Rudy Gobert
Rudy Gobert

Avec l’épisode du coronavirus derrière lui, Rudy Gobert regarde devant

Il y a eu les gazouillis d’étrangers. «Je te déteste». «Tu as ruiné la planète entière». «Tu le mérites.» Puis, il y a eu le mépris venant de l’intérieur de son propre vestiaire, la présomption qu’il avait transmis le coronavirus à l’un de ses coéquipiers, la supposition selon laquelle son insouciance avait, d’une façon quelconque, provoqué l’arrêt complet du monde sportif.

Après tout ça, et davantage, le centre Rudy Gobert, du Jazz de l’Utah, demeure debout et bien droit.

Les yeux de nombreux observateurs seront tournés vers Gobert lorsque la saison de la NBA, celle qui s’est interrompue le 11 mars lorsqu’il est devenu le premier joueur de la ligue à obtenir un résultat positif à la COVID-19, effectuera un pas de géant vers une relance, avec l’arrivée des équipes au complexe Disney en Floride centrale au cours des prochains jours.

Le Jazz représentera un cas fascinant à examiner pendant cette relance, particulièrement en ce qui a trait à Gobert et à Donovan Mitchell - un coéquipier et un joueur étoile qui a obtenu un résultat positif à un test de dépistage peu de temps après l’arrêt des activités et qui n’a pas caché son mécontentement à l’endroit de Gobert - et la possibilité qu’ils réussissent à coexister de nouveau.

«Je suis heureux maintenant. Je me sens dans un bon état d’esprit, vous savez», a déclaré Gobert vendredi.

«Et je suis heureux de ressentir la joie de jouer au basketball avec mon équipe et de sentir que la compétitivité est de retour. Je suis prêt à sauter sur le court et essayer de gagner le championnat. C’est l’objectif. Et pour être honnête, avec tout ce que nous avons vécu en tant qu’équipe et en tant qu’êtres humains, ce serait une spectaculaire remontée.»

Gobert a répondu aux questions pendant environ 11 minutes. Il a parlé de sa relation avec Mitchell («Ça ne sera jamais parfait», a-t-il dit, reconnaissant des tensions qui n’étaient plus un secret).

Il a parlé de la possibilité de signer une lucrative prolongation de contrat («Je ne prévois pas partir en ce moment», a-t-il déclaré.)

Il a parlé de sa guérison du virus, qui se continue, du moins en lien avec son odorat qu’il n’a pas tout à fait retrouvé («Sentir, c’est quelque chose que je tenais pour acquis, aussi. C’est de retour maintenant, c’est de retour à 80 pour cent, je ne suis pas inquiet», a-t-il affirmé.)

Il s’est exprimé doucement, calmement, de façon réfléchie. Et même s’il est le double lauréat en titre de l’honneur remis au joueur défensif de l’année dans la NBA, il n’a repoussé aucune question.

«C’est certain que quand vous avez le monde entier qui vous juge, qui vous menace ou qui vous envoie beaucoup d’énergie négative et autres choses du genre, je ne dirais pas que c’est facile pour un être humain», a déclaré Gobert.

«Mais en même temps, les gens vous jugent en fonction de la perception qu’ils ont et de la perception qu’ils reçoivent. Parfois, ce peut être une photo, une vidéo, une entrevue, une action.»

Dans ce cas-ci, c’est à peu près ce qui est arrivé.

Une photo, une vidéo, une entrevue, une action. Ce fut le départ de la dégringolade.

C’était le matin du lundi 9 mars. Avant de quitter une conférence de presse à Salt Lake City en prévision d’un match contre Detroit, Gobert a touché à tous les magnétophones qui avaient été placés devant lui sur une table, des appareils que les journalistes couvrant les activités du Jazz utilisaient. Il voulait faire une blague. Lorsqu’il a reçu un résultat positif deux jours plus tard, personne ne riait.

Le Jazz se trouvait à Oklahoma City, à quelques instants du début de son match contre le Thunder, lorsque la nouvelle du test positif de Gobert a été ébruitée. Le match a été annulé. Le même soir, la saison a été suspendue.

Juste comme ça, Gobert était devenu un centre négatif d’attention.

Gobert a aussi commencé à essayer de montrer qu’il avait des remords. Il a donné 200 000$ à une fondation mise sur pied pour aider les employés à temps partiel du Jazz, qui avaient perdu des revenus parce que des matchs avaient été annulés. Plus d’argent - environ 310 000$ - est allé à des familles touchées par la pandémie en Utah et à Oklahoma City, de même qu’en France, son pays d’origine. Il a enregistré un message d’intérêt public pour la ligue.

«Je ne pourrai pas contrôler la perception que tous les gens auront de moi, mais je peux contrôler mes actions», a noté Gobert.

«Je peux contrôler les choses que je fais pour les gens autour de moi, pour la communauté, les choses que je fais pour mes coéquipiers sur le court, à l’extérieur du court. Tout ça, je peux le contrôler et c’est vraiment ce qui importe pour moi.»

De son côté, Mitchell affirme que sa relation avec Gobert s’est améliorée.

«En ce moment, ça va bien», a déclaré Mitchell. «Nous allons là-bas prêts à jouer au basketball.»

Le Jazz est assuré de participer aux séries éliminatoires. L’équipe sera privée de Bojan Bogdanovic, blessé, pour le reste de la saison, mais compte suffisamment de profondeur pour aspirer aux grands honneurs dans l’Association Ouest.

Et Gobert s’attend que les choses se passent bien entre lui et Mitchell, du moins sur le court.

«Du moment que nous affichons du respect l’un pour l’autre, que nous partageons les mêmes objectifs et que nous faisons tout deux ce qu’il y a de mieux pour l’équipe, c’est tout ce qui compte. Et vous savez, je pense que c’est ce que nous avons fait au cours des récentes saisons et c’est ce que nous envisageons continuer de faire.»