La perspective d'une élection anticipée a monopolisé la période de questions, mardi, alors que libéraux et partis d'opposition s'accusaient d'être de mauvaise foi et de jouer à des jeux politiques en pleine pandémie.
La perspective d'une élection anticipée a monopolisé la période de questions, mardi, alors que libéraux et partis d'opposition s'accusaient d'être de mauvaise foi et de jouer à des jeux politiques en pleine pandémie.

Comité spécial sur UNIS: tous les yeux tournés vers le NPD pour le vote de mercredi

Catherine Lévesque
La Presse canadienne
OTTAWA - Une fois de plus, tous les yeux seront tournés vers le Nouveau Parti démocratique (NPD) dont le vote pourrait être déterminant pour le déclenchement d'élections cet automne ou non.

Mercredi après-midi, les partis auront à se prononcer sur une motion conservatrice visant à créer un comité spécial pour enquêter sur l'affaire UNIS, entre autres. Les libéraux estiment qu'il s'agira d'un vote de confiance; les partis d'opposition rétorquent qu'ils ne porteront pas l'odieux de déclencher des élections anticipées.

Les libéraux détiennent 154 sièges à la Chambre des communes. Les conservateurs et bloquistes, qui voteront en faveur de la motion, en détiennent 153.

Il reviendra donc au NPD, avec ses 24 élus - ou même aux trois élus verts et deux indépendants, si le NPD devait s'abstenir de voter - de faire pencher la balance au moment du vote, qui est prévu alors que le gouvernement Trudeau soufflera la première bougie de son mandat minoritaire.

Mardi, le chef néo-démocrate Jagmeet Singh n'était pas capable d'offrir une réponse claire sur les intentions de son parti.

«Je ne vais pas donner une excuse au premier ministre de plonger le pays dans une élection. S'il veut le faire, c'est à lui de décider ça», s'est obstiné à répéter M. Singh, malgré l'insistance des journalistes dans les deux langues officielles. «Si le premier ministre veut avoir une élection, ça va être à cause de lui.»

M. Singh dit qu'il espère toujours que les partis en arriveront à une solution pour dénouer l'impasse. Dans les deux dernières semaines, presque tous les partis y sont allés de leurs propositions pour la création d'un comité spécial pour étudier des dépenses liées à la pandémie.

«La question, c'est vraiment si le gouvernement libéral veut trouver une solution. À mon avis, il me semble de plus en plus que non, peut-être qu'il ne veut pas trouver une solution. Tout ça, c'est une façade pour cacher leurs vraies intentions, qui est de plonger le pays dans une élection», a déclaré le chef néo-démocrate.


« C'est clair que ceci est un vote de confiance. Si vous écrivez un livre, vous mettez un titre et qu'en bout de ligne, vous changez le titre, le livre demeure aussi mauvais qu'il l'était au début. C'est le même livre avec un titre différent »
Le leader parlementaire du gouvernement, Pablo Rodriguez

Le Parti conservateur a utilisé sa journée d'opposition, mardi, pour mousser sa proposition de créer un «comité anticorruption», rebaptisé «comité spécial sur les allégations d'usage abusif de fonds publics par le gouvernement pendant la pandémie du de COVID-19 au Canada».

Les conservateurs souhaitent que ce comité se penche sur le contrat octroyé à UNIS pour la défunte Bourse canadienne pour le bénévolat étudiant, mais aussi sur l'octroi d'autres contrats accordés à des proches des libéraux et toute autre mesure du gouvernement en réponse à la pandémie jugée nécessaire.

Ils ont aussi ajouté une clause indiquant que «la création du comité ne doit pas, de l'avis de la Chambre, constituer un motif légitime de déclencher une élection générale».

Amendée ou non, la motion conservatrice ne passe pas chez les libéraux.

«C'est clair que ceci est un vote de confiance», a réitéré le leader parlementaire du gouvernement, Pablo Rodriguez, lors d'une conférence de presse. «Si vous écrivez un livre, vous mettez un titre et qu'en bout de ligne, vous changez le titre, le livre demeure aussi mauvais qu'il l'était au début. C'est le même livre avec un titre différent.»

«Les conservateurs ont choisi d'avancer une motion qui établit clairement qu'ils n'ont plus confiance dans ce gouvernement. Alors les partis d'opposition vont avoir un choix à faire : est-ce qu'ils vont continuer de faire fonctionner ce Parlement minoritaire ou est-ce qu'ils ont perdu confiance dans ce gouvernement? C'est leur choix», a ajouté à son tour le premier ministre Justin Trudeau.

La perspective d'une élection anticipée a monopolisé la période de questions, mardi, alors que libéraux et partis d'opposition s'accusaient d'être de mauvaise foi et de jouer à des jeux politiques en pleine pandémie.

«Je n'ai pas confiance en ce gouvernement, Monsieur le président! Et je n'imagine pas qu'ils puissent dépasser le printemps, Monsieur le président!» a fini par crier le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, pressé de questions par le leader parlementaire du gouvernement à la Chambre des communes.

«Le Bloc, de façon irresponsable, s'allie aux conservateurs pour essayer de faire tomber le gouvernement, Monsieur le président. C'est ça, la vérité. Qu'ils assument les conséquences de leurs choix, Monsieur le président, et qu'ils aient le courage de le faire», a rétorqué M. Rodriguez.

Le chef bloquiste juge cependant qu'il est difficile de prévoir si le Canada aura des élections cet automne, puisque le NPD pourrait se ranger du côté des libéraux.

«J'ai des doutes importants sur le courage du NPD pour des raisons d'histoire récente, mais si tant est que les principes du NPD cette fois-ci fassent en sorte qu'il vote avec la motion des conservateurs, ainsi soit-il. Le gouvernement subira les conséquences de ses propres bravades», a affirmé M. Blanchet.