Si la réouverture des salles avant la Saint-Jean est vue d’un bon œil, la relance amène de nombreux défis pour ces artisans de la scène qui sont, pour plusieurs, des travailleurs indépendants à revenus souvent irréguliers.
Si la réouverture des salles avant la Saint-Jean est vue d’un bon œil, la relance amène de nombreux défis pour ces artisans de la scène qui sont, pour plusieurs, des travailleurs indépendants à revenus souvent irréguliers.

Arts de la scène: les travailleurs de l’ombre oubliés

Québec a annoncé lundi un programme de 400 M$ pour épauler les artistes, les organismes culturels et les salles de diffusion. Si ce plan est une lueur d’espoir pour le milieu artistique québécois en temps de crise, les technicien(ne)s des arts vivants restent sur leur faim. 

«Le changement de ton fait du bien, mais pour les concepteurs, les techniciens, rien n’a été annoncé concrètement», déplore Julien Mercé, chef éclairagiste à la salle Pauline-Julien à Sainte-Geneviève. 

Sur le groupe Facebook de soutien en temps de pandémie du TRACE (Travailleuses et travailleurs regroupés des arts, de la culture et de l’événementiel), le constat est quasi unanime: le plan de relance ne répond pas aux besoins de beaucoup d’ouvriers du milieu. Plusieurs déplorent un manque d’indemnisation pour les contrats perdus, et la non-prolongation d’une source de revenus comme le PCU. 

«Si les salles rouvrent, ça va peut-être créer un peu de travail, mais comme tout a été annulé, ça va laisser un gros morceau de cette main d’œuvre à la maison», craint Roch Lavoie, agent d’affaires chez I.A.T.S.E (l’Alliance internationale des employés de scène, de théâtre et de cinéma). «On a aucune nouvelle de la prolongation de la PCU et pour l’instant elle est vitale.» L’organisation a d’ailleurs publié un communiqué qui fait part de ses préoccupations en ce qui concerne le plan de relance du gouvernement. 

Des problèmes de logistique

Si la réouverture des salles avant la Saint-Jean est vue d’un bon œil, la relance amène de nombreux défis pour ces artisans de la scène qui sont, pour plusieurs, des travailleurs indépendants à revenus souvent irréguliers. «En 2021, j’ai déjà des spectacles de prévus, donc les spectacles de 2020 qui ont été reportés à l’an prochain vont faire en sorte que je vais perdre des contrats, parce que je ne pourrais pas tout faire», explique Keven Dubois, concepteur lumière et vidéo dans les théâtres de Québec. 

Des techniciens à l'œuvre avant les festivités du nouvel an sur Grande Allée, en 2015.

Avec Centrale Alternative, Patrick Labbé veut justement venir en aide aux travailleurs du milieu musical, en leur offrant des ressources administratives, comptables, juridiques, d’aide psychologique, pour les aider à sortir de la crise. «Avec nos évènements, on va pouvoir leur donner des salaires, mais on veut les aider au long terme», explique celui qui est aussi le producteur et directeur de la programmation du festival de musique alternative, Le Phoque OFF, à Québec. «Soyons en 2020 et travaillons directement avec les indépendants pour qu’ils travaillent comme ils en ont envie et qu’ils ne soient pas dépendants d’un producteur.» 

Pour Jacinthe Racine, éclairagiste, régisseuse et fondatrice de la compagnie L’interrupteur, le statut de travailleur autonome dans le domaine crée beaucoup d’incertitudes et de précarité. «C’est tellement de réalités différentes que c’est difficile d’encadrer une convention collective, mais si, au moins, à l’intérieur des différentes institutions, il y avait un budget pour créer ce filet social, ou quelque chose qui ressemble au statut d’intermittent du spectacle en France, propose-t-elle. Il y a une grosse remise en question collective à avoir pour savoir comment on veut voir la suite pour ces ouvriers-là.» 

Des solutions créatives

De son côté, Karl-Emmanuel Picard, copropriétaire de l’Anti Bar & Spectacle à Québec, organise des spectacles virtuels au coût de 15 $, tournés dans sa salle. Une façon d’engager plusieurs techniciens, encore plus que pour un concert classique. «Je propose ça de même, mais les fêtes de la Saint-Jean-Baptiste, à la place de faire un gros show, il pourrait y en avoir plein avec des artistes locaux dans plusieurs salles. Une façon d’atteindre chacune des communautés de ces salles-là et de faire travailler beaucoup plus de monde», cogite-t-il durant l’entrevue.