Marie-France Mercier garde un mauvais souvenir du séjour de son père à l’Auberge aux Trois Pignons.
Marie-France Mercier garde un mauvais souvenir du séjour de son père à l’Auberge aux Trois Pignons.

Auberge aux Trois Pignons: des manquements observés bien avant la pandémie

Le court séjour du père de Marie-France Mercier à l’Auberge aux Trois Pignons a laissé un goût amer à la famille de l’homme atteint de Parkinson. La situation actuelle ravive des souvenirs malheureux, laissant croire que les problèmes rapportés remontent avant même le début de la pandémie.

L’homme de 84 ans a fait son entrée dans la résidence de Beauport à la mi-décembre 2019 à la suite d’un processus de sélection rigoureux et émotif. «Qu’il doive poursuivre ses jours en résidence était pour toute la famille la pire des épreuves. Nous voulions le meilleur endroit possible pour lui», raconte Mme Mercier. 

«Après avoir parlé longuement avec la directrice et après une longue rencontre familiale, notre choix s’est arrêté sur l’Auberge aux Trois Pignons. Nous avons été charmés par l’accueil, le côté humain, les soins évolutifs offerts. À l’automne, son état s’était dégradé. Nous étions rassurés de savoir que la résidence pouvait adapter les soins si son état se détériorait», relate-t-elle encore. Mais les proches ont rapidement déchanté.

«Nous étions très présents pour notre père. Heureusement, car nous avons été témoins de plusieurs incidents. Chaque fois, nous nous disions que c’était une question d’adaptation et nous tentions de regarder les côtés positifs», se rappelle Mme Mercier.

«À trois reprises, un membre de la famille est allé le visiter entre 18h30 et 18h45 et il était déjà au lit, sans avoir soupé. Une de ces fois, sa protection souillée était sur sa table de chevet, donne la dame en exemple, avant de poursuivre. Un jour, mon père a fait de l’errance. Au moment de dîner, il n’était pas dans sa chambre. Il n’a pas eu ses médicaments ni son dîner, et personne de la famille n’a été avisé. Il était à risque de chutes et à quelques reprises, ma mère est arrivée et il était par terre, seul dans sa chambre.»

Le 12 janvier, Mme Mercier a réalisé à quel point le nombre d’employés semblait insuffisant et manquer de formation. «Lors d’une visite avec ma mère, il était déjà couché à 18h45. Il ne portait qu’une protection, avait encore ses bas supports et n’avait pas son bracelet de sécurité. J’ai intercepté une préposée qui passait pour savoir si tout s’était bien passé et pourquoi il était déjà couché. Elle m’a dit qu’elle l’avait retrouvé nu sur une chaise après avoir sonné et qu’il n’avait pas voulu souper. Elle ne savait pas qui l’avait aidé à se coucher ou s’il l’avait fait seul. Elle disait qu’elles n’étaient que deux préposées (en formation) pour la soirée et qu’elles étaient débordées…» 

Son témoignage ne vise pas à «détruire» la résidence, insiste-t-elle. «Je ne pense pas qu’ils sont outillés pour ça. Ils sont débordés. Ils ne veulent pas mal faire», dit-elle encore avec amabilité pour le personnel.

Son discours envers l’administration de la résidence est plus sévère après une fin de relation abrupte et demeurée sans réponse. «Mon père est parti par ambulance à l’hôpital à la suite d’une chute un peu après le 12 janvier. Ils l’ont évalué et nous avons convenu qu’il devait résider dans un CHSLD.»

Mme Mercier avait écrit à la directrice de l’auberge le 13 janvier pour lui faire part de l’incident du 12. À ce jour, elle a reçu un accusé de réception. «Depuis, rien... personne n’a tenté de savoir comment allait mon père, ce qui se passerait pour lui après l’hôpital. La seule communication qu’on a eue, c’était la comptabilité qui voulait encaisser les trois mois de pénalités», se désole-t-elle.

«Ce que j’envoie comme message aux proches des personnes âgées est de s’assurer que les gens qui vous vendent des services sont capables de les rendre. Ce n’était visiblement pas le cas pour mon papa. Je ne conseillerais à personne dont le père ou la mère est atteint d’une maladie dégénérative de choisir cette résidence.»

Les mois suivants n’ont pas été de tout repos pour la famille mercier même si les soins reçus sont maintenant à la hauteur des attentes. En effet, le paternel a vécu la COVID à l’Hôpital général de Québec, milieu d’hébergement touché par une éclosion qui a infecté 97 usagers, 70 employés et causé 37 décès. Heureusement, l’octogénaire n’a pas été atteint.

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