Au début de la pandémie, la Capitale-Nationale recensait entre 30 et 50 nouveaux cas confirmés de COVID-19 par jour. Actuellement, la région en dénombre en moyenne une vingtaine par jour.
Au début de la pandémie, la Capitale-Nationale recensait entre 30 et 50 nouveaux cas confirmés de COVID-19 par jour. Actuellement, la région en dénombre en moyenne une vingtaine par jour.

COVID-19: pas de dépistage pour tout le monde, même en présence de symptômes

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
Plus de deux semaines après la réouverture de plusieurs commerces, et malgré la hausse attendue de la transmission communautaire de la COVID-19 avec le retour en classe des élèves du primaire, tout le monde n’a pas accès aux tests de dépistage dans la Capitale-Nationale, même en présence de symptômes.

«Les personnes présentant des symptômes d’allure grippale pouvant s’apparenter à ceux de la COVID-19 doivent contacter le 418 644-4545. Cela permettra de déceler rapidement la présence du virus, avant que les symptômes s’aggravent, et ainsi prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la santé et la sécurité de tous», répétait jusqu’à mardi dans ses communiqués quotidiens le directeur de santé publique de la Capitale-Nationale, le Dr François Desbiens.

Cette affirmation a fait sourciller une résidente de Saint-Ferréol-les-Neiges, qui a tenté en vain d’obtenir un rendez-vous de dépistage au cours des derniers jours, alors qu’elle était aux prises avec d’importants maux de tête, de la fatigue et des douleurs musculaires. 

«Aujourd’hui [mardi], c’est la première journée depuis mercredi dernier où je commence à me sentir mieux. J’ai déjà eu la grippe, et les symptômes que j’ai eus ressemblaient vraiment à ça», témoigne la dame qui a préféré ne pas être identifiée, précisant qu’elle avait passé un mauvais quart d’heure et été souvent alitée durant la dernière semaine.

La retraitée encore très active a tenté jeudi dernier d’obtenir un rendez-vous de dépistage pour la COVID-19 en téléphonant au numéro général de Services Québec, qui l’ont redirigée vers une ressource du CIUSSS de la Capitale-Nationale. Comme il s’était alors écoulé moins de 48 heures depuis l’apparition de symptômes, l’infirmière lui aurait dit de rappeler le lendemain, ce qu’elle a fait. 

«Là, on m’a dit que je n’étais pas admissible parce que je ne travaille pas à l’extérieur», tout comme son conjoint, qui fait du télétravail, raconte celle qui dit avoir toujours fait attention en faisant ses courses. «Comme on fait des travaux de rénovation à la maison, on va dans les quincailleries et les magasins de couvre-planchers, par exemple», explique la dame, qui se demande si elle ne pourrait pas avoir été infectée dans un de ces commerces.

Inquiète, notamment pour son conjoint diabétique, la retraitée a pris un rendez-vous téléphonique avec une médecin de sa clinique. Devant les symptômes décrits, cette médecin lui aurait obtenu un rendez-vous dans une clinique désignée de dépistage. 

«Je me suis présentée là, la médecin m’a fait un examen physique, mais elle m’a dit qu’elle ne pouvait pas m’envoyer faire un test de dépistage, que c’était une consigne de la santé publique. […] Elle m’a même dit qu’elle avait vue une patiente symptomatique dont l’enfant est atteint de fibrose kystique, et qu’elle n’avait pas pu lui avoir un test de dépistage!» rapporte celle qui se serait simplement fait recommander de s’isoler avec son conjoint, avec qui elle fait chambre et salle de bains à part depuis le début de ses symptômes. 

«Est-ce que j’ai la COVID-19? Est-ce qu’on est confiné pour rien? On aimerait ça avoir une réponse! Là, la santé publique n’a pas le vrai portrait [de la transmission communautaire]. Si elle teste juste dans les CHSLD, elle ne peut pas savoir comment le virus court dans la population. C’est illogique!» dénonce-t-elle. 

Dans son communiqué quotidien, mardi, le directeur de santé publique de la Capitale-Nationale avait modifié sa déclaration relative au dépistage des personnes symptomatiques. «Les personnes présentant des symptômes d’allure grippale pouvant s’apparenter à ceux de la COVID-19 doivent contacter le 418-644-4545 pour obtenir un rendez-vous de dépistage si requis selon les critères en place», peut-on désormais lire. 

Au CIUSSS de la Capitale-Nationale, on nous dit appliquer les critères de dépistage établis par le ministère de la Santé. Selon ces directives, «les personnes symptomatiques de toutes les communautés (incluant les milieux en réouverture : écoles, milieux de garde, manufactures, mines, construction, etc.)» arrivent au quatrième rang des priorités de dépistage, après les patients des hôpitaux, le personnel de la santé et les usagers des milieux d’hébergement pour aînés ou des refuges pour personnes en situation d’itinérance. 

Priorité aux travailleurs

En entrevue au Soleil, mardi, le Dr François Desbiens a expliqué que la quantité de tests étant limitée, la priorité de dépistage dans la communauté est accordée aux milieux qui sont déconfinés depuis trois semaines (garages, chantiers domiciliaires et centres jardins) et à ceux qui ont rouvert leurs portes les 4 et 11 mai (plusieurs commerces, écoles primaires et services de garde) «pour être certain de suivre l’arrivée ou l’importance de la transmission du virus dans cette population-là». 

«Les personnes qui sont à domicile parce qu’elles sont retraitées ou qui travaillent dans un secteur qui n’est pas encore déconfiné ne font pas partie de la liste […]. Ces personnes-là peuvent être vues dans des centres d’évaluation, et si elles correspondent aux critères diagnostiques d’une COVID, on va leur donner l’étiquette de diagnostic clinique de COVID, mais on ne les prélèvera pas parce qu’on veut être certain de conserver les tests pour tous les autres groupes importants. Ces gens-là, comme c’est une forme légère, vont faire la COVID chez eux», rester en isolement 14 jours après le début de leurs symptômes et suivre les recommandations du médecin ou d’Info-Santé, indique le directeur de la santé publique de la Capitale-Nationale.

«Ces cas-là, on [la santé publique] ne les suit pas activement, mais ils ont de l’information entre les mains pour être capable de suivre l’évolution de leurs symptômes, et ils nous contactent si jamais leurs symptômes empirent», précise-t-il.

«Mais il est vrai que dans deux ou trois semaines, tout dépendant comment ça ira dans les secteurs déconfinés, l’objectif est de tester beaucoup», ajoute le DDesbiens. 

À DÉCOUVRIR : La carte détaillée de la Covid-19 préparée par Benoît Lalonde, responsable de travaux pratiques et de recherche au Département de géographie, et Stéfano Biondo, cartothécaire au Centre GéoStat de la Bibliothèque, Université Laval

Selon lui, la santé publique de la Capitale-Nationale a «une bonne capacité de dépistage». «On a environ 1400 tests par jour de disponibles. Habituellement, on en fait autour de 600 sur une base régulière, mais il va y avoir une augmentation importante du nombre de tests, notamment avec l’orientation du ministère de tester tous les travailleurs de la santé des CHSLD publics, privés conventionnés et privés. Pour nous, ça représente environ 3000 personnes. Ça a commencé lundi et ça va s’échelonner sur les deux prochaines semaines.» 

Le Dr François Desbiens rappelle que les travailleurs de la santé peuvent transmettre le virus même s’ils sont asymptomatiques et portent des équipements de protection. «On se rend compte qu’ils ont pu être contributifs à l’introduction et à la continuation de la transmission dans les milieux d’hébergement. On veut donc tester tout le monde pour identifier ces porteurs asymptomatiques», explique-t-il.

Au début de la pandémie, la Capitale-Nationale recensait entre 30 et 50 nouveaux cas confirmés de COVID-19 par jour. Actuellement, la région en dénombre en moyenne une vingtaine par jour (27 le 18 mai), dont 60 % dans les milieux d’hébergement pour aînés, le reste étant «des cas isolés à gauche et à droite» dans la communauté, calcule le DDesbiens. 

«Je ne serais pas surpris de voir davantage de cas dans la communauté au cours des prochaines semaines. On veut les identifier rapidement pour limiter la propagation», réitère le médecin, qui souhaite ne pas voir dépassée la moyenne d’une vingtaine de cas par jour «au cours des 18 prochains mois». 

«Si ça augmente à 25, 30, 35 ou 40 nouveaux cas par jour en moyenne, et que je vois le nombre de personnes hospitalisées aux soins intensifs augmenter, là, je vais m’inquiéter. Mais si ce sont des adultes qui sont touchés et qui font des COVID légères sans complications, et qu’on réussit à prévenir les cas chez nos personnes âgées ou celles avec des maladies chroniques, on va avoir réussi notre défi», dit le DDesbiens. 

13 nouveaux cas et un décès 

Le dernier bilan dans la Capitale-Nationale fait état de 13 nouveaux cas confirmés de COVID-19 et d’un nouveau décès survenu au CHSLD Pault-Triquet, portant à 1266 le nombre de cas et à 89 le nombre décès recensés jusqu’à maintenant. 

Parmi les derniers cas recensés, 11 l’ont été à l’Hôpital général de Québec (six chez les usagers et cinq chez les employés). On compte également un nouveau cas chez les employés de la résidence privée pour aînés (RPA) Manoir et Cours de l’Atrium et un autre à la RPA Havre Trait-Carré. Au total, 12 ressources d’hébergement pour aînés sont aux prises avec des éclosions de COVID-19. 

La Capitale-Nationale dénombre actuellement 34 hospitalisations, dont six aux soins intensifs. Quelque 628 personnes sont par ailleurs considérées guéries. 

Chaudière-Appalaches

Dans Chaudière-Appalaches, la capacité quotidienne de dépistage s’élève actuellement à 500 tests, mais pourrait passer à 700, nous dit la porte-parole du CISSS, Mireille Gaudreault, qui n’était pas en mesure de nous dire mardi combien de tests sont faits chaque jour en moyenne. 

Depuis le 16 mai, entre cinq et 12 nouveaux cas par jour ont été recensés dans la région de Chaudière-Appalaches, et tous les cas sont dans la communauté, confirme Mme Gaudreault, dont l’établissement applique lui aussi les critères de dépistage du ministère de la Santé.  

Au cours des dernières 24 heures, ce sont 11 nouveaux cas communautaires qui ont été recensés dans cette région, dont le bilan total fait état de 481 cas confirmés, de 391 personnes rétablies et de huit décès depuis le début de la pandémie. Six personnes sont actuellement hospitalisées, dont deux aux soins intensifs. 

Le Manoir Liverpool ne compte aucun nouveau cas confirmé, mais trois résidents sont encore infectés par le virus.