Ado dépressif et suicidaire, sa mère réclame la reprise des thérapies

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
Alors que l’école a repris lundi dans plusieurs régions du Québec, avec un maximum de 15 élèves par classe, Jacob*, lui, ne pourra pas reprendre sa thérapie intensive pour adolescents aux prises avec des troubles de santé mentale, même si son groupe ne compte que huit jeunes. Pour la mère de cet adolescent dépressif qui a été hospitalisé à deux reprises en pédopsychiatrie, «c’est un non sens».

Après ses deux hospitalisations pour dépression et idées suicidaires, Jacob avait commencé une thérapie de huit semaines à l’hôpital de jour du Centre d’hébergement du Sacré-Coeur, à Québec, au début de mois de février. Mais avec la pandémie, la thérapie a dû être suspendue le 14 mars. 

L’équipe soignante est demeurée en contact hebdomadaire avec Jacob, mais pour sa mère, Josianne*, «un suivi hebdomadaire téléphonique ne remplacera jamais quatre journées complètes en thérapie». Jacob, précise-t-elle, était en thérapie de 8h15 à 15h15 les lundis, mardis, jeudis et vendredis, et retournait à l’école le mercredi pour appliquer les acquis. 

Déjà, accepter de suivre cette thérapie était un grand pas pour Jacob, souligne sa mère. 

«Non seulement faut-il que l’adolescent reconnaisse qu’il a des problèmes en santé mentale, mais il doit également se retirer de son milieu de vie (l’école), avoir le soutien de la direction pour l’obtention d’un horaire adapté à sa condition et vivre avec le jugement des autres, sachant que cette thérapie lui apportera les outils nécessaires pour mieux vivre avec sa condition. Tout un contrat pour un adolescent!» expose Josianne dans une lettre qu’elle a fait parvenir à sa députée, Geneviève Guilbeault, à la ministre de la Santé, Danielle McCann et au CIUSSS de la Capitale-Nationale.

Quand le gouvernement Legault a annoncé la réouverture des écoles, Josianne était pleine d’espoir. Si la reprise de l’école était possible avec un maximum de 15 élèves par classe, Jacob allait enfin pouvoir reprendre la thérapie qui lui faisait tant de bien, pensait-elle. «Ce sont seulement des groupes de huit! Et ils ont leur entrée à eux dans l’établissement» du quartier Saint-Sauveur, explique Josianne en entrevue.

Mais Jacob ne reprendra pas sa thérapie, du moins pas pour le moment. 

«Dans le contexte actuel, les activités habituelles des hôpitaux de jour du Centre de pédopsychiatrie de Québec sont suspendues. Une approche individualisée à la situation de l’enfant et de sa famille est proposée par le pédopsychiatre et l’équipe de professionnels afin de compléter le processus thérapeutique, pour ceux qui fréquentaient un programme de l’hôpital de jour. Les modalités d’intervention suivent l’évolution de la situation de pandémie et les directives du MSSS, notamment en ce qui concerne la distanciation sociale et les modalités de téléconsultation à favoriser, sont appliquées», a précisé au Soleil un porte-parole du CIUSSS, Mathieu Boivin.

M. Boivin précise que selon leur situation, les jeunes et les familles «peuvent bénéficier également d’interventions en présentiel» et que «dans tous les cas, les mesures de prévention et de contrôle des infections doivent être respectées par le personnel et les familles». 

«Nous suivons l’évolution de la situation de pandémie et ajustons en continu notre offre de services pour les jeunes», ajoute-t-il.

Au-delà du bien-être de son fils et des sept autres jeunes «qui attendent avec impatience» de poursuivre leur thérapie, Josianne s’en fait pour les dizaines de familles qui attendent que des places se libèrent afin d’aider leur propre adolescent aux prises avec des problèmes de santé mentale. 

«Ces jeunes sont les adultes de demain. Investir en santé mentale à l’adolescence, c’est investir auprès de jeunes qui pourront être des adultes ayant moins recours aux services en psychiatrie, et être des adultes proactifs dans leur milieu», plaide la mère de Jacob, qui souhaite que les autorités assouplissent rapidement les règles pour les hôpitaux de jour en pédopsychiatrie. 

*Prénoms fictifs