Yvon Godin, porte-parole néo-démocrate aux langues officielles.

Communications dans les ministères fédéraux: le bilinguisme, un devoir, dit Yvon Godin

Qu'un député d'une circonscription canadienne unilingue anglaise n'embauche pas de personnel bilingue, pas de problème, selon le porte-parole de l'opposition en matière de langues officielles, le néo-démocrate Yvon Godin. Mais un ministre fédéral représentant l'ensemble des citoyens devrait y être tenu.
«Il n'y a aucune obligation par la loi d'avoir des personnes bilingues. Mais, en même temps, quand tu es au gouvernement, si tu veux servir les citoyens d'un pays comme le nôtre, je pense qu'il faut que tu t'organises pour être capable de servir... les citoyens», commente le Néo-Brunswickois. «Il y a une obligation morale, surtout pour les ministres. Les ministres ne représentent pas juste leur circonscription, ils représentent le Canada au complet. C'est ça la différence entre un député dans sa circonscription ou un ministre qui représente tout le Canada au complet.»
Le francophone est discriminé lorsqu'il communique avec un des cabinets ministériels anglophones, évalue Yvon Godin. «Si le conseiller du ministre est unilingue, ce n'est pas le temps de prendre une chicane avec parce que tu es sur la veille de lui demander quelque chose. Puis, si tu dis que tu veux parler à une personne bilingue, tu veux parler avec un francophone, ça veut dire que tu ne parles plus avec la personne de la ministre. Tu parles avec quelqu'un qui est plus bas en autorité. Ça fait que toi, comme francophone, tu perds un privilège que d'autres ont en réalité. Tu n'es plus avec la personne de décision.»
Yvon Godin y voit une nouvelle illustration de l'intérêt mitigé que démontreraient les conservateurs envers une des deux langues officielles. «Je ne pense pas que c'est un gouvernement qui a honte de ça du tout, du tout.» Il y a eu la nomination d'un juge de la Cour suprême unilingue anglais, puis celle du nouveau vérificateur général, tout aussi anglophone. Il ajoute à la liste la fermeture avortée du Centre de recherche et de sauvetage maritime de Québec, le seul offrant le service en français.
Souvenons-nous également de la saga John Baird : malgré l'intervention du Commissaire aux langues officielles, le ministre des Affaires étrangères s'entêtait à distribuer ses cartes professionnelles unilingues anglaises... Une obstination qui avait exaspéré la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada. Celle-ci avait en outre demandé l'intervention des tribunaux pour que le gouvernement conserve les questions de nature linguistique dans le formulaire du recensement.
L'habitude anglophone
Le président-directeur général de la Société franco-manitobaine, Daniel Boucher, juge quant à lui qu'il est «dans l'ordre des choses» que les francophones puissent téléphoner à la Chambre des communes, aux bureaux des élus, et bavarder dans leur langue. «Il me semble que dans le parlement, il devrait y avoir obligatoirement du personnel francophone. [...] Dans un monde idéal, on aimerait que tous les députés aient une personne dans leur personnel qui soit francophile ou francophone. Mais on s'habitue aux anglophones qui n'offrent pas les services.»
Hors de la capitale, toutefois, M. Boucher souligne qu'il est plus «normal» qu'on nous réponde en anglais. «Ce n'est pas une grosse surprise!» À l'ouest du Canada, il identifie seulement deux ministres conservateurs maîtrisant très bien le français : James Moore et Shelly Glover. Et il s'étonnerait d'apprendre qu'un anglophone peut échanger dans sa langue chez tous les députés du Québec : «Je n'ai pas l'impression que tout le monde parle anglais!» 
In english, Monsieur Gourde?
La Chambre des communes a été la scène d'une tragi-comédie linguistique au printemps 2012. Le néo-démocrate Yvon Godin a dénoncé la nomination du député québécois Jacques Gourde au poste de secrétaire parlementaire du premier ministre pour les Langues officielles. Pourquoi? Parce que le conservateur Gourde ne maîtrise pas l'anglais, langue officielle, attaquait-il. Le principal intéressé avait répliqué que la Chambre des communes se portait mieux... lorsque le Bloc québécois y était représenté en masse! Hein? Au moins, les députés du Bloc posaient leurs questions en français alors que les députés du Nouveau Parti démocratique s'expriment souvent en anglais au Parlement, avait riposté M. Gourde.
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55,38 %
Plus de la moitié des ministres fédéraux seraient capables de discourir dans les deux langues officielles, l'anglais et le français, selon ce que nous a indiqué leur personnel politique... parfois lui-même unilingue anglais. En plus, plusieurs des ministres anglophones prendraient des cours de français. Soulignons quelques cas particuliers : Julian Fantino, bilingue anglais-italien; Leona Aglukkaq, bilingue anglais-inuktitut; Tim Uppal, bilingue anglais-pendjabi; Bal Gosal, multilingue anglais-pendjabi-ourdou-hindi qui apprend le français!
3 sur 39
Même si plus de la moitié des 39 membres du cabinet des ministres canadiens se disent bilingues, seulement 3 indiquent «Anglais et français» dans la section «préférence linguistique» de leur page officielle du site Internet du Parlement : James Moore, de la Colombie-Britannique, Shelly Glover, du Manitoba, et Denis Lebel, du Québec. Quatre autres «préfèrent» uniquement le français : Bernard Valcourt du Nouveau-Brunswick ainsi que Christian Paradis, Steven Blaney et Maxime Bernier, trois Québécois. Les 32 restant optent pour l'anglais.