq sont hospitalisées, dont aucune aux soins intensifs. Il y aurait donc actuellement 147 cas (confirmés) actifs sur le territoire.

Chaudière-Appalaches

Dans Chaudière-Appalaches, un seul nouveau cas a été rapporté mercredi, ce qui porte à 614 le nombre de personnes infectées dans cette région depuis le début de la crise sanitaire. Parmi elles, 586 sont rétablies, huit sont décédées et une est hospitalisée. On compte donc actuellement 20 cas (confirmés) actifs actuellement dans la région.