S’il avait été relativement épargné par le nouveau coronavirus lors de la première vague au printemps, l’Hôtel-Dieu de Lévis est désormais aux prises avec plusieurs unités en éclosion depuis le début octobre.
S’il avait été relativement épargné par le nouveau coronavirus lors de la première vague au printemps, l’Hôtel-Dieu de Lévis est désormais aux prises avec plusieurs unités en éclosion depuis le début octobre.

COVID-19: l’équipement des infirmières «insuffisant» à l’Hôtel-Dieu de Lévis

Émilie Pelletier
Émilie Pelletier
Le Soleil
Le nombre d’employés infectés par la COVID-19 ne cesse d’augmenter à l’Hôtel-Dieu de Lévis. Face à d’importantes éclosions, le syndicat des professionnelles en soins de Chaudière-Appalaches s’indigne de l’interdiction du personnel infirmier à porter de l’équipement «adéquat» dans les zones chaudes de l’hôpital. «Ce n’est pas compliqué, on avait plus d’équipement dans la première vague, quand on n’avait presque pas de COVID».  

S’il avait été relativement épargné par le nouveau coronavirus lors de la première vague au printemps, l’Hôtel-Dieu de Lévis est désormais aux prises avec plusieurs unités en éclosion depuis le début octobre. Dimanche, le CISSS de Chaudière-Appalaches en rapportait au moins trois affectées par des cas actifs.  

Ces éclosions, notamment en chirurgie, en médecine et en cardio-hématologie, ont infecté 47 usagers toujours porteurs de la maladie, un nombre en baisse depuis vendredi. Or, chez les travailleurs, la contamination progresse. Vendredi, on comptait 41 employés touchés. Deux jours plus tard, ils étaient 58, tous quarts de métier confondus. Parmi eux, «plein» d’infirmières, dénonce le syndicat des professionnelles en soins de Chaudière-Appalaches (SPSCA-FIQ). Plusieurs, explique la vice-présidente du secteur nord, Carole Mercier, l’ont attrapé dans des zones «chaudes» destinées aux patients contaminés par la COVID-19.  

«Des infirmières s’ajoutent toutes les semaines, s’inquiète-t-elle. L’employeur nous dit que si elles se contaminent, c’est qu’elles ne portent pas bien l’équipement. Au contraire, elles sont dans l’unité COVID, elles font ultra attention, mais obtiennent quand même des résultats positifs. À un moment donné, il y a forcément quelque chose qui ne fonctionne pas avec l’équipement qu’on a.»  

Le N95, «pas autorisé» 

Selon les experts, les masques N95 sont conçus pour assurer un taux d'efficacité de filtration d'au moins 95 % des aérosols.

Bien que la situation s’avère «beaucoup plus urgente qu’à la première vague», le personnel infirmier n’est pas autorisé, même sur les étages qui comptent des patients infectés, à porter un masque de protection N95. Les infirmières soignent donc des gens atteints de la COVID avec le masque bleu de protection et des lunettes de protection ou une visière. 

Une réalité que ne s’explique pas le SPSCA.  

«Pourtant, on y avait accès aux N95 au début de la pandémie. Il y avait même des masques P100 à l’urgence, maintenant on n’a plus rien de ça. On a demandé à ravoir des N95, mais on ne les a pas eus, ils sont gardés par des gestionnaires, alors que c’est maintenant qu’on est touché le plus», raconte Carole Mercier du syndicat.

Avec aérosols

Les employés seront autorisés à porter un masque N95 seulement dans des cas particuliers en «zone chaude» — où l’intervention médicale peut générer des aérosols —, ajoute le syndicat. «Il n’y a donc pas beaucoup de situations où ils ont le droit de l’utiliser, même s’il y a de plus en plus de cas à l’hôpital.» 

Des infirmières auraient d’ailleurs fait part de leurs inquiétudes auprès du syndicat au cours des dernières semaines. Si un patient tousse pendant qu’elles sont penchées pour lui offrir des soins, les aérosols entrent par le côté du masque et des lunettes qui ne sont pas ajustés, rapporte la vice-présidente nord du SPSCA.  

«On va continuer de le plaider, parce que la transmission aérienne du virus est prouvée et les masques [bleus] ne sont pas étanches.» 

Pourtant, à l’Hôtel-Dieu de Lévis, l’employeur se fait clair. Il soutient que pour traiter des gens asymptomatiques, le masque chirurgical bleu est adéquat. «On travaille avec les recommandations de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ)», rétorque Marco Bélanger, directeur général adjoint du Programme de santé physique générale et spécialisée au CISSS de Chaudière-Appalaches.


« On y avait accès aux N95 au début de la pandémie. Il y avait même des masques P100 à l’urgence, maintenant on n’a plus rien de ça. On a demandé à ravoir des N95, mais on ne les a pas eus, ils sont gardés par des gestionnaires, alors que c’est maintenant qu’on est touché le plus »
Carole Mercier, vice-présidente nord du syndicat des professionnelles en soins de Chaudière-Appalaches

Sur son site Web, l’INSPQ écrit ceci: 

«Dans sa revue récente sur l’utilisation des masques dans le contexte de la COVID-19, l’OMS (2020) réitère sa position sur l’utilisation des masques N95 et ne les recommande que dans les circonstances où les usagers atteints subissent une IMGA (intervention médicale générant des aérosols»). 

«Ces équipements ne sont pas assez efficaces pour les zones de COVID, martèle pour sa part le syndicat. Il faut que ça change.»  

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EN BREF À L’HÔTEL-DIEU DE LÉVIS

  • 58 cas actifs chez les travailleurs
  • 47 cas actifs chez les usagers
  • En éclosion depuis le 1er octobre (encore au moins trois unités touchées)  Source: CISSS de Chaudière-Appalaches (25 octobre)