Beaucoup de manifestants ont critiqué les conditions de travail la fin de semaine.

Construction: les négos rompues

L'Alliance syndicale a rompu les négociations qui visaient à mettre fin à l'impasse dans le secteur de la construction et attend impatiemment de voir le contenu de la prochaine loi spéciale qu'entend présenter Québec lundi.
Le porte-parole syndical Michel Trépanier a confirmé en entrevue téléphonique que les négociations avaient achoppé dans le secteur résidentiel, le secteur du génie civil et de la voirie, ainsi que dans les importants secteurs institutionnel-commercial et industriel, qui représentent plus de 60 % des 175 000 travailleurs de la construction qui sont en grève générale illimitée depuis mercredi.
«On a fait rire de nous, on a été de bonne foi depuis le début, puis aujourd'hui on dit que c'est fini», a-t-il laissé tomber au bout du fil.
M. Trépanier a appelé les travailleurs à aller manifester devant l'Assemblée nationale, lundi, et a demandé au gouvernement québécois de faire preuve de «sagesse» dans la confection de sa loi spéciale.
«On envoie aussi un message au gouvernement, d'être très sage, de prendre le temps d'analyser. Il va avoir un choix demain entre les travailleurs de la construction et leurs familles, puis les patrons et leurs chums», a-t-il soutenu.
Le gouvernement Couillard a convoqué tous les députés lundi matin à l'Assemblée nationale en vue de la possible adoption d'une loi spéciale.
Dans un communiqué publié en début de soirée, dimanche, la ministre du Travail, Dominique Vien, a fait état de sa préoccupation devant l'arrêt des négociations. Elle a réitéré que le «gouvernement du Québec agira de façon responsable pour préserver la stabilité de l'économie québécoise».
«Notre gouvernement a le devoir d'agir et nous le ferons dès demain [lundi]», a-t-elle déclaré.
Deux tables de négociations ont frappé un mur, dimanche.
En matinée, l'Association des professionnels de la construction et de l'habitation du Québec (APCHQ) avait quitté les négociations, affirmant que les demandes syndicales étaient «inacceptables», notamment sur les salaires.
Selon François William Simard, porte-parole de l'APCHQ, a affirmé que l'association était très déçue, parce qu'elle croit avoir soumis une offre très avantageuse pour les travailleurs, qui comprenait une hausse moyenne de la rémunération de 1,9 % pour les quatre prochaines années, alors que l'Indice des prix à la consommation a augmenté, en moyenne au cours des quatre dernières années, de 1 %.
«Nous, c'est clair qu'on va très bien dormir ce soir. Je ne sais pas si l'Alliance syndicale va bien dormir, parce que je pense que dans ce dossier-là, ils n'ont pas bien représenté leurs membres», a-t-il affirmé en entrevue téléphonique.
M. Simard demande au gouvernement de tenir compte de la capacité de payer des employeurs et des citoyens pour sa loi spéciale. «On espère qu'on aura quelque chose qui sera raisonnable, parce que franchement, à la fin, dans le secteur résidentiel, faut pas se faire de cachette, s'il y a des augmentations salariales qui sont trop élevées, c'est tout simplement les citoyens qui vont payer», a-t-il expliqué.
Offre finale
En après-midi, l'Association de la construction du Québec (ACQ) - qui représente les secteurs institutionnel-commercial et industriel - a déposé son offre finale, qui selon elle était «gagnante-gagnante». Le porte-parole Éric Côté avait indiqué que les patrons avaient fait de nombreuses concessions, entre autres sur la reprise volontaire des travaux le samedi à taux simple en cas d'intempérie et la conciliation travail-famille.
«Dans la proposition, il sera possible, si elle est acceptée, à tous les travailleurs de l'industrie de la construction des secteurs institutionnel-commercial et industriel, de faire un horaire de quatre jours par semaine», avait indiqué M. Côté.
M. Trépanier accuse le représentant patronal d'avoir répandu des faussetés. «Ce n'est pas nécessairement ça, il y a des détails qu'il ne vous a pas mentionnés», a tranché le porte-parole.
Quant à la troisième table de négociations, le secteur du génie civil et de la voirie, était toujours en discussion dimanche après-midi, mais l'Alliance syndicale a aussi mis fin aux discussions, a confirmé le porte-parole de l'Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec (ACRGTQ), Christian Croteau.
Négociations inégales
MM. Simard et Croteau disent avoir été affectés par les négociations difficiles qui se déroulaient dans les secteurs institutionnel-commercial et industriel - l'Alliance syndicale doit d'ailleurs déposer lundi une plainte judiciaire pour déplorer la «mauvaise foi» de l'ACQ.
«Il y a eu un jeu politique qui a été mené par l'Alliance syndicale, on le sait tous très bien, les négociations étaient plus difficiles dans un secteur et ils ont décidé de prendre en otage l'ensemble des secteurs», a déploré M. Simard.
«On comprend que l'Alliance avait une stratégie globale de négociation», a ajouté M. Croteau. Selon lui, il y avait «peu d'obstacles» à mesure que les négociations avançaient.