Le sujet de la transmission aérienne du SARS-COV-2 et de la ventilation des écoles a fait couler beaucoup d’encre, cette semaine.
Le sujet de la transmission aérienne du SARS-COV-2 et de la ventilation des écoles a fait couler beaucoup d’encre, cette semaine.

Aérosols et ventilation des écoles: pourquoi un comité d’experts?

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
Le sujet de la transmission aérienne du SARS-COV-2 et de la ventilation des écoles a fait couler beaucoup d’encre, cette semaine. Mardi, le gouvernement Legault a indiqué avoir mandaté un «comité d’experts» pour lui proposer des solutions, se disant prêt à agir rapidement «si on a besoin d’avoir des purificateurs d’air, si on a besoin de prendre des mesures temporaires qui vont être sûrement dispendieuses». Plusieurs experts se sont pourtant déjà prononcés sur le sujet, y compris ceux de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

Déjà en juillet, un groupe international de 239 scientifiques avaient, dans une lettre ouverte, exhorté l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à reconnaître que le virus pouvait se propager par l’air. L’agence onusienne l’a reconnu peu de temps après, suivie, au début du mois d’octobre, par les Centres américains de contrôle des maladies.

Début novembre, l’Agence de santé publique du Canada (ASPC) a à son tour mis à jour ses directives pour y mentionner les risques de transmission par les aérosols (gouttelettes très fines qui restent en suspension dans l’air). 

«Le SARS-CoV-2, le virus qui cause la COVID-19, se propage d’une personne infectée à une autre par des gouttelettes respiratoires et des aérosols créés lorsqu’une personne infectée tousse, éternue, chante, crie ou parle», dit maintenant l’ASPC. 

L’Agence précise que «les gouttelettes varient en taille de grosses gouttelettes qui tombent au sol rapidement (en quelques secondes ou minutes) près de la personne infectée, à des gouttelettes plus petites, parfois appelées aérosols, qui persistent dans l’air dans certaines circonstances».

En septembre, des scientifiques québécois, dont la microbiologiste de l’Université Laval Caroline Duchaine, ont demandé au gouvernement dans une lettre ouverte d’appliquer le principe de précaution et de prendre en considération le risque de plus en plus reconnu de la transmission aérienne du virus.

Comme la majorité des écoles ne disposent pas de système de ventilation mécanique, l’ouverture des fenêtres et des portes de classe, même par temps froid, est la solution de choix pour éviter la propagation du virus, disaient ces 28 experts. Et lorsque l’ouverture des fenêtres et la ventilation sont impossibles, «il faudra au minimum purifier l’air à l’aide de filtres». 

L’objectif, expliquaient-ils, c’est que l’air soit changé au moins cinq fois par heure pour diluer efficacement le virus. «Le ministère de l’Éducation doit donc rapidement donner cette consigne à tous les gestionnaires des bâtiments scolaires, en plus de considérer l’achat de détecteurs de CO2 et de purificateurs d’air portatifs munis de filtres HEPA», recommandait le groupe de spécialistes. 


« Le ministère de l’Éducation doit donc rapidement donner cette consigne à tous les gestionnaires des bâtiments scolaires, en plus de considérer l’achat de détecteurs de CO2 et de purificateurs d’air portatifs munis de filtres HEPA »
Un groupe de 28 experts québécois dans une lettre ouverte

Mercredi, Québec solidaire a déposé une motion à l’Assemblée nationale demandant que les classes des écoles de la province soient dotées de détecteurs de CO2 pour mesurer la qualité de l’air des locaux et que des purificateurs d’airs soient installés partout où ce sera nécessaire. La motion a été appuyée par tous les partis d’opposition, mais rejetée par la CAQ.

La veille, le ministre de la Santé, Christian Dubé, a dit en point de presse qu’il avait demandé à l’équipe du directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, et à l’INSPQ de se pencher sur la propagation par aérosols et la ventilation dans les écoles pour voir «si on a besoin d’avoir des purificateurs d’air, si on a besoin de prendre des mesures temporaires, qui vont être sûrement dispendieuses». 

En anglais, le Dr Arruda a précisé que le comité d’experts avait été mandaté pour voir les possibilités «comme faire de l’aération entre différentes périodes, surtout quand il y a des cours fermés ou pendant une longue période». 

«Cela pourrait être recommandé. Et ce groupe va également examiner s’il existe des technologies qui pourraient être mises en place pour aider», a dit le Dr Arruda, sans pour autant reconnaître le rôle de la transmission aérienne dans la propagation du virus. 

L’INSPQ a pourtant publié pas plus tard qu’au mois d’août un document de type questions-réponses portant sur la COVID-19 et l’environnement intérieur. D’emblée, on peut y lire que «de plus en plus d’auteurs sont d’avis que la propagation par des aérosols infectieux est plausible et qu’elle devrait être prise en considération […], notamment lors de l’établissement des mesures préventives». 

L’Institut souligne également qu’il est «largement reconnu qu’une ventilation adéquate des milieux intérieurs constitue une mesure de gestion efficace des contaminants de l’air intérieur», la ventilation pouvant être effectuée à l’aide de systèmes mécaniques centralisés ou encore par l’ouverture de fenêtres.

L’organisme mentionne que de nombreuses études ont démontré que l’augmentation de la ventilation peut réduire l’incidence de maladies respiratoires. Des chercheurs ont d’ailleurs fait état du rôle des systèmes de ventilation dans la lutte contre la transmission des infections respiratoires comme le SRAS en 2003 et le H1N1 en 2009, illustre l’organisme. 

Des débits d’air frais pourraient en effet «contribuer à l’extraction et à la dilution des bioaérosols infectieux», rapporte l’INSPQ.

À propos des appareils de purification de l’air (dont ceux comprenant des filtres à particules), l’INSPQ écrit qu’un dispositif d’épuration muni d’un filtre HEPA «pourrait contribuer à réduire la concentration de particules virales dans l’air intérieur», bien qu’il ne puisse pas empêcher la transmission du SARS-CoV-2 par les gouttelettes, lesquelles se déposent rapidement sur les surfaces, et encore moins la transmission par les contacts entre personnes.

Selon plusieurs auteurs, «les dispositifs de filtration mobiles (unités portables) ou intégrés à des systèmes centralisés, correctement sélectionnés, déployés et entretenus, peuvent s’avérer efficaces pour réduire les concentrations d’aérosols infectieux de l’air intérieur», rapporte l’Institut.

Toujours en se référant à différentes études, l’INSPQ écrit que l’usage de filtres à haute efficacité (MERV 13 et +) et à très haute efficacité (de type HEPA) «pourrait constituer une option d’intérêt dans certaines circonstances, par exemple lorsque les débits d’air frais requis ne peuvent pas être atteints ou maintenus».

«En somme, la filtration pourrait être considérée comme une mesure de protection complémentaire utile, entre autres lorsqu’il n’est pas possible d’atteindre les taux d’échange d’air requis», résume l’Institut.

L'équipe de la conseillère scientifique en chef du Canada, la Dre Mona Nemer, tire la même conclusion dans un rapport publié en septembre intitulé «Le rôle des bioaérosols et de la ventilation intérieure dans la transmission de la COVID-19». 

«La ventilation, en plus de la filtration de l'air, pourraient être des mesures importantes pour atténuer la transmission intérieure du SRAS-CoV-2», écrit le groupe d'experts.


« En somme, la filtration pourrait être considérée comme une mesure de protection complémentaire utile, entre autres lorsqu’il n’est pas possible d’atteindre les taux d’échange d’air requis »
L'Institut national de santé publique du Québec

État des lieux sur la ventilation dans les écoles

On apprenait par ailleurs cette semaine que le ministère de l’Éducation ne détenait pas de données sur l’état des systèmes de ventilation des écoles de la province.

Questionné à ce sujet au Salon bleu, mercredi, le ministre Jean-François Roberge a assuré que les analyses étaient en cours et a promis un état des lieux complet pour la fin novembre. La demande aurait été faite aux écoles à la fin du mois de juin, et quelques rappels auraient eu lieu, a précisé le ministre de l’Éducation.

En principe, les centres de services scolaires doivent transmettre au ministère, au plus tard le 30 juin de chaque année, «un fichier faisant état de l’avancement des travaux relatifs à la mise en place et au suivi d’une approche systématique de gestion de la qualité de l’air intérieur». 

Cette directive se retrouve dans le document de référence du ministère de l’Éducation portant sur la qualité de l’air dans les établissements scolaires, qui a été mis à jour le mois dernier. Parmi les nombreuses sources de contaminants de l’air intérieur énumérées en annexe figurent «les occupants ayant des maladies transmissibles».

Le ministère de l’Éducation souligne dans ce document de référence qu’un grand nombre d’écoles au Québec ne sont pas ventilées mécaniquement, et que pour améliorer la qualité de l’air intérieur, «il est important d’admettre de l’air frais dans le bâtiment, ce qui favorise le renouvellement de l’air et diminue la concentration des contaminants». 

Un nombre adéquat de changements d’air par heure est essentiel pour maintenir une bonne qualité de l’air intérieur, mentionne-t-on.

362 éclosions, 4049 cas

En date de mardi, on comptait au Québec pas moins de 180 éclosions actives de COVID-19 au préscolaire et au primaire, pour un total de 1622 cas, et 182 au secondaire et au professionnel, pour un total de 2427 contaminations, selon les données transmises au Soleil par le ministère de la Santé.

Jeudi, le premier ministre François Legault a indiqué en point de presse que 1174 classes étaient actuellement fermées, dont 324 ont été fermées au cours des deux derniers jours seulement.

Les établissements scolaires sont, avec les entreprises, les principaux milieux d'éclosion actuellement au Québec.