Selon l’économiste en chef de RS Energy Group, à Calgary, les raffineries de l’est du Canada importent entre 75 000 et 80 000 barils de pétrole brut saoudien par jour. Cela représente moins de 10 % des importations totales.

Conflit diplomatique canado-saoudien: Washington et Bruxelles ne se mêlent pas du litige

Les États-Unis et la Commission européenne ont tous les deux demandé, mardi, des éclaircissements sur l’arrestation de défenseurs des droits de la personne en Arabie Saoudite, mais ont évité soigneusement de s’immiscer dans le conflit diplomatique entre Riyad et Ottawa.

L’Arabie Saoudite a expulsé lundi l’ambassadeur du Canada et a gelé «toute nouvelle affaire» avec Ottawa, vraisemblablement à cause des critiques récentes concernant l’arrestation de militantes des droits des femmes. Riyad veut aussi redéployer ailleurs dans le monde les étudiants saoudiens qui fréquentent des établissements au Canada, et le transporteur national Saudia a indiqué lundi qu’il suspendait toute liaison aérienne avec Toronto à compter du 13 août.

Les observateurs estiment que ce différend démontre que Riyad va rejeter toute critique extérieure et continuer à faire preuve de fermeté à l’étranger, en particulier parce que le royaume entretient des relations plus étroites avec le président américain, Donald Trump.

Décrivant le Canada et l’Arabie Saoudite comme de «proches partenaires» des États-Unis, le département d’État américain a renvoyé mardi les demandes d’entrevue aux ministères des Affaires étrangères saoudien et canadien. Washington a toutefois demandé au gouvernement saoudien «des informations supplémentaires sur la détention de plusieurs militants», et exhorté Riyad à «respecter les procédures régulières et à diffuser des informations sur le statut des affaires judiciaires».

Interrogée sur ces tensions canado-saoudiennes, la porte-parole de la Commission européenne, Maja Kocijancic, a de son côté déclaré que Bruxelles avait demandé «des éclaircissements» aux autorités saoudiennes à propos de plusieurs arrestations survenues depuis le mois de mai dans le royaume. Elle a déclaré que la Commission européenne voulait comprendre les allégations visant les militantes et veiller à ce qu’elles bénéficient d’un procès juste et équitable.

Sur le différend diplomatique canado-saoudien, Mme Kocijancic a simplement indiqué que la Commission européenne «ne commente pas les relations bilatérales» et qu’elle est «en faveur d’un dialogue».

Les valeurs canadiennes

Reprenant le credo d’Ottawa, mardi, le ministre des Finances a déclaré que le Canada continuerait à «exprimer» ce qu’il croit être les moyens appropriés de traiter avec les citoyens. Bill Morneau a rappelé que le Canada entretenait de solides relations commerciales à travers le monde, et qu’il devait par conséquent être fidèle à ses valeurs.

Le ministre des Finances n’a pas évoqué le contrat militaire de 15 milliards $ conclu entre le Canada et l’Arabie Saoudite, ni l’impact économique durable que pourrait avoir ce conflit diplomatique. Il a soutenu que le Canada défendra les valeurs qui sont importantes pour les Canadiens, quoi que décide de faire l’Arabie Saoudite. M. Morneau a voulu rappeler aux chefs d’entreprise que le Canada se porte bien sur le plan économique et qu’il doit continuer à demeurer concurrentiel.

Le ministre des Finances reprenait la rhétorique de sa collègue des Affaires étrangères. Chrystia Freeland a maintenu lundi qu’il n’y avait «rien de bien nouveau» dans la position traditionnelle du Canada sur les droits de la personne dans le monde, et qu’Ottawa attendait plus de détails du royaume saoudien avant de répondre.

Le différend semble être centré sur les gazouillis de diplomates canadiens, notamment de la ministre Freeland, appelant le régime wahhabite à «libérer immédiatement» les militantes des droits des femmes qui sont détenues.

Ce n’est pas la première fois que l’Arabie Saoudite hausse le ton relativement à l’affaire Badawi. En 2015, Riyad avait rappelé son ambassadeur en Suède et cessé de délivrer des visas de travail aux Suédois lorsque le ministre des Affaires étrangères de ce pays a qualifié de «médiévale» la décision du tribunal dans l’affaire Badawi, et soutenu que la famille Al Saoud au pouvoir dans le royaume était à la tête d’une «dictature».

+

LE PÉTROLE SAOUDIEN REMPLAÇABLE, SELON UNE ÉCONOMISTE

Le Canada pourrait facilement remplacer les importations de pétrole en provenance de l’Arabie Saoudite si les relations avec le royaume du Moyen-Orient se détérioraient au point d’interrompre le commerce du brut, estime une économiste spécialisée dans les questions énergétiques.

Judith Dwarkin, économiste en chef de RS Energy Group, à Calgary, note que les raffineries de l’est du Canada importent entre 75 000 et 80 000 barils de pétrole brut saoudien par jour.

Selon elle, cela représente moins de 10 % des importations totales et équivaut à une «goutte d’eau dans l’océan» par rapport aux États-Unis, qui sont responsables des deux tiers des importations et pourraient facilement couvrir la part de l’Arabie Saoudite grâce à leur production pétrolière croissante.

En outre, le Canada exporte 3,5 millions de barils de pétrole par jour, principalement vers les États-Unis.

Selon le Service des délégués commerciaux du Canada, le Canada a exporté pour 1,45 milliard $ de produits vers l’Arabie Saoudite en 2017, dont environ la moitié dans la catégorie des véhicules et de l’équipement, soit 760 millions $.

Le bureau fédéral indique que le Canada a importé pour 2,6 milliards $ de produits de l’Arabie Saoudite, dont 2,5 milliards $ pour la production de minéraux.