Selon le ministre Jean-Yves Duclos, les Américains n’ont pas le bras aussi long sur la question des armes à feu que sur les questions économiques, par exemple.

Contrôle des armes à feu: le Canada libre face aux États-Unis

Si les États-Unis ont de l’influence sur les politiques économiques canadiennes, le Canada jouit d’une «marge de manœuvre beaucoup plus grande» sur les questions sociales, comme le contrôle des armes à feu. «Et on doit l’utiliser», selon le ministre fédéral Jean-Yves Duclos.

Alors que la jeunesse américaine réclame la fin de la libre circulation des armes à feu aux États-Unis, exaspérée par les fusillades à répétition dans les écoles, le gouvernement de Justin Trudeau propose, dans un projet de loi déposé le 20 mars, des renforcements à la règlementation en place au Canada. 

Ces mesures plus sévères ont été présentées un peu plus d’un mois après la tuerie de Parkland, en Floride, où 17 personnes ont été assassinées. Une nouvelle tragédie qui a déclenché un vaste mouvement anti-armes à feu au pays de Donald Trump, notamment mené par les survivants de l’attaque de Parkland.

Dans ce contexte, le projet de loi canadien peut-il agacer le gouvernement américain, le faire mal paraître? La question n’est pas là, selon le ministre fédéral de la Famille, des Enfants et du Développement social, Jean-Yves Duclos, qui croit que le Canada «doit utiliser» la liberté dont il jouit sur ce genre d’enjeux. «On ne travaille pas pour les Américains. [...] Je pense qu’on est tous soucieux au Canada et à Québec d’avoir un système qui fonctionne bien et qui garantit la sécurité et la quiétude des Canadiens.»

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Selon le ministre, les Américains n’ont pas le bras aussi long que sur les questions économiques, par exemple. «Il y a des enjeux [comme le commerce international] sur lesquels on [le Canada et les États-Unis] doit être le plus alignés possible, tout en étant respectueux des intérêts canadiens», a-t-il dit, rencontré par Le Soleil en marge du défilé de la Saint-Patrick de Québec, samedi. «Sur d’autres questions comme la question des armes à feu, on a une marge de manœuvre qui est beaucoup plus considérable.»

Le député de Québec n’y voit pas matière à friction diplomatique. «Dans le contexte des relations entre le Canada et les États-Unis, ce qui est très important de faire, c’est d’établir la distinction à savoir pour qui et pour quoi on travaille. On travaille pour les citoyens canadiens sur cet enjeu-là [les armes à feu], et les Américains font leur travail comme ils le jugent utile de le faire pour leurs propres citoyens.»

S’il semble y avoir une certaine étanchéité des rapports sur la question des armes à feu au niveau politique entre les deux pays, dans la rue, le débat a traversé la frontière, samedi. 

À Montréal, quelques centaines de personnes, dont plusieurs étudiants, ont manifesté en solidarité aux centaines de milliers d’Américains qui ont participé au rassemblement March for Our Lives, qui se déroulait simultanément à Washington. Des manifestations ont aussi eu lieu à Ottawa, à Toronto et à Vancouver.

Le premier ministre Justin Trudeau a interpellé les manifestants canadiens sur Twitter, samedi soir. «À tous ceux qui se sont mobilisés ici, au Canada, contre la violence par armes à feu : nous vous entendons», a-t-il écrit, mentionnant au passage la réglementation présentée cette semaine.