Sarah Bédard, copropriétaire de la Ferme Bédard Blouin dans l’arrondissement Beauport, trouve «très déloyal» le fait que les grandes surfaces peuvent vendre des plantes aux consommateurs, alors que les jardineries et les producteurs ne peuvent pas.
Sarah Bédard, copropriétaire de la Ferme Bédard Blouin dans l’arrondissement Beauport, trouve «très déloyal» le fait que les grandes surfaces peuvent vendre des plantes aux consommateurs, alors que les jardineries et les producteurs ne peuvent pas.

Achat local: «injuste et illogique», disent les jardineries

Paul-Robert Raymond
Paul-Robert Raymond
Le Soleil
En ces temps de confinement, le premier ministre François Legault incite les Québécois à privilégier les achats locaux. En même temps, les producteurs en pépinières qui exploitent aussi une jardinerie jugent qu’il est injuste d’interdire l’ouverture de leur commerce pour vendre leurs végétaux directement aux consommateurs, alors que les grandes surfaces continuent à en vendre.

Ces dernières — les Walmart, Canadian Tire, RONA, Canac, etc. — sont considérées comme des services essentiels car elles vendent de la nourriture ou des matériaux de construction. Les jardineries ne font pas partie de cette catégorie, malgré le fait que la production en pépinière est considérée comme un service essentiel.

Les producteurs sont frustrés par la situation et ne voient pas comment ils pourront écouler leur production. «C’est injuste et illogique», clame Sarah Bédard, copropriétaire de la Ferme Bédard Blouin dans l’arrondissement Beauport. «Comment se fait-il que les grandes surfaces peuvent vendre des plantes alors que nous, on ne peut pas? C’est très déloyal… Surtout qu’il s’agit de produits périssables. Ce n’est pas le temps en juillet de vendre des annuelles ou des plantes potagères!»

«Le premier ministre parle d’achat local, de produits québécois, de se nourrir avec nos produits de proximité. Ceci serait une priorité? Je cherche la logique dans ses directives et je n’en trouve pas. Nous avons un temps dans l’année pour faire notre année. Présentement, nous n’avons même pas ce temps-là», a écrit Christian St-Pierre, copropriétaire de Horto Verdi, aux députés Samuel Poulin (Beauce-Sud) et Stéphanie Lachance (Bellechasse). M. St-Pierre a une jardinerie dans chacune de ces deux circonscriptions.

«Les gens sont surpris d’apprendre que jardineries ne font pas partie des services essentiels», ajoute M. St-Pierre, aussi joint par Le Soleil.

Vente en ligne

Pour le moment, la seule avenue pour les jardineries est la vente en ligne de leur production. «Mais les trois quarts des jardineries ne sont même pas pourvus d’un site pour le commerce en ligne. C’est un processus qui se fait tranquillement. Ça prend beaucoup de temps et d’énergie, surtout pour y entrer l’inventaire. On n’ouvre pas une boutique en ligne en un mois!» explique Mme Bédard. «D’autant plus que les plantes, ce n’est pas quelque chose qu’on peut envoyer par Postes Canada.»

Les producteurs demandent que les jardineries puissent être ouvertes le plus tôt possible. «Si au moins, on pouvait faire le service à l’auto sans contact dans nos installations avec un effectif réduit», réclame Mme Bédard. Opinion partagée par M. St-Pierre.

Il ajoute que la facture pour le client sera plus élevée s’il faut facturer des frais de livraison, en plus d’exposer le livreur au risque de contracter la COVID-19.


« Comment se fait-il que les grandes surfaces peuvent vendre des plantes alors que nous, on ne peut pas? C’est très déloyal… Surtout qu’il s’agit de produits périssables. Ce n’est pas le temps en juillet de vendre des annuelles ou des plantes potagères! »
Sarah Bédard, copropriétaire de la Ferme Bédard Blouin dans l’arrondissement Beauport

Le producteur horticole situé en Beauce et dans Bellechasse a senti une certaine ouverture de la part des deux députés. «Mais ça demeure des réponses de députés. Il y a aussi le ministre Fitzgibbon qui a dit à Mario Dumont [à TVA] qu’il prévoyait un scénario pour peut-être permettre une ouverture plus tôt de certains commerces.»

Québec Vert — qui était jusqu’à tout récemment la Fédération interdisciplinaire de l’horticulture ornementale du Québec — assure qu’elle «est en conversation continue avec les gouvernements afin de faire valoir les besoins spécifiques du secteur et d’obtenir l’aide nécessaire aux entreprises dans ce contexte», peut-on lire dans son site Web. «Nous demandons la reprise prioritaire des activités des jardineries et des services en horticulture ornementale. Nous demandons au gouvernement d’élargir les canaux de distribution des producteurs et des jardineries», est-il écrit dans le communiqué publié mardi.

«Surtout que le jardinage est une activité agréable à faire et ça donne une possibilité de faire une activité à l’extérieur avec les enfants», affirme M. St-Pierre, aussi membre du C.A. de l’Union des producteurs agricoles.

«S’il y a bien une chose qui ferait du bien aux Québécois en ce moment, c’est de se mettre les mains dans la terre. Et ce serait une excellente façon aussi de les garder à la maison lorsque le beau temps [arrivera]», conclut Mme Bédard.,