Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
En France, le couvre-feu a été instauré. Les sorties et déplacements sont interdits pendant cette période, sous peine d’une amende.
En France, le couvre-feu a été instauré. Les sorties et déplacements sont interdits pendant cette période, sous peine d’une amende.

Couvre-feu: une première depuis la Seconde Guerre mondiale

Normand Provencher
Normand Provencher
Le Soleil
Article réservé aux abonnés
Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, mais cette fois pour des raisons sanitaires, le Québec connaîtra un couvre-feu à compter de samedi soir, pour une durée de quatre semaines. Même pendant la pandémie de grippe espagnole et la Crise d’octobre, le gouvernement n’était pas allé aussi loin. Dans les années 40, des motifs de moralité et de sécurité publique avaient alors présidé à l’instauration de cette mesure d’exception et visaient essentiellement les adolescents et les jeunes adultes.

Pendant la guerre de 1939-45, rappelle l’historien et ex-conseiller municipal Réjean Lemoine, la crainte d’une invasion allemande avait poussé Québec, à l’instar de Montréal et de Trois-Rivières, à implanter ce qu’on appelait à l’époque «un exercice d’obscuration».

Chaque jour, pendant un certain temps, les sirènes des casernes de pompiers retentissaient à 22h pour avertir les citoyens de fermer les lumières de leur résidence, relate-t-on dans un article de L’Action catholique. «Les automobilistes devaient immobiliser leur véhicule en bordure de la rue et éteindre leurs phares. À 22h10 retentissait une seconde sirène. Les lumières publiques, tels les réverbères, étaient alors fermées. Enfin, à 22h25, les cloches des églises annonçaient la fin de l’opération.»

«Les gens se disaient que si on fermait nos lumières, les Allemands ne pourraient pas nous bombarder puisqu’ils ne pourraient pas savoir où est la ville», explique M. Lemoine.

Délinquance juvénile

Donald Fyson, professeur titulaire au département des sciences historiques de l’Université Laval, explique que l’instauration de couvre-feu l’a «presque toujours été pour des questions de sécurité publique». En remontant loin en arrière, il mentionne celui, très court, imposé en 1918 dans la foulée des émeutes contre la conscription.

Au milieu du siècle dernier, ajoute-t-il, la protection des adolescents de 14 à 16 ans a mené à une série de couvre-feu les visant spécifiquement les jeunes. «C’était perçu comme un moyen d’éviter les problèmes de délinquance juvénile qui semblaient grandir pendant la Deuxième Guerre mondiale. Mais c’était un couvre-feu qui visait un groupe particulier.» 

«C’était plus une question de moralité, ajoute le professeur. Les enfants ne devaient pas sortir pour être associés à de mauvaises influences et exposés à la criminalité. C’était perçu comme un moyen de renforcer la notion d’enfance pure.»

Réjean Lemoine mentionne d’ailleurs que, dans les années 40, le conseil municipal de Québec avait interdit aux adolescents de sortir en soirée et pendant la nuit. «Il y avait des bagarres entre les jeunes des paroisses dans Limoilou. Ça se ramassait sur la 3e Avenue et ça se tirait des roches. Les policiers étaient obligés d’intervenir.»

Même la pandémie de grippe espagnole de 1917 n’avait pas incité le gouvernement à imposer des contraintes à la libre circulation des citoyens, en soirée et pendant la nuit. «Il y avait des interdictions d’aller dans les théâtres et les églises, comme aujourd’hui, mais pas de couvre-feu en tant que tel» souligne Réjean Lemoine. 

À l’époque, lorsque la pandémie a frappé, les gens de la capitale qui en avaient les moyens quittaient la ville pour leur maison de campagne ou leur chalet. «On savait que c’était plus dangereux (d’attraper le virus) en milieu urbain.»

«Aucun personnage historique au Québec n’est associé d’aucune façon à une forme ou une autre de couvre-feu», note pour sa part l’historien Jean Provencher.

Aucun couvre-feu en octobre 70

Dans un passé plus récent, en 2004, le maire de Huntingdon, en Montérégie, Stéphane Gendron, irrité par une vague de vandalisme et de délinquance, avait saisi le conseil municipal d’un règlement de couvre-feu interdisant aux jeunes de moins de 16 ans de se retrouver à l’extérieur de leur domicile entre 22h30 et 6h. Les contrevenants s’exposaient à une amende de 100$.

Le maire Gendron avait finalement fait marche arrière après une décision de la Commission des droits de la personne qui estimait que le couvre-feu aurait porté atteinte aux libertés de circulation et de réunion pacifique prévues par la Charte des droits et libertés de la personne. 

Contrairement à ce qui a été rapporté ces derniers jours, aucun couvre-feu n’a été instauré pendant la Crise d’octobre, en 1970, d’après les informations obtenues par Le Soleil auprès de diverses sources. La Loi sur les mesures de guerre proclamée par Ottawa avait mené à la suspension des droits fondamentaux, mais aucun décret n’avait été adopté pour entraver la libre circulation des citoyens.