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La rivière Magpie
La rivière Magpie

Côte-Nord: une reconnaissance juridique pour la rivière Magpie

Steeve Paradis
Steeve Paradis
Collaboration spéciale
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Pour la première fois au Canada, une rivière sera reconnue comme «personne juridique». Il s’agit de la rivière Magpie, sur la Côte-Nord, bien connue des amateurs de canot en eaux vives. Cette reconnaissance est le fruit d’une collaboration entre la MRC de Minganie et le Conseil des Innus d’Ekuanitshit.

Ainsi, en tant que personne juridique, la rivière Magpie, Muteshekau-shipu de son non innu, aura des droits spécifiques, tout comme une personne ou une corporation. Parmi ces droits, on retrouve notamment le droit au respect de ses cycles naturels, le droit de maintenir son intégrité ou le droit d’intenter une action en justice.

Cette annonce a été faite avec l’Observatoire international des droits de la nature (OIDN). Les résolutions adoptées par le MRC et les Innus sont basées sur des fondements juridiques de droit national et international. Des initiatives du genre ont eu lieu dans 25 pays jusqu’ici.

Ce genre de reconnaissance «implique d’évoluer dans notre ethnocentrisme, où l’humain est maître de la nature», a fait valoir la présidente de l’OIDN, Yenny Vega Cardenas, assurant que la reconnaissance des droits de la nature est un mouvement mondial qui prend de plus en plus d’ampleur. «La rivière Magpie représentait le cas parfait grâce au consensus pour sa protection de la part des acteurs impliqués et de sa renommée internationale», a-t-elle ajouté.

Des «gardiens» de la rivière seront désignés par la MRC et Ekuanitshit. Ils auront comme fonctions de veiller sur le respect des droits de la rivière, ce qui inclut d’éventuelles démarches devant les tribunaux, mais aussi de la mettre en valeur, selon les orientations déterminées par l’Alliance Muteshekau-shipu, formée par la MRC, la communauté d’Ekuanitshit, l’Association Eaux-Vives Minganie et la SNAP-Québec..

Il y a présentement un barrage sur la rivière Magpie, mais il n’y en aura pas d’autres, même si Hydro-Québec a des visées sur le territoire, a prévenu le chef d’Ekuanitshit, Jean-Charles Piétacho.

«Le barrage le plus difficile à franchir a été de réunir la région pour défendre les droits de la Magpie», a-t-il imagé en signalant ensuite que les Innus, et les autochtones partout en général sur la planète, ont «un lien spirituel» avec le territoire qu’ils habitent. «Les rivières crient, mais personne n’entend. C’est juste l’économie qui compte.»

Pour le préfet de la MRC de Minganie, la reconnaissance juridique de la Magpie «est un équilibre nécessaire» entre le développement économique et la protection du territoire, en contrepoids avec les quatre barrages érigés sur une autre rivière de ce territoire, la Romaine. «Pour ce qui est d’un deuxième barrage sur la Magpie, on a dit non collectivement», a soutenu Luc Noël, clamant au passage que la région n’est pas qu’un réservoir pour la société d’État.

Pour Alain Branchaud, directeur général de la Société pour la nature et les parcs, la SNAP, «c’est le silence assourdissant des autorités qui a sonné le réveil de la rivière Magpie». Il estime aussi que cette prise en main est une façon «d’arrêter d’attendre après le gouvernement du Québec et Hydro-Québec pour protéger cette rivière unique».

M. Branchaud a également soutenu que l’ensemble des éléments de droit font conférer aux gardiens de la Magpie la capacité de défendre la rivière. «Ça repose sur une assise légale très solide», a-t-il assuré.

Classée comme l’une des 10 meilleures rivières au monde pour le rafting selon le magazine National Geographic, la rivière Magpie prend sa source à la frontière du Québec et du Labrador et se jette dans le fleuve, environ 300 kilomètres plus bas.

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