Marie-Laurence Bolduc a été embauchée comme aide-service pour l’entretien et le ménage au CHSLD de la Colline de Chicoutimi-Nord.
Marie-Laurence Bolduc a été embauchée comme aide-service pour l’entretien et le ménage au CHSLD de la Colline de Chicoutimi-Nord.

« Je vais retourner travailler au CHSLD de La Colline »

Marie-Laurence Bolduc a travaillé une semaine et demie au CHSLD de la Colline avant d’attraper la COVID-19. Et malgré tout, la jeune femme de 18 ans a l’intention d’y retourner aussitôt qu’elle le pourra.

Avant que la pandémie ne frappe durement le Québec, Marie-Laurence avait postulé pour un emploi étudiant au CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean pour la période estivale. Elle a cependant été appelée plus tôt que prévu en raison de la crise, et comme les cours étaient suspendus au cégep, elle a donné ses disponibilités et « ça me faisait plaisir de le faire », a-t-elle dit lors d’une entrevue téléphonique avec Le Progrès, alors qu’elle était confinée dans sa chambre.

On lui a donc demandé d’aller comme aide-service pour l’entretien et le ménage au CHSLD de la Colline de Chicoutimi-Nord, le point le plus chaud au Saguenay-Lac-Saint-Jean avec quelque 100 cas. Et même si elle était en contact avec des produits désinfectants toute la journée – elle devait nettoyer les poignées de porte et les pompes à désinfectant –, elle a contracté le virus en 10 jours. Marie-Laurence a aussi toujours eu l’équipement de sécurité nécessaire à sa protection et n’a jamais été en contact avec les bénéficiaires du CHSLD.

« Quand j’ai commencé à avoir des symptômes, j’étais au travail et je suis devenue extrêmement fatiguée. J’étais assise pour ma pause et j’avais de la misère à me lever. J’ai fini à 20 h et je me suis mise à pleurer en arrivant à la maison. Je faisais de la fièvre, j’avais des maux de tête et des douleurs musculaires. J’ai très mal dormi. J’ai appelé au numéro pour les employés, j’ai été retirée du travail et on m’a donné un rendez-vous pour le lendemain. Le soir même, j’avais mon résultat », explique-t-elle, précisant qu’après quelques jours, elle a plus l’impression d’avoir un rhume.

« J’ai vraiment aimé ça »

Marie-Laurence avait déjà en tête de devenir infirmière et son expérience ne l’a pas du tout découragée, au contraire. « J’ai vraiment aimé ça », dit-elle d’emblée quand on lui pose la question.

Quand elle a commencé, le 29 mars, ce n’était pas encore critique, mais la situation évoluait rapidement. Elle dit que les employées étaient toujours de bonne humeur, et juste avant son départ, les renforts commençaient à arriver de l’hôpital.

« Les infirmières et les préposées étaient sûrement épuisées, mais ça ne paraissait pas dans leur travail. Elles se donnent vraiment », assure-t-elle, ajoutant que la situation est loin d’être la même que dans d’autres résidences du Québec qui font la manchette depuis quelques semaines.

Et le plus difficile ?

« Les gens sont dans leur chambre et nous demandent de sortir. Il y en a même qui nous supplient. Certains comprennent ce qui se passe, mais il y en a beaucoup qui ne comprennent pas. C’est plate, mais c’est pour leur sécurité. »

Confinée

Marie-Laurence passe donc tout son temps dans sa chambre. Elle fait ses devoirs – elle étudie en sciences humaines au Cégep de Chicoutimi et compte aller en sciences infirmières à l’UQAC –, écoute des séries, dessine et parle avec ses amis. Au moment de l’entrevue, après cinq jours, elle tenait le coup, mais elle pouvait déjà prévoir qu’après une dizaine de jours, elle aurait hâte de retrouver une vie plus normale.

Autre tâche ? Faire du ménage et désinfecter, car elle doit bien sortir un peu pour aller à la salle de bain, et pour protéger sa famille, elle doit tout désinfecter sur son passage. Jusqu’à maintenant, ses parents, son frère et sa soeur ont été épargnés, mais chaque jour, elle reçoit un appel de la Santé publique pour voir comment elle va et comment ça se passe à la maison. « Dès que j’ai commencé au CHSLD de la Colline, ma mère a commencé à faire attention. Elle désinfectait tout et on essayait toujours de se tenir à deux mètres dans la maison quand c’était possible », dit-elle.

Une fois guérie, que fera-t-elle ?

« J’ai l’intention de retourner travailler au CHSLD. »

Et ce sera possible, confirme Amélie Gourde, agente d’information au CIUSSS. Les employés qui ont attrapé le virus « peuvent revenir au travail au minimum 48 heures après la disparition de tout symptôme à la suite d’une évaluation clinique », a-t-elle écrit lors d’un échange de courriels.