Des secouristes transportent une dépouille sous la surveillance d'un militien pro-russe armé.

Confusion sur les lieux de l'écrasement en Ukraine

Les enquêteurs et observateurs internationaux arrivaient peu à peu samedi à Kiev, en espérant pouvoir se rendre sur le lieu du crash de l'avion malaisien, probablement abattu par un missile, dans l'est de l'Ukraine contrôlé par les rebelles prorusses.
Alexander Hug (2e à droite), l'un des responsables de l'équipe de l'OSCE, visite les lieux de l'accident sous le regard de rebelles prorusses armés.
Les Pays-Bas, qui comptait 189 ressortissants parmi les 298 personnes à bord - toutes mortes -, ont envoyé une équipe du Bureau néerlandais pour la sécurité, accompagnée du ministre des Affaires étrangères Frans Timmermans. La Malaisie a elle envoyé une équipe de 62 personnes, attendue samedi dans la capitale ukrainienne. Le FBI et l'autorité américaine des transports s'apprêtent eux aussi à envoyer des enquêteurs.
La chancelière Angela Merkel et le président russe Vladimir Poutine sont tombés d'accord pour qu'une enquête internationale et indépendante sous la direction de l'Organisation de l'Aviation Civile Internationale, basée à Montréal, ait lieu pour élucider l'accident aérien en Ukraine.
Sur le terrain, les secouristes ont entamé le ramassage des restes humains des 298 passagers du vol MH17, qui gisent depuis bientôt deux jours dans la campagne ukrainienne.
À pied d'oeuvre samedi en fin de matinée, sur la zone du crash, à cinquante kilomètres à l'est de Donetsk, les sauveteurs économisent leurs mots alors qu'en fond sonore des détonations rapprochées se font entendre. La ligne de front entre séparatistes prorusses et forces loyalistes ukrainiennes est à quelques kilomètres et, malgré la catastrophe, il n'y a jamais eu de trêve.
Le point de mire des secouristes: des bâtons surmontés de petits chiffons blancs, plantés la veille et seul repère marquant de loin la présence de restes humains perdus au milieu des blés.
Les corps, certains déjà très noircis et gonflés après plus de 36 heures passées à l'air libre, sont ensuite empaquetés dans de grands sacs mortuaires noirs, puis transportés sur des civières avant d'être regroupés dans un bus.
Sous une pluie fine, les secouristes se sont activés pour rassembler les effets des victimes: des cartes d'un jeu de Sept familles ou un guide touristique Lonely Planet «Bali and Lombok», autant de signes d'un départ en vacances.
Premiers observateurs
Les premiers observateurs internationaux étaient arrivés sur place, près de la frontière russe, vendredi: une trentaine de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe et quatre représentants de l'agence de l'aviation ukrainienne.
Aaprès une brève discussion avec les responsables rebelles, les inspecteurs de l'OSCE ont pu accéder à une partie seulement du site. Les rebelles avait juste avant tiré des coups de semonce pour les tenir à l'écart. Selon Thomas Greminger, représentant de la Suisse à l'OSCE, ils ont eu «un accès limité».
Comme d'autres dirigeants, le président américain Barack Obama et la chancelière allemande Angela Merkel ont souligné la nécessité de garantir aux enquêteurs «un accès complet, illimité et sécurisé» au site sur lequel l'avion s'est écrasé.
«Venez vite»
Pourtant, les séparatistes prorusses de l'Est de l'Ukraine ont appelé samedi les experts aéronautiques internationaux à se rendre «le plus vite possible» sur le site de l'accident de l'avion malaisien, tout en disant ne pouvoir garantir leur sécurité à 100%.
«Nous leur demandons de venir le plus vite possible. C'est une question d'humanité, les corps sont éparpillés depuis deux jours dans la nature, il fait 30 degrés, c'est inhumain pour les proches et les amis des victimes,» a déclaré le «Premier ministre» de la «république autoproclamée» de Donetsk, Alexandre Borodaï, au cours d'une conférence de presse.
Implication russe
Évoquant un drame «atroce», Barack Obama a souligné que l'avion qui assurait le vol Amsterdam-Kuala Lumpur avait été touché par un missile sol-air tiré «depuis un territoire contrôlé par les séparatistes prorusses».
«Cette tragédie révoltante montre qu'il est temps que la paix et la sécurité soient rétablies en Ukraine», a-t-il lancé, dénonçant une nouvelle fois l'attitude de Moscou et soulignant combien les enjeux étaient importants «pour l'Europe, et pas simplement pour les Ukrainiens».
Auparavant, Samantha Power, ambassadrice américaine à l'ONU, avait énuméré, devant le Conseil de sécurité, les soupçons pesant sur les rebelles, évoquant l'utilisation d'un missile russe Bouk de type SA-11.
Elle a souligné que des séparatistes «avaient été repérés» jeudi matin en possession de ce type de système de défense antiaérienne près de l'endroit où l'avion s'est écrasé.
Le Pentagone, par la voix de son porte-parole, le contre-amiral John Kirby, a jugé qu'il «fallait vraiment être très naïf pour penser (qu'un tel missile) peut être utilisé par les séparatistes sans un minimum de soutien et d'assistance technique russes».
Bodies of victims wrapped in bags wait to be collected at the site of the crash of a Malaysia Airlines plane carrying 298 people from Amsterdam to Kuala Lumpur in Grabove, in rebel-held east Ukraine, on July 19, 2014. Ukraine and pro-Russian insurgents agreed on July 19 to set up a security zone around the crash site of a Malaysian jet whose downing in the rebel-held east has drawn global condemnation of the Kremlin. Outraged world leaders have demanded Russia's immediate cooperation in a prompt and independent probe into the shooting down on July 17 of flight MH17 with 298 people on board. AFP PHOTO / DOMINIQUE FAGET
Les rebelles accusés de supprimer des indices
Des rebelles prorusses ont altéré des indices sur le site du crash de l'avion malaisien, ce qui risque de faire capoter l'enquête, ont affirmé samedi les gouvernements ukrainien et malaisien, ce dernier dénonçant une «trahison» à l'égard des victimes.«L'intégrité du site a été compromise, et il y a des indications montrant que des indices vitaux n'ont pas été préservés sur place. Des interférences sur la scène du crash risquent de fausser l'enquête elle-même», a déclaré le ministre des Transports malaisien Liow Tiong Lai, qui doit se rendre en Ukraine samedi. «Ne pas empêcher de telles interférences constituerait une trahison à l'égard des vies qui ont été anéanties», a-t-il lancé.
«Nous devons avoir un accès total au site et nous assurer que les indices sur le site de l'accident ne sont pas altérés», a ajouté le ministre. «Le plus important maintenant est d'établir qui a abattu l'avion malaisien MH17. Nous réclamons justice».
Presque simultanément, le gouvernement ukrainien a accusé les rebelles, soupçonnés d'avoir abattu le Boeing malaisien, de «chercher à détruire, avec le soutien de la Russie, les preuves de ce crime international».
Ainsi, l'enquête sur le tir de missile, venu, selon les Etats-Unis, de la zone contrôlée par les rebelles soutenus par la Russie, s'annonce déjà particulièrement difficile, au moment où les premières équipes étrangères, les Néerlandais et les Malaisiens, arrivent en Ukraine.
La chute jeudi du vol MH17 Amsterdam-Kuala Lumpur de Malaysia Airlines a fait 298 morts.
Le site du crash se trouve en zone rebelle, près de la ville de Chakhtarsk, et le conflit armé en cours entre séparatistes prorusses, qui ont refusé un cessez-le-feu ponctuel, et le gouvernement de Kiev rend les opérations particulièrement complexes.
«Les terroristes ont transporté 38 corps de victimes à la morgue de Donetsk, où des spécialistes parlant avec un net accent russe ont déclaré qu'ils procéderaient à leur autopsie. Les terroristes cherchent aussi des moyens de transport à grande capacité pour emporter les restes de l'avion en Russie», indique le gouvernement dans une déclaration officielle.
Il accuse les rebelles de ne pas permettre aux organes compétents ukrainiens de commencer l'enquête et de ne pas laisser les représentants et experts étrangers accéder au site du crash.
Un chef séparatiste a confirmé samedi à des journalistes de l'AFP présents sur le site, à Grabove, que des corps avaient été emmenés à la morgue de Donetsk. «27 corps ont été enlevés ce matin», a-t-il dit. Les combattants prorusses bloquaient l'accès au périmètre du crash.
Une demi-douzaine de sauveteurs portant des uniformes et des gants blancs et bleus sortaient d'un champ de blé pour mettre des morceaux de corps dans de grands sacs mortuaires noirs. L'opération se déroule sous le contrôle rebelle.
Dans sa déclaration, le gouvernement de Kiev demande à la Russie de «rappeler ses terroristes et permettre aux experts ukrainiens et internationaux de procéder à l'examen de tous les aspects de la tragédie».