Dans les secteurs Saint-Sacrement et Sillery où le boulevard René-Lévesque passe, la Ville entend abattre un total de 144 végétaux.
Dans les secteurs Saint-Sacrement et Sillery où le boulevard René-Lévesque passe, la Ville entend abattre un total de 144 végétaux.

Coupe d’arbres et tramway: y a-t-il un consensus acceptable?

La Ville de Québec abattra 1701 arbres pour faire passer le tramway sur les 22 kilomètres du tracé. Le sujet est sensible. Aux yeux de certains, aucune coupe n’est acceptable, quitte à faire avorter le projet. Pour d’autres, la Ville devrait refaire ses devoirs pour sauvegarder plus de végétaux. Un consensus est-il encore possible?

Pas pour Doris Chabot. La résidente de Montcalm a lancé la pétition «Sauvons les 610 Arbres du parcours du Tramway-Québec» sur le site change.org. À ce jour, elle a recueilli un peu plus de 5500 signatures.

Pourquoi sa pétition fait-elle mention de 610 arbres et non pas 1701? C’est que le chiffre mis à jour par la Ville de Québec a été présenté il y a peu devant le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), bien après le lancement de la pétition.

«J’ai l’impression de m’être fait tromper. La Ville a toujours voulu garder ce chiffre secret», lance la dame qui se fiait à une précédente étude de la firme Aecom. Imaginez sa surprise lorsqu’elle a appris que le nombre de coupes atteignait 1701. «Pendant six mois, j’ai tenté d’obtenir l’information. Personne ne semblait la connaître. C’est de la manipulation», ajoute-t-elle, d’un ton tranchant.

Pas écologique

Pour elle, ces arbres «sont irremplaçables». Aucun projet de transport en commun ne justifie leur abattage. «Ça va créer des îlots de chaleur et enlever de la plus-value et de la beauté au secteur. On fait croire que c’est un projet écologique pour enlever des gaz à effet de serre et on coupe 1701 arbres. Les arbres font ça gratuitement, sauver les GES», soutient Mme Chabot. Cette position ferme fait d’elle une opposante au tramway s’il est pour demeurer dans sa forme actuelle et forcer la coupe d’arbres.

Deux pour un 

La Ville a tenté de rassurer les citoyens inquiets lors de sa présentation du projet devant le BAPE. Par courriel, elle réitère sa position exprimée aux audiences.

«À l’état actuel de conception préliminaire, 1701 arbres ont été identifiés comme devant être potentiellement abattus [le tracé en compte 5272]. Ce nombre comprend 368 arbres d’un diamètre de 1 à 14 cm qui ne pourront pas être transplantés pour différentes raisons [mauvais état, endommagé, mauvaise espèce, inaccessibilité à la machinerie]. La Ville considère cependant que ces arbres sont compensables, c’est-à-dire qu’ils seront compensés par des arbres de tailles équivalentes.»

Replanter ailleurs

«Pour le moment, il n’est pas possible de dire à quel endroit ces arbres seront compensés, mais leur quartier d’origine sera favorisé lorsque possible. La Ville a pris l’engagement de replanter des arbres dans un ratio de 2 pour 1, ce qui représente 3400 arbres à l’heure actuelle. Cela exclut les arbres qui sont transplantés puisque ces derniers sont considérés comme conservables. Leur relocalisation se fera autant que possible à proximité de leur lieu d’origine.»

Par cette réponse, on comprend qu’il y aura plus d’arbres. Par contre, un résident qui perdra l’arbre qu’il a vu croître pendant 10, 20, 30 ans par la fenêtre de son salon n’a aucune garantie qu’un nouveau prendra sa place au même endroit.

Pour quelques-uns, il y a encore espoir de les sauver. La Ville précise «que le nombre d’arbres abattus peut encore varier à la baisse au fur et à mesure que les détails se préciseront».

La 1re Avenue dans le quartier Vieux-Limoilou où la Ville prévoit abattre 117 végétaux.

Perte à court terme

Même si la Ville replante dans une proportion de deux pour un, il y aura une perte de canopée qui pourrait avoir des conséquences négatives importantes sur la santé de la population, alerte Johanne Elsener, bien connue pour ses combats contre la coupe d’arbres, notamment en milieu urbain. 

«C’est un impact majeur. Les arbres, c’est un enjeu majeur pour la santé de la population, dit-elle en regard du nombre estimé de 1701 arbres abattus. Ça prend de 20 à 50 arbres pour remplacer la capacité sanitaire d’un arbre mature», précise-t-elle. 

Elle déposera en août un mémoire auprès du BAPE au nom de l’Association québécoise des médecins pour l’environnement. «Le transport en commun, c’est bénéfique. J’en reconnais les bienfaits», tient-elle à préciser.

Mme Elsener conteste plutôt les méthodes d’insertion du tramway et de sauvegarde des arbres qui ne seraient pas optimales. Par exemple, elle critique la nécessité d’utiliser sur certains tronçons une emprise de quatre mètres pour la voie de circulation des automobiles.

Des inconnus

À ce sujet, la Ville a déjà répondu réaliser «des plans d’insertion préliminaires qui comprennent notamment les composantes souterraines (aqueduc, égout, réseaux techniques urbains), les infrastructures nécessaires au tramway, la voirie et les trottoirs. Ces éléments permettent d’évaluer l’ampleur des travaux à réaliser et l’emprise nécessaire.» L’espace de déneigement nécessaire pour certains tronçons est aussi pris en compte. 

L’administration municipale ajoute : «La question des arbres est particulière puisqu’on ne peut mesurer l’impact des travaux uniquement avec l’espace requis en surface. Dans plusieurs cas, ce sont les travaux prévus en souterrain et l’insertion de ces composantes qui entraînent une perte racinaire importante et, parfois, l’impossibilité de protéger l’arbre en place.»

Pas de plan

Mme Elsener est bien au fait de ces arguments. Néanmoins, elle a l’impression que la Ville ne dispose pas d’un véritable plan pour sauvegarder un maximum d’arbres. «On peut couper une partie du système racinaire et conserver un arbre». Elle donne en exemple celui préservé devant le Musée national des Beaux-arts du Québec lors de la construction du pavillon Pierre-Lassonde.

«Si vous me demandez s’il peut y avoir un consensus acceptable du nombre d’arbres coupés, il faudra avoir des réponses à nos questions. Pour l’instant, on a l’impression que la Ville n’a pas un véritable plan de préservation», regrette-t-elle.

La Ville estime à 22 % l’indice actuel moyen de canopée le long du tramway. Cet indice est calculé en prenant en compte le couvert végétal sur une largeur de 50 mètres de part et d’autre du centre du tracé du tramway. Mais elle ne peut estimer en pourcentage la perte de canopée avec la coupe de 1701 arbres.