«J’en appelle aux gestionnaires du réseau de permettre aux gens qui le peuvent de faire du télétravail, a dit le ministre Lionel Carmant dans une déclaration officielle envoyée au <em>Soleil</em>.
«J’en appelle aux gestionnaires du réseau de permettre aux gens qui le peuvent de faire du télétravail, a dit le ministre Lionel Carmant dans une déclaration officielle envoyée au <em>Soleil</em>.

COVID-19: «Les travailleurs sociaux n’ont pas tous besoin d’être sur le terrain», dit le ministre Carmant

Marc Allard
Marc Allard
Le Soleil
Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, appelle les gestionnaires du réseau à autoriser les travailleurs sociaux qui le peuvent à faire du télétravail et précisera sous peu les services qui requièrent des déplacements.

Le Soleil rapportait jeudi matin que l’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec a déploré mercredi soir au ministre Carmant l’intransigeance de certains gestionnaires qui privilégient «la ligne dure». L’Ordre dénonçait notamment le fait que le télétravail soit «majoritairement refusé».

«J’en appelle aux gestionnaires du réseau de permettre aux gens qui le peuvent de faire du télétravail, a dit le ministre Carmant dans une déclaration officielle envoyée au Soleil. Les travailleurs sociaux n’ont pas tous besoin d’être sur le “terrain” pour faire leur suivi auprès de leur clientèle. Le gros bon sens doit s’appliquer.»

Lionel Carmant précise que le ministère de la Santé et aux Services prépare un document qui précisera quels services requièrent des déplacements et lesquels peuvent se faire en télétravail. Le document «sera révisé régulièrement selon l’évolution de la situation», indique le ministre. 

L’Ordre des travailleurs sociaux déplorait aussi des lacunes dans les mesures sanitaires et la protection personnelle, des visites à domicile et des rencontres d’équipe maintenues «sans tenir compte de la distanciation sociale». Le ministre Carmant a tenu à rappeler que les règles gouvernementales qui émanent de la Direction nationale de la santé publique doivent être suivies. Il rappelle aussi que lors des réunions les  travailleurs doivent garder une distanciation physique de 2 mètres.

«La santé et la sécurité des travailleurs comme des clientèles sont des priorités incontournables et je ne ferai aucun compromis», dit le ministre Carmant. 

Dans un courriel obtenu par Le Soleil et envoyé mercredi soir aux membres de l’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec, la présidente, Guylaine Ouimette, indique qu’elle a eu un entretien téléphonique mercredi soir avec le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant. Elle écrit lui avoir fait part de «problèmes récurrents» vécus par les travailleurs sociaux en cette période de crise.

«Il faut absolument que les organisations leur offrent des mesures sécuritaires pour pouvoir travailler», a résumé Mme Ouimette en entrevue au Soleil. 

L’Ordre a notamment dénoncé certains gestionnaires qui «semblent privilégier la ligne dure, la productivité à tout prix, les statistiques, la diminution des listes d’attente… peu importe le contexte de crise. Le business as usual serait le mot d’ordre dans plusieurs secteurs d’activités», écrit Guylaine Ouimette dans son courriel.

La présidente de l’Ordre affirme qu’elle a reçu des centaines de courriels de ses membres et note qu’il «y a beaucoup d’inquiétudes et d’insécurité» chez les travailleurs sociaux dans plusieurs services du réseau de la santé, pratiquement dans toutes les régions du Québec.

Elle souligne avoir rappelé au ministre Carmant que les travailleurs sociaux font officiellement partie des employés qui offrent des services de soins de santé et de services sociaux prioritaires reconnus par le gouvernement — les « anges gardiens » dont a parlé le premier ministre François Legault.

«Pourtant, vous vous sentez négligés, voire oubliés, écrit Guylaine Ouimette à ses membres. Il faut, de leur part, un signal clair, des actions et des décisions qui vous protègent aussi et, je dirais même, en premier lieu».

Dans le réseau de la santé et des services sociaux, les travailleurs sociaux sont présents en cette période de crise notamment dans les hôpitaux, les CLSC, les CHSLD, à la DPJ et les centres de réadaptation en dépendance.

Mme Ouimette a proposé une série de solutions à court terme au ministre Carmant. Elle suggère entre autres d’augmenter le nettoyage et la désinfection des espaces de travail et d’augmenter la protection personnelle avec des gants, des masques, et du Purell. Elle demande aussi de limiter à deux le nombre de personnes par bureau et d’éviter les visites à domicile «sauf si absolue nécessité et, lorsque c’est le cas, offrir le matériel de protection».

La présidente de l’Ordre souhaite aussi que les gestionnaires autorisent et organisent le télétravail par Facetime, Skype, etc. ou d’autres moyens et évitent aux travailleurs sociaux les visites à domicile «sauf si absolue nécessité et, lorsque c’est le cas, offrir le matériel de protection».

Plus globalement, Mme Ouimette demande au ministère de cibler la liste des services prioritaires «afin de répondre aux besoins les plus urgents de la population». 

La présidente de l’Ordre affirme qu’elle obtient pour le moment une «excellente collaboration» du cabinet du ministre Carmant et de la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann. 

Le ministre Carmant affirme de son côté qu’il a eu «un entretien téléphonique très productif» avec la président de l’Ordre. «Mme Ouimette m’a fait part de plusieurs récriminations de ces membres. J’en ai pris bonne note et je m’applique à résoudre ceux-ci», a-t-il dit.