Le Conseil des éditeurs européens a estimé qu’il s’agissait d’une tentative de Google de contourner les moyens pris par les gouvernements pour amener les géants du web à négocier.
Le Conseil des éditeurs européens a estimé qu’il s’agissait d’une tentative de Google de contourner les moyens pris par les gouvernements pour amener les géants du web à négocier.

Contenu médiatique: Google versera 1 milliard $ US pendant trois ans

Kelvin Chan
The Associated Press
LONDRES — Google versera 1 milliard $ US à des entreprises de presse pendant trois ans dans le cadre d’un nouvel effort du géant du web visant à apaiser les tensions entourant sa mainmise sur l’industrie de l’information au moment où de nombreuses compagnies du secteur des médias éprouvent des difficultés financières.

L’entreprise a indiqué jeudi avoir signé des ententes avec près de 200 publications au Canada, en Allemagne, au Brésil, en Argentine, au Royaume-Uni et en Australie.

«Cet engagement financier - le plus important à ce jour - paiera les éditeurs pour qu’ils créent du contenu de haute qualité pour un autre type d’expérience en ligne», a écrit le chef de la direction de la multinationale Sundar Pichai dans un message publié en ligne.

Un message similaire a été publié sur le site de Google Canada, où l’on identifiait deux partenaires, mais un porte-parole de la société a indiqué que des négociations étaient en cours avec d’autres producteurs de contenu. Le nouveau produit ne sera donc pas accessible tant et aussi longtemps qu’il n’y aura pas une «masse critique» de contenu, a-t-on fait valoir.

Jeudi, la section actualités de Google a été lancée au Brésil et en Allemagne avec des sections permettant aux entreprises médiatiques de proposer des articles accompagnés de fonctionnalités telles que des chronologies. On devrait prochainement proposer des vidéos ainsi que des extraits sonores. M. Pichai a déclaré que Google s’affairait à déployer le programme à d’autres pays, soit en Inde, en Belgique et aux Pays-Bas.

Le financement s’appuie sur un programme de licence de nouvelles mis sur pied par Google en juin. Les entreprises de presse souhaitent que Google et son rival Facebook paient pour le contenu médiatique qu’ils utilisent tout en accaparant la part du lion des revenus publicitaires.

Cela ne semble toutefois pas confondre les sceptiques.

Le Conseil des éditeurs européens a estimé qu’il s’agissait d’une tentative de Google de contourner les moyens pris par les gouvernements pour amener les géants du web à négocier.

«Beaucoup sont assez cyniques à l’endroit de la stratégie perçue de Google, a déclaré sa directrice générale Angela Mills Wade. En lançant un produit, ils peuvent dicter les règles et conditions, saper la législation conçue pour créer les conditions d’une négociation équitable, tout en affirmant qu’ils aident à financer la production de nouvelles.»

Les membres du conseil comprennent l’éditeur allemand Axel Springer et l’entreprise News Corp, du magnat des médias Rupert Murdoch, qui se battent depuis des années pour forcer la main à ces entreprises.

La pression s’est accentuée dans plusieurs pays à l’endroit de Google et Facebook. Le gouvernement australien table sur une loi pour obliger ces compagnies à payer les entreprises de presse du pays lorsque leur contenu est utilisé. Facebook a réagi en menaçant de bloquer le contenu des compagnies australiennes plutôt que de le payer.

L’an dernier, Facebook avait dévoilé son propre plan pour payer les entreprises de presse américaines, notamment le «Wall Street Journal», le «Washington Post» et le «USA Today». La compagnie avait également déclaré en 2019 qu’elle allait investir 300 millions $ US sur trois ans dans des initiatives d’information, en mettant l’accent sur les partenariats de nouvelles locales et la vérification des faits par des tiers.