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Lundi matin, 26 patients étaient hospitalisés à l’IUCPQ pour des complications liées à la COVID-19.
Lundi matin, 26 patients étaient hospitalisés à l’IUCPQ pour des complications liées à la COVID-19.

COVID-19: des dommages collatéraux à l’IUCPQ

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
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Les dommages collatéraux de la deuxième vague de COVID-19 se font de plus en plus sentir dans les hôpitaux de la région, notamment à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ). Et ils inquiètent le cardiologue Bernard Cantin.

Lundi matin, 26 patients étaient hospitalisés à l’IUCPQ pour des complications liées à la COVID-19. L’établissement compte également une douzaine d’autres patients qui sont considérés immuns après avoir contracté l’infection mais qui ne peuvent retourner dans leur milieu de vie parce qu’ils ont besoin de soins de réadaptation, en physiothérapie ou en ergothérapie, par exemple.

«C’est ça qui nous sclérose actuellement», observe le Dr Bernard Cantin. Le problème, explique-t-il, c’est que le centre de convalescence du Concorde, sur Grande-Allée, est «plein». 

«C’est un endroit où on retournerait ces patients, mais il n’y a plus de place», donc l’IUCPQ les garde en attendant que le CIUSSS de la Capitale-Nationale en fasse, précise le cardiologue. 

«C’est sûr que ces patients-là occupent des lits», dit le Dr Cantin, néanmoins conscient qu’on ne peut pas «les mettre dans la rue». 

L’IUCPQ ayant dû faire de la place au 7e étage pour ces patients, d’autres ne peuvent être vus en hémodynamie et en électrophysiologie, et des lits en chirurgie cardiaque et en chirurgie thoracique ont dû être coupés, indique le cardiologue. 

«Ça a un impact. C’est un dommage collatéral de la COVID-19», se désole le médecin, dont l’hôpital a aussi dû envoyer du personnel au centre de convalescence de la Grande-Allée, à l’instar du CHU de Québec et du CIUSSS. 

Et c’est sans compter les 26 membres du personnel de l’IUCPQ qui sont infectés par la COVID-19 et les 26 autres qui sont en isolement préventif. Autant d’employés qui ne peuvent être au chevet des patients qui attendent pour une coronagraphie ou l’implantation d’un stimulateur cardiaque (pacemaker), par exemple. En date de lundi matin, 27 patients de l’IUCPQ étaient en attente d’une procédure chirurgicale, calcule le Dr Bernard Cantin.

Autres victimes collatérales de la COVID-19 : les patients en attente d’une greffe cardiaque. Ils seraient quatre actuellement à attendre cette importante chirurgie à l’IUCPQ. 

Au printemps, comme la région de Québec était peu touchée par la COVID-19, l’IUCPQ avait pu poursuivre son programme de greffe cardiaque normalement. Mais devant l’importante transmission communautaire du virus et le risque élevé de mortalité (15 à 20 %) des patients greffés de tous âges qui contractent la COVID-19 (sur trois patients greffés de l’IUCPQ qui ont contracté la COVID-19 depuis mars, un est décédé), l’établissement a décidé cet automne de ne procéder qu’aux greffes urgentes, qui peuvent être réalisées dans un délai de deux ou trois semaines, et «super urgentes», qui doivent être faites dans un délai de trois ou quatre jours. 

«Chez nous, les patients qui sont en attente d’une greffe cardiaque, on les voit et on leur parle régulièrement. S’il y a quelque chose qui commence à pointer du mauvais côté, on va augmenter le statut du patient sur la liste d’attente […] pour qu’il ait la greffe la plus sécuritaire qu’on peut lui offrir dans les circonstances», assure le Dr Cantin, précisant qu’une telle greffe avait été faite pas plus tard que la semaine dernière.

Il faut savoir aussi qu’en plus du risque que représente la COVID-19 pour les patients greffés, ces derniers occupent plus longtemps des lits aux soins intensifs après leur opération que les patients non greffés. «Et ça leur prend des équipes qui sont dédiées, des infirmières dédiées, des préposés dédiés», mentionne le Dr Cantin.

Pour le médecin et ses collègues, le défi actuellement, c’est de constamment évaluer et balancer les risques pour les patients de la moitié de la province qui ont besoin des soins ultraspécialisés de l’IUCPQ, tout en composant avec la mission plus «populationnelle» de l’établissement, désigné pour recevoir les patients de l’Est du Québec qui souffrent de complications liées à la COVID-19.

Peur du virus   

Le Dr Bernard Cantin s’inquiète par ailleurs de la recrudescence d’un autre phénomène d’abord observé au printemps : les patients qui ne se présentent pas à l’IUCPQ par crainte de contracter la COVID-19, ou qui se présentent trop tard «et qui nous arrivent dans un état lamentable». 

«Les complications cardiaques qu’on voyait depuis mars, on pensait qu’elles étaient éliminées, que ça n’existait à peu près plus, mais là, on a une recrudescence. [...] Nos patients qui sont en externe et qu’on aurait normalement investigués, puis qu’on aurait envoyés en chirurgie cardiaque, bien ils ne viennent pas», observe le cardiologue, qui prie ses patients de ne pas hésiter à se présenter à l’hôpital si leur condition le commande. 

«Voir un patient au téléphone ou en téléconsultation, et le voir en personne, ce n’est tellement pas la même game. Si tu l’as devant toi et que tu écoutes son coeur, tu peux t’apercevoir de quelque chose et l’envoyer en coronographie, puis ensuite en chirurgie cardiaque. Mais ce patient-là actuellement, on ne le voit pas», s’inquiète le Dr Cantin.