Les gens ont surtout envoyé des photos d'étagères vides et de parcs fermés.
Les gens ont surtout envoyé des photos d'étagères vides et de parcs fermés.

Assembler des documents pour tracer un portrait de la pandémie

Paola Loriggio
La Presse Canadienne
Au moment où le pays est aux prises avec une pandémie qui change radicalement la vie publique et privée, des institutions s'efforcent de documenter le changement historique par l'entremise du regard des gens ordinaires.

Les universités, les archives publiques et d'autres organisations collectent des documents sur la vie quotidienne pendant la COVID-19. Le but : colliger des observations durant la pandémie, et ne pas attendre des années pour le faire.

Des photos d'étagères d'épicerie vides aux paroles de chansons écrites en confinement, ces documents offriront aux générations futures un aperçu d'une période charnière de l'histoire canadienne - idéalement sans filtre rétrospectif, disent les organisations.

Ceux qui vivent la pandémie peuvent aussi tirer du réconfort de voir comment les autres vivent l'incertitude collective, disent-elles.

«En le faisant maintenant, ça oblige à nous rappeler que lorsqu'on dans un pays traversant cette crise, on ne sait pas quelle est la fin ni quand elle arrive», a déclaré Anthony Wilson-Smith, président-directeur général d'Historica Canada.

L'organisation, qui a déjà compilé des témoignages de première main d'anciens combattants et de nouveaux arrivants au pays, lance un nouveau programme national intitulé «Le Canada pendant la COVID-19 - Des archives vivantes».

Vidéos, GIF, écrits, illustrations et autres documents aideront à faire la chronique d'un large éventail d'expériences, a déclaré l'organisation. Les gens seront également invités à contribuer sur les réseaux sociaux.

D'autres institutions font un peu la même démarche, de façon plus locale.

À Toronto, l'Université Ryerson accepte les soumissions des étudiants, du personnel et d'autres membres de sa communauté.

Le bureau des archives et des documents publics de l'Île-du-Prince-Édouard recueille des documents auprès des résidents de la province, tandis que l'Université Brock, dans le sud-ouest de l'Ontario, rassemble ceux de la région de Niagara.

Plus de 200 documents numériques ont été affichés cette semaine, a déclaré David Sharron, responsable des archives et des collections spéciales de la bibliothèque de l'Université Brock.

Les gens ont surtout envoyé des photos d'étagères vides et de parcs fermés, mais il y a eu plus de soumissions personnelles récemment. Ça inclut une chanson écrite par une fillette de neuf ans, a confié M. Sharron.

«C'est une histoire très personnelle que nous commençons à voir, a t-il dit. Donc, elle est quelque peu différente de quelque chose filtré plus tard», dans les années et les décennies qui suivent un événement historique.

L'université Brock a proposé une série de questions pour aider les gens à raconter leur expérience de la pandémie.

Les questions portent notamment sur l'impact sur la vie à la maison et le travail, ou sur la façon dont ils perçoivent les dirigeants du pays face à la crise. Les gens sont encouragés à contribuer plus d'une fois.

«Nous ressentons des choses très différentes et vivons les choses de différentes manières, a dit M. Sharron. Si ce n'est pas enregistré, il est peu probable que ça se retrouve dans des archives et soit mis à la disposition des générations futures.»