Le 21 septembre 2017, un jeune de 13 ans était assis à la cafétéria lorsqu’un garçon du même âge lui a demandé de céder sa place. Comme il a refusé, l’adolescent lui a frappé la tête à trois reprises sur la table et lui a asséné deux coups de poing.

Coupable, il pourrait être admis aux Pères Maristes

La mère du jeune garçon de 13 ans battu par un autre élève au Séminaire des Pères Maristes en septembre 2017 craint que l’agresseur de son fils soit admis dans l’établissement à la rentrée 2018 même s’il a été reconnu coupable en Chambre de la jeunesse de voies de fait et lésions corporelles, avec absolution inconditionnelle.

La dame, dont Le Soleil tait le nom pour garder confidentielle l’identité de la victime, raconte pourtant avoir eu une garantie verbale que l’élève serait expulsé, le cas échéant.

Le 21 septembre 2017, son fils de 13 ans était assis à la cafétéria lorsqu’un garçon du même âge lui a demandé de céder sa place. Comme il a refusé, l’adolescent lui aurait frappé la tête à trois reprises sur la table et asséné deux coups de poing, selon le témoignage de la mère. La scène compte de nombreux témoins. 

À noter que cette version des faits a été contredite par le père de l'autre garçon, lors d'une intervention au FM93 en mars dernier.

Toujours selon le témoignage de la mère, la victime a subi une commotion cérébrale, a eu un tympan perforé et un choc amnésique. Encore aujourd’hui, elle vit avec un acouphène, sans savoir s’il disparaîtra, et a une lésion au muscle d’un œil, qui lui donne des maux de tête et rend sa vision floue par moment. 

«Trois jours de suspension à la maison, ce n’est pas une conséquence logique», soutient la dame, elle-même enseignante, lorsqu’elle fait la balance de tous les inconvénients subis depuis. «J’ai même perdu mon emploi parce que je m’absentais trop souvent du travail pour des visites quasi quotidiennes à l’hôpital pendant trois mois», ajoute-t-elle.

Elle dit avoir appris que l’agresseur de son fil serait de retour en septembre, malgré la «promesse» qu’on lui avait faite. Aujourd’hui, elle a encore de la difficulté à comprendre la logique qui motive la direction de l’école. À noter que le directeur actuel n’était pas en poste au moment de l’événement.

«Honnêtement, on dirait que ça ne se peut pas, qu’ils sont dans une zone parallèle. J’ai l’impression qu’ils banalisent la situation», renchérit la mère. Elle se souvient de cette conversation avec un membre de l’organisation qui lui a dit «qu’il fallait pardonner».

Pour elle, ce n’est pas la notion de pardon qui est au cœur de cette affaire. «Mon fils m’a dit qu’il aurait préféré ne pas faire une dénonciation à la police à cause du regard des autres qui change. Je lui ai expliqué pourquoi je fais ces démarches de dénonciation à la police et dans les médias. Je lui ai expliqué que nos gestes, bons ou mauvais, viennent avec des conséquences. Je le fais aussi pour lui. Il va y penser deux fois avant de faire quelque chose. 

«Quel est le modèle qu’on montre aux autres?» questionne-t-elle. «Une école est l’endroit où on forme les citoyens de demain. C’est ça le message qu’on envoie?» s’interroge-t-elle encore.

Quoi qu’il arrive avec l’agresseur, elle a, depuis, changé son fils d’établissement. «Ça a été difficile. Il ne voulait pas changer d’école parce qu’il avait des amis. Mais l’impact de voir son agresseur tous les jours était trop dur. Le volet psychologique se dégradait», confie-t-elle.

Même pattern?

Et comme si cela ne suffisait pas, elle voit maintenant le même pattern se répéter avec l’histoire des six garçons des Pères Maristes soupçonnés d’avoir partagé des photos explicites de leurs collègues de classe féminines. C’est le second événement majeur qui frappe l’établissement en une même année scolaire.

Le mouvement Québec contre les violences sexuelles a déposé une pétition de 2870 noms au conseil d’administration du Séminaire, réclamant que les suspects ne remettent pas les pieds dans cette école à la rentrée. Les six élèves de 12 et 13 ans ont été arrêtés au printemps, mais n’ont pas encore été accusés. 

Les auteurs de la pétition croient que les victimes dans cette histoire ne devraient pas avoir à côtoyer les garçons en classe ou à décider de changer d’école. Un avis partagé par la mère du garçon tabassé.

Le directeur du Séminaire, François Sylvain, a répondu par courriel à la demande d’entrevue du Soleil. «Nous traitons ce dossier complexe avec le doigté que commande la situation. En temps et lieu, nous ferons connaître les développements de ce dossier.»

Il ajoute ne pouvoir communiquer d’information sur la liste des élèves inscrits pour des questions de confidentialité. Pour ces mêmes raisons, il ne voulait commenter le dossier déféré en Chambre de la jeunesse.

NDLR: Cet article a été modifié par rapport à sa version originale, de façon à préciser que différentes versions circulent quant à la nature de l'incident.

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LE MINISTÈRE CRITIQUE LA GESTION DE CRISE

Le ministère de l’Éducation s’est dit préoccupé de la gestion des événements faite par la direction du Séminaire des Pères Maristes après la mise au jour de photos explicites de jeunes filles partagées par six élèves masculins de l’établissement.

La direction de l’enseignement privé a fait part de ses préoccupations dans une lettre envoyée le 1er août au directeur du Séminaire, François Sylvain, et dont Le Soleil a obtenu copie.

Dans cette missive, le ministère fait un constat sévère. Selon lui, «la gestion de la situation a reposé sur la seule expérience du directeur général et ce dernier a également agi seul en grande partie; le plan de lutte contre l’intimidation et la violence de l’établissement n’a été apparemment d’aucun secours et requiert une importante actualisation; cette actualisation ne semble pas être une priorité selon les propos de la direction; et le conseil d’administration n’a assumé qu’un rôle limité dans la gestion des événements».

Le ministère avise maintenant le Séminaire qu’il doit anticiper les risques liés à la rentrée scolaire. Il dit se questionner «sur le plan de réintégration des élèves le cas échéant, particulièrement les moyens concrets sur lesquels s’appuierait la réintégration des suspects en présence des victimes alléguées; et sur la mobilisation de l’équipe-école dans la gestion des situations problématiques», comme celle vécue au printemps.

Le ministère s’attend à recevoir d’ici le 20 août des documents sur les travaux réalisés concernant la révision du plan de lutte contre l’intimidation et la violence et sur les mesures particulières d’appui qui seront mises en place pour les victimes alléguées.